Notre dette va atteindre 140 % de notre PIB en 2024, selon Le Figaro. Après cette date, elle risque de grimper à un rythme faible, mais régulier, le déficit restant autour de 3 % du PIB. Certes, le Japon est à 230 % du PIB depuis près de vingt ans sans connaître de difficultés économiques particulières autres qu’une croissance molle. Il se finance sans aucun problème à des taux négatifs. Mais c’est le seul exemple de ce type. Lorsqu’une dette dépasse les 130 % du PIB, en général, les taux d’intérêt flambent, entraînant une cessation de paiements. Si la BCE n’intervenait pas, l’Italie et la Grèce, qui sont respectivement à 130 % et 180 %, emprunteraient au-delà de 5 % et feraient faillite. C’est ce qui est arrivé au Liban et à l’Argentine. Dans ces deux pays, les importations sont bloquées, les programmes sociaux abandonnés, la misère s’étend au point que les populations ont faim. Inadmissible, au XXIe siècle.

Pour l’instant, tout va bien pour la France, qui emprunte à taux négatifs, ce qui lui rapporte de l’argent. Mais nous dansons sur un volcan. Le jour où la BCE n’arrivera plus à faire face, parce que les dettes des pays du sud de l’ deviendront trop importantes, nous serons alors en cessation de paiements. Dans ce cas, soit (comme on l’évoque de plus en plus) on saisira 20 % des dépôts bancaires et des assurances-vie : solution douloureuse, impopulaire mais saine et efficace; soit on déclenchera une hyperinflation de 150 %. Si cette voie est choisie, les possesseurs de biens immobiliers et d’actions ne perdront rien, mais ceux qui possédaient des titres monétaires ou des fonds euros verront le montant de leurs avoirs divisés par 2.

Je propose une autre solution, sans aucun inconvénient et qui, en outre, est vertueuse : elle détourne les fruits de la spéculation vers nos caisses. Pourquoi ne pas vendre progressivement la nue-propriété des œuvres d’ et des monuments historiques ? L’État garderait bien entendu l’usufruit, l’acquéreur de la nue-propriété n’aurait absolument aucun droit sur l’œuvre ou sur le bâtiment. Rien ne changera donc à ce qui existe actuellement et la France ne bradera pas ses bijoux de famille.

On vendra du vent, rien que du vent ! Pourtant, les spéculateurs se rueront vers ces nouveaux produits, car ce qu’ils achètent n’a en lui-même aucun intérêt et ne sert qu’à préserver leur patrimoine ou à l’augmenter en revendant avec profit : on spécule sur des bulbes de tulipe (Pays-Bas, XVIIe siècle), sur l’or, sur une banane scotchée à un mur, sur des vins qu’on ne boit jamais, sur le bitcoin qui n’est qu’une ligne de codage informatique à laquelle, par pure folie, les humains accordent de la valeur.

La nue-propriété des œuvres d’art rendra obsolètes tous les autres placements, puisque ses acquéreurs n’auront aucun frais de gardiennage (il y en a pour tous les autres), qu’ils sont en sécurité (le bitcoin peut, à tout moment, être volé par des pirates électroniques) et que sa valeur sera préservée. La Joconde gardera plusieurs milliards en euros constants dans 1.000 ans. Combien retirerons-nous de cette vente ? La Joconde vaudrait 2 milliards, si on se fie à la vente du Salvator Mundi de Léonard de Vinci, en 2017. Il faudrait faire un inventaire, mais récupérer 700 milliards par ce biais semble plausible. La France serait alors sauvée sans imposer des sacrifices aux Français.

4 juillet 2020

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