Editoriaux - Environnement - 11 avril 2019

France périphérique : halte à une urbanisation pavillonnaire sans âme !

La révolte des gilets jaunes serait aussi la revendication par nos concitoyens de la France dite périphérique d’un droit, sinon à la ville, du moins à plus d’aménités urbaines. Un cadre de vie harmonieux fait partie de ces aménités mises en péril par une urbanisation pavillonnaire mal maîtrisée et des lotissements sans âme… ni arbres.
L’atteinte aux paysages, à l’identité des lieux, peut ainsi atteindre sournoisement le moral des « rurbains ».

Sur les dix dernières années, la production annuelle moyenne de maisons individuelles atteint 195.000 unités, soit 43 % du total des logements, toutes catégories confondues.

L’impact de l’habitat individuel est d’autant plus visible que la part du secteur diffus (139.000 unités) prédomine largement sur celle du secteur groupé (56.000 unités).

Le secteur groupé, précisons-le, correspond à la réalisation d’ensembles de logements individuels – isolés, jumelés ou en bande, peu importe – dont la maîtrise d’ouvrage est assurée par un seul promoteur avec, nécessairement, le concours d’un architecte.

Pourtant proclamé d’intérêt public par la loi du 3 janvier 1977 sur l’architecture, « le respect des paysages naturels ou urbains » est fréquemment bafoué par les constructions individuelles.

Comment pourrait-il en être autrement ? Près de 95 % des maisons individuelles en secteur diffus sont construites sans architecte, pour cause de dispense légale en deçà de 150 m2 de planchers ; de plus, architectes et paysagistes sont absents des services instructeurs des permis de construire, lesquels se bornent à vérifier l’application de règles de pure géométrie administrative et, en outre, ne sanctionnent pour ainsi dire jamais les manquements aux prescriptions paysagères.

Faute de supprimer ce calamiteux seuil de 150 m2, une solution minimale s’impose : adjoindre à chaque service instructeur, communal ou intercommunal, un homme de l’art, architecte ou paysagiste, en charge du respect du paysage.

En effet, à défaut de pouvoir contrôler directement l’architecture, l’insertion dans un site donné, urbain ou rural, peut le plus souvent être considérablement améliorée par des mesures simples et peu coûteuses portant sur le traitement des abords (clôtures, revêtements des sols, aires de stationnement) et la végétalisation des espaces libres (choix des essences, répartition et densité des plantations).

Il s’agit là d’un investissement d’avenir : pour nos paysages immémoriaux aussi bien que pour la qualité du cadre de vie quotidien de nos concitoyens de la ruralité et du périurbain.

Le Code de l’urbanisme nous le rappelle dans son article 1er : « Le territoire français est le patrimoine commun de la nation. »