Editoriaux - Politique - Social - 11 janvier 2020

Frondes en série

C’est une fronde sur fond de basse continue des services publics. Le 8 janvier, Sibyle Veil, présidente de Radio France, entend ses vœux interrompus par le chœur des chanteurs grévistes, sur l’air fameux de Nabucco, dit Chœur des esclaves, « Va, pensiero sull’ali dorate », cet hymne à la liberté créé en 1846 par Verdi alors qu’une partie de l’Italie est sous le joug autrichien. Droite dans ses bottes, la PDG écoute cette protestation contre le plan d’économie de la direction de 60 millions d’euros et contre la suppression de 299 postes. Le chœur des esclaves une fois sorti, un autre chœur s’élève dans la salle, sur un air bien connu : « Sibyle, ton plan, on n’en veut pas ! »

À Caen, le 9 janvier, les avocats ont tombé la robe devant Mme Belloubet venue présenter la fusion des tribunaux d’instance et de grande instance, autrement dit la naissance du tribunal judiciaire, effective depuis le 1er janvier. Face à cet amas d’ailes noires éloquent chu à ses pieds, le Garde des Sceaux garde son sang- froid et fait l’éloge du régime universel. « Il n’y a pas de régime universel si tout le monde n’y entre pas. » On ne saurait mieux dire.

Le 10 janvier, venue à l’audience solennelle de rentrée de la Cour de cassation, le Garde des Sceaux est conspué par des dizaines d’avocats qui jettent leurs robes et s’allongent sur le carreau. Les forces de l’ordre accourent protéger le ministre.

Depuis un mois, la fronde conquiert des territoires divers. Le 17 décembre, la maîtrise de Notre-Dame avait annulé son concert de Noël pour protester contre des licenciements économiques. Un peu auparavant, les petits rats (pas ceux qui sont dans les buissons devant la librairie Shakespeare and Co, mais ceux de l’Opéra) s’étaient mis en grève et avaient offert un tableau inédit du Lac des cygnes aux passants de la place de l’Opéra.

Il est temps qu’ s’implique dans son rôle de Président. Le projet de loi, envoyé au Conseil d’État avant les consultations syndicales, sera présenté au Conseil des ministres, le 24 janvier, examiné par l’Assemblée nationale, à partir du 18 février, en procédure accélérée. Ce qui signifie une seule lecture par l’Assemblée puis par le Sénat. Ainsi serait respecté l’engagement politique pris par Édouard Philippe durant l’année écoulée. Tout est dans le timing. Mais rassurons-nous. On pourra « amender, corriger, compléter, étoffer » Selon l’expression consacrée : « Le projet de loi n’est pas figé dans le marbre » En attendant d’être gravé.

La Fronde du XVIIe siècle était parlementaire, aristocratique et populaire. Méditant « la fermeté » dont on crédite Richelieu, le Président est droit dans ses bottes. « Tout le monde doit bouger », a dit le Premier ministre. La mesure de l’âge pivot devenu « âge d’équilibre » serait en passe d’être abandonnée. Ainsi se vérifierait ce raisonnement : un régime de retraite est universel si tout le monde y entre. Or, certains ne veulent pas y entrer. Donc, il n’y a pas de régime universel. Macron se couchera-t-il devant Martinez ?

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