Editoriaux - Politique - Société - 11 août 2019

Faut-il en arriver à la mort d’un maire !

« Un des périls majeurs qui guettent nos sociétés contemporaines est l’irruption de la violence et des barbaries » (Max Gallo).

Selon Oscar Wilde, « les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans jamais avoir connu la civilisation ».

Certes, ce cher Oscar avait la dent dure et excellait dans des jugements à l’emporte-pièce qui lui ont permis de se faire quelques ennemis bien sentis, tout en lui assurant une forte renommée posthume…

Néanmoins, à entendre ce qui se passe aux États-Unis avec ces tueries répétées qui n’ont rien à envier aux atrocités proche et moyen-orientales, on va finir par croire que Oscar avait raison !

Quant à Trump, il n’est finalement que la cerise sur le gâteau !

Mais avons-nous des leçons à donner ?

Force est de constater que sans atteindre, heureusement, les massacres répétés que connaissent les États-Unis, la situation française dérive dangereusement vers l’avènement de la violence, violence qui devient la réponse ordinaire choisie pour manifester son opposition à toute décision, à toute autorité.

Jean-Mathieu Michel, maire de Signes, est mort dans l’exercice de son mandat alors qu’il demandait à deux individus de ramasser les gravats qu’ils déchargeaient en toute illégalité, en dépôt sauvage.

Les maires constituent le premier guichet de l’administration, c’est vers lui que l’on s’adresse pour tout problème, pour toute question afin d’avoir, sinon une réponse au moins un conseil.

À un moment où l’État et ses services reculent partout, les maires assurent, par leurs actions, la cohésion des territoires, ils sont devenus à eux seuls – et sans exagération, en raison de la disparition des services publics de l’État – la seule action politique qui reste de feu la politique d’aménagement du territoire.

Les maires sont les gardiens, quasi bénévoles, de nos territoires !

Ils sont les fantassins de la République. Les ignorer, voire les mépriser du haut de l’Olympe jupitérienne, les tenir pour des quantités négligeables illettrées qui ne comprendraient pas la quintessence de la mondialisation heureuse, c’est avec certitude priver la nation de ses meilleurs défenseurs.

Faut-il en arriver à la mort d’un maire pour que le gouvernement comprenne enfin que la France sans ces élus ne serait qu’une jungle, une terra incognita sans histoire et sans âme !

« En même temps » – et est-ce une coïncidence ? -, nombre de permanences de députés de la majorité actuelle sont incendiées ou murées en représailles de leurs votes en faveur du CETA.

Ces derniers événements, et surtout la mort du maire de Signes, ont libéré la parole de nombreux élus qui rapportent leurs difficultés au quotidien pour remplir leur mission.

À l’évidence, le principe d’autorité est un principe suranné, oublié et rangé au magasin des accessoires des antiquités. Il règne partout une posture de contestation permanente qui devient la règle commune de la société.

Cela rappelle la sentence de Jupiter selon laquelle nous serions un peuple de « Gaulois réfractaires », peut-être ? Mais surtout réfractaires à l’injustice !

L’affaire Calas – immortalisée par Voltaire – reste gravée dans notre mémoire collective. La justice et surtout son antonyme l’injustice, sans doute plus encore que la liberté, motivent nos actions politiques. C’est à l’aune du principe de justice que le gouvernement se doit de rechercher l’antidote à l’avènement de la violence ordinaire qui devient le logiciel d’action des Français en colère : vaste programme…

L’injustice, c’est ce que ressentent des milliers d’élus quasi bénévoles comme des millions de nos concitoyens loin de l’Olympe !

« Ce n’est pas l’ordre qui renforce la justice, c’est la justice qui donne son autorité à l’ordre » (Albert Camus).

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