Editoriaux - International - 11 janvier 2020

Lettre persane aux mollahphiles

Mon dernier article sur l’ m’a valu, sur les réseaux, de nombreuses objections et même des invectives et attaques personnelles (parfois de personnes respectables victimes du « sentiment de puissance et d’immunité du clavier »). Sans doute n’avais-je pas assez clairement exprimé ma réflexion sur la question iranienne, une position à contre-courant. Sans chercher à me justifier, je crois utile de répondre rationnellement pour lever toute ambiguïté, calmer les esprits échauffés et tenter de trouver une voie non dogmatique de l’intérêt français à terme.

Je maintiens que le régime des mollahs est un khalifat (califat) chiite. Qu’est-ce qu’un califat ? Le chiisme admet-il le califat ? Califat et imamat sont les deux faces d’une même option politique : il s’agit (pour les sunnites et les chiites) de confier la direction d’un pays à un pouvoir religieux appliquant la charia issue du Coran. C’est une théocratie : les nuances entre les deux religions n’y changent rien. « Les chiites sont ceux qui suivent Ali, et qui croient en son imanat et califat selon les directives explicites et les volontés du prophète Mahomet » (Muhammad Al Shahrastani (1086-1153) in Al-Milal wa al-Nihal). Le fait que les uns s’opposent aux autres sur la nature de ce chef religieux, descendant du prophète (ahl al-bayt) ou pas, n’a aucune incidence sur la qualification du système politique, sinon tout au plus sur son organisation. Pour ne pas se noyer dans ces subtilités, j’ai pensé que le terme « khalifat chiite » était évocateur, celui d’imamat étant moins connu, mais similaire.

L’Iran est-il un totalitarisme religieux ? La Constitution de la République islamique est explicite : « L’islam chiite est l’axe central du système institutionnel (art. 1er) [avec, comme principes] Allah comme dieu unique et la soumission à son commandement ; la justice de Dieu dans la création et dans le système législatif [charia] ; l’imamat, les imams étant les successeurs légitimes de Mahomet pour guider la oumma ; L’ijtihad [djihad] c’est-à-dire l’effort de réflexion des oulémas et des juristes musulmans pour interpréter les textes fondateurs de l’islam et en déduire le droit islamique [et ses sanctions y compris la guerre sainte] (article 2).

L’Iran respecte-t-il les droits de l’homme ? Les chrétiens sont tolérés mais l’accès à certaines fonctions leur est interdit (magistrats, officiers dans l’armée, directeurs d’école, etc.). Les hautes fonctions sont inaccessibles. Un chrétien n’a pas le droit d’épouser une musulmane et une chrétienne épousant un musulman est ipso facto musulmane. Le témoignage d’un chrétien devant les juridictions n’a pas la même valeur que celui d’un musulman (moitié moins) et l’héritage d’un chrétien par rapport à celui d’un musulman (dans la même famille) est diminué de moitié. (voir Les Cahiers de l’Orient de 2009). La loi de 1979 exige que les chrétiens portent les mêmes vêtements (les femmes se voilent et les hommes ne portent pas de shorts montrant le genou), ne boivent pas d’alcool et se conforment à la séparation des sexes en public. Tous les directeurs d’école sont musulmans, tous les cours sont donnés en parsi, toutes les écolières et étudiantes portent le voile islamique, comme dans l’espace public. Les lois du Tazir (Qanon-e Ta’zir) donnent aux juges le pouvoir d’exécuter ou d’emprisonner les personnes coupables de « crimes » tels « la guerre à Dieu » et le « complot avec des puissances étrangères », très utilisé par les juges car vague et commode. Le Tazir leur donne aussi le pouvoir de prononcer des peines de 74 coups de fouet pour « outrage à un agent public »« réunions illégales »« vente de boissons alcooliques »« atteinte à l’ordre public »… Quant aux lois Qanon-e Quisas, c’est le talion : « Œil pour œil, dent pour dent, une vie pour une vie… sauf si la victime ou sa famille acceptent une compensation » (prix du sang).

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