Féminisme, racialisme : comment le wokisme a dévoyé une revue universitaire prestigieuse

On commence à mesurer les dégâts du wokisme dans l'enseignement supérieur et le constat est sans appel.
Une couverture de l'American Political Science Review, mai 2024.
Une couverture de l'American Political Science Review, mai 2024.

L’American Political Science Review (APSR) est parmi les plus prestigieuses revues de science politique américaines. Publiée par l’université de Cambridge, elle est l’organe de l’American Political Science Association qui regroupe quelque 11.000 membres à l’international. C’est un outil de référence. Y être publié constitue, pour un chercheur, un marchepied. Sur le papier, le vernis universitaire est sans accroc. Mais en réalité, selon une étude de Timothy K. Minella, publiée par le think tank américain Goldwater Institute, l’APSR a servi l’agenda gauchiste d’une façon qui décrédibilise totalement l’institution universitaire.

Couverture de novembre 2022.

Juriste, Timothy K. Minella a passé au peigne fin les numéros de l’APSR  des années 2020-2024. Le résultat dépasse l’imagination. L’équipe dirigeante de la revue s’est autoproclamée « collectif féministe ». Elle a décidé que la fin ultime des sciences politiques était de - ce sont ses propres termes - « démanteler activement le racisme institutionnalisé, le sexisme, l’hétérosexisme, la discrimination fondée sur la capacité physique et le colonialisme de peuplement ». Les propositions d’articles émanant de femmes ou de personnes de couleur ont été soutenues, tandis que les autres - celle émanant des hommes blancs, donc - étaient mises sous le boisseau.

Une revue au service d’un « militantisme social extravagant »

Conformément aux règles en usage dans ce genre de publication, les propositions d’articles sont soumises à l’approbation des pairs. Cette garantie de sérieux scientifique a été aussi mise en mal. Bien au-delà de l’APSR. Timothy K. Minella rappelle que des universitaires avaient envoyé des articles farfelus (l’un d’eux titré : « Réaction humaine à la culture du viol et performance queer dans les parcs de chiens urbains à Portland, en Oregon »), lesquels articles ont été publiés ou étaient en passe de l’être dans des revues « scientifiques » : les pairs n’y avaient vu que du feu. L’APSR a publié un article qui n’était pas un canular, même si son titre y ressemble  : « Violence dans l’imaginaire américain : genre, race, politiques des Superhéros », qui se penchait sur la violence et les ressentiments des hommes blancs… Les pairs étaient-ils à ce point aveuglés par le conformisme ?

Couverture de mai 2021.

Le tournant idéologique se démontre statistiquement à la lecture des sommaires de l'APSR. « Le nombre d’articles portant sur la race, le genre ou la justice sociale était plus de 40 fois supérieur à celui des articles consacrés aux constitutions américaines, avec près d’un quart de tous les articles publiés par l’APSR examinant la race, le genre, l’oppression systémique ou des sujets connexes. » Timothy K. Minella décrit « une vague d’autres "études" indiscernables de l’activisme de gauche ». En résumé, une « obsession de l’APSR pour le plaidoyer politique fondé sur la race et le genre », « un militantisme social extravagant ».

Le domaine universitaire gangrené

Or, on ne parle pas d’un média d’opinion mais d’une revue scientifique publiée sur des deniers publics et publiant des articles de professeurs appartenant à l’enseignement public. L’étude évite les mots « woke », « wokisme » par prudence, puisqu’il n’existe pas de définition scientifique du mot. Mais l’étude pourrait aider à définir ce wokisme, car tous ses traits s’y retrouvent : un puritanisme dogmatique tout entier dirigé contre la civilisation occidentale, un militantisme procédant par intimidation — et, surtout, des thèses dénuées de tout fondement.

Les mêmes universitaires qui répètent que Trump ou le Rassemblement national sont un danger pour la science s’accommodent fort bien de l’aspect antiscientifique du wokisme, voire le nourrissent. Rationalité, pondération, approfondissement, réflexion… ont été allègrement foulés au pied. Les sciences inexactes - humaines, sociales, politiques - s'y prêtent particulièrement. « L’université est un lieu propice au wokisme », avait alerté Pierre-Henri Tavoillot. La démonstration de Timothy K. Minella rejoint les conclusions de l’ouvrage français Face à l’obscurantisme woke (PUF). D’où la nécessité du retour à « l’excellence pédagogique » réclamée par le Goldwater Institute, seule barrière aux délires idéologiques.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

37 commentaires

  1. Donald Trump vient de dénoncer le complet naufrage de l’Europe, et son effacement dans moins de 20 ans. On pourrait peut-être l’écouter au lieu de le traiter de fou.

  2. Le wokisme nous est venu par un milliardaire américain nommé Sorro , c’est lui qu’il faut traquer et pas les petits militants de base qui ne savent pas ce qu’il font pour la plupart .

    • L’idéologie est le plus court chemin menant à la bêtise. Elle détruit la réflexion, le discernement .
      Nous n’avons pas encore exploré
      tous les méandres de la bêtise
      humaine tant celle-ci est infinie.

  3. Si ces scientifiques condamnent la colonisation de peuplement que nous subissons, alors nous sommes tranquilles,c’est rassurant !

    • Un peu comme les « experts » de plateau, ancien ambassadeur ou ex-chef d’EM, et aussi les habituels « experts de l’extrême-droite ». Jamais vu ni entendu un « expert »pour l’extrême-gauche…

  4. Le rebut de l’intellect, de l’esprit critique, de la culture a déserté les Universités occidentales et singulièrement leurs départements de « sciences humaines » qui attirent les diplômés au rabais de l’enseignement secondaire.
    Comment s’étonner ensuite que les nations aient des brêles à leur sommet…

  5. Individuellement, nous pouvons lutter en résistant à ces doctrines et communiquer autour de nous dans notre entourage pour dénoncer ces dérives lors de simples discussions. Il nous importe aussi de protéger nos enfants et de les éduquer vraiment dans les normes de la vraie réalité de la vie,de la science et de la biologie sans y omettre les valeurs morales héritées de notre civilisation judéo-chrétienne. Une fois personnellement armé l’individu peut rejeter toutes ces attaques et faire échouer le plan malveillant de ces fous-furieux.

    • c’est justement tout ce que l’éducation nationale a refusé d’appliquer…….pour, tout aussi justement, installer le wokisme
      c’est d’abord l’école qui doit être totalement recadrée

  6. En France, ce n’est pas une revue qui est dévoyée, c’est la société entière. Les USA n’ont-ils pas déclaré l’Europe en « effacement civilisationnel  » ? Ce qui est une réalité, ce qui choque d’autant par sa visibilité donc son constat venu de l’étranger.

    Tout a débuté en 68. L’autorité mise au ban de la société. Tout s’est démultiplié et dégradé à partir de cette simple consigne « il est interdit d’interdire ». Le courage, le mérite, la discipline, la volonté, etc, et leurs dérivés, l’égalité outrancière, la parité, la ségrégation entre pointes, l’inclusion forcée, la naissance de minis pôles réfractaires dominants, la réduction du temps de travail, etc. Ce qui s’est traduit par un « laisser faire » dans tous les outils de production, des pertes de productivités et de qualités flagrantes susceptibles de ruiner. La délocalisation a pris naissance.
    La wookisme , l’immigration massive et son cortège de dérivés introduits, les pertes de souverainetés, la dégradation institutionnalisée des mœurs, ces confitures sur le désastre ont comblé des vides du corps creux toujours présent, la laïcité .

    La France est grugée, minée dans toutes ses composantes. Le progressisme en la personne de Macron en est fier, ce qu’il revendique.

    • « il est interdit d’interdire » Fameux slogan proclamé à l’époque, non par les libertaires, mais par les trotskistes. Il était donc incomplet, ou plutôt dissimulé, sa véritable formulation étant : « il est interdit d’interdire ce que j’autorise ». C’est depuis cette époque que l’on assiste, impuissants, au triomphe des trotskistes sous différents noms, les black boks étant le plus spectaculaire.

    • L’ennui, c’est que 68 déclenchait un grand mouvement d’espoir et de liberté, qu’on respirait enfin, que les « adultes » arrêtaient de nous parler comme à des chiens. Avant68, on étouffait littéralement. C’était « Oui chef, bien chef ». Et les parents nous torturaient mentalement de 18 à 21 ans, en nous traitant comme des gamins. C’était atroce. On sortait de là complètement brisé.

  7. Les seules vraies sciences sont celles qui utilisent une démarche scientifique et pour lesquelles on peut affirmer une fois pour toutes que 2 + 2 font 4 et passer à la suite. Les prétendues sciences humaines ne permettent pas de démarche expérimentale et donc pas de réel progrès solides des connaissances. Pas étonnant qu’elles puissent être le foyer de dérives idéologiques irrationnelles et potentiellement dangereuses. Et pourtant il y a plus d’étudiants en sciences humaines, qu’en sciences expérimentales !

    • « sciences expérimentales  » = donc sciences issues de ce que l’on a pu constater sur le terrain, et ainsi faire une corrélation.
      C’est ainsi que nous travaillions lorsque nous faisions des recherches sur de nouveaux médicaments, même si le terrain était d’abord, souris, rats, puis chiens , (chiens qui, je précise, finissaient leurs jours sur le canapé du salon des salariés du laboratoires, autres mœurs, que maintenant), avant d’être sur les humains qui voulaient être cobayes (avec contrats paraphés sur toutes les pages et salaire).

      Mais maintenant, il s’avère, depuis la covidémence, que les études expérimentales sont nulles et que les corrélations ne devraient plus être utilisées en sciences!

    • Les propos illustrent aussi la base scientifique et la base littéraire. Mathématiquement, trois fois plus peut se comprendre aisément, une armée 3x plus nombreuse passe de 1000 personnels à 3000. Mais trois fois moins, non, je ne vois pas. Ils sont mille et puis, après la bataille trois fois moins nombreux…étrange. Il faut se dire que si en 2000 un tas de gens se sont imaginés au XXIè siècle il y a du travail en matière de mathématiques.

    • @Tassergal : « Et pourtant il y a plus d’étudiants en sciences humaines, qu’en sciences expérimentales ! » Pas surprenant, en sciences expérimentales il faut avoir un baguage de connaissances et des bases de raisonnement solides pour réussir à percer, alors qu’en sciences humaines il suffit bien souvent d’être un comédien bon « baratineur » sans connaissances particulières : en fait savoir brasser du vent.

  8. Au moins chez eux ça n’est pas sponsorisé par les impôts. Chez nous, c’est nous qui payons pour être rééduqués. Au fait, Macron avait ouvert les bras pour accueillir les chercheurs persécutés par Trump, combien sont arrivés au paradis sur terre ?

  9. Nous avons été jeunes un jour et avions des idéaux.Mais avant de se lancer dans des théories fumeuses, on réfléchissait. Les jeunes aujourdhui, du moins une partie, me font penser à un troupeau de moutons. Ils partent tous dans le même sens, sans même savoir qu’au bout il y a le ravin. Mais rien d’étonnant à celà quand on voit avec quel niveau scolaire ils arrivent en fac.

  10. Tous ces jeunes gens qui étudient dans ces universités, ne voient rien d’anormal ?? dans cet endoctrinement ??ils ne réflechissent plus par eux mêmes ? ils suivent comme des moutons sans réaction ? ils « gobent » tout.
    En définitive ils apprenent quoi ? les cours se font quand ? Et ce sont eux , les dirigants de demain ???

  11. Dites vous que les recruteurs n’embauchent pas ces profils.
    Ils prennent des ingénieurs ou des commerciaux.
    Ces profils politiques n’intéressent pas les entreprises privées.
    Qui ne veulent pas de gens qui font du vent .
    Bilan , ces profils se retrouvent dans l’entre soi universitaire

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