[ENTRETIEN] « Je ne vais pas m’arrêter et me censurer »

La militante féministe Yona Faedda du Collectif Némésis dénonce sur son compte X les menaces qu'elle reçoit.
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Yona Faedda, militante et porte-parole du collectif Némésis, est régulièrement victime de menaces de la part de groupes extrémistes ou islamistes. Lundi 27 juillet, elle a de nouveau été prise pour cible par un islamiste qui la menace, faisant allusion aux attentas islamistes qui ont frappé la France, ces dernières années. Elle se confie à BV.

 

Boulevard Voltaire. Après cette nouvelle menace de mort, estimez-vous avoir franchi un cap dans le harcèlement dont vous êtes victime ? Cette menace est-elle plus inquiétante que les précédentes ?

Yona Faedda. Oui et non. Oui, parce que j'en ai reparlé, mais cela fait cinq mois que je reçois ce type de menaces, en général toutes les deux semaines ou au moins une fois par mois. Ils appellent soit moi, soit mon père, dont ils ont le numéro. J'avais porté plainte au début, parce que cela m'avait vraiment inquiétée. Mais, au fur et à mesure, j'ai fini par laisser un peu couler, parce que c'est un véritable calvaire de porter plainte au commissariat. Il faut attendre deux ou trois heures et, de toute façon, il ne se passe rien.

Sauf que, cette fois-ci, je trouve qu'un cap a été franchi. J'ai reçu plusieurs messages au cours de la nuit, provenant de différents numéros, avec des références plus ou moins explicites à des mouvements islamistes. Comme je l'ai expliqué sur X, la mention « bombarder Paris » reste une référence aux attentats qui ont déjà frappé la capitale. Il y a aussi le vocabulaire employé, comme « payer pour tes offenses », qui est un registre que l'on peut retrouver lorsqu'il est question de critiques de l'islam, avec l'idée d'avoir « offensé » la religion, proféré un blasphème, etc. Je trouve donc cela plus inquiétant qu'auparavant. Je me demande si l'on n'est plus seulement face à des gamins mais à des personnes réellement radicalisées ou islamistes.

 

BV. Quelles conséquences concrètes cette situation a-t-elle, sur votre quotidien et celui de votre famille ?

Y. F. Le problème, c'est que je ne peux pas en dire trop, parce que j'essaie aussi de protéger ma famille. En ce moment, nous cherchons des solutions pour renforcer la sécurité de notre domicile. Actuellement, tout le monde est en vacances, ce qui est plutôt rassurant. En revanche, il m'arrive de devoir aller chez mon père occasionnellement pour m'occuper de la maison pendant son absence. J'avoue que je n'ose plus y aller seule. Je fais très attention. Et nous faisons également attention à mon père, parce que nous ne savons pas jusqu'où cela peut aller. Puisqu'ils connaissent mon adresse, on ne peut pas exclure qu'un fou décide un jour de venir en bas de chez nous.

 

BV. Vous aviez déjà déposé une plainte, en février. La réponse du ministère de l'Intérieur a-t-elle été à la hauteur ? Qu'espérez-vous, aujourd’hui, de l'État ?

Y. F. Nous avions été mis en relation avec une personne du ministère qui avait fait en sorte que je bénéficie d'une protection policière. Mais il ne s'agissait pas, comme on pourrait l'imaginer, d'une protection rapprochée. C'était simplement un véhicule de police qui effectuait régulièrement des patrouilles à proximité de mon domicile. Mais cette surveillance n'a duré qu'une ou deux semaines. Par la suite, lorsque j'ai signalé que je recevais de nouvelles menaces, il ne s'est plus rien passé. On nous a fait comprendre qu'il n'y aurait pas de suite et nous n'avons plus jamais eu de nouvelles. Nous avons pourtant demandé une protection policière, pour moi mais aussi pour ma famille, puisque ce n'est pas seulement l'adresse de mon père qui a fuité, il y a aussi d'autres membres de ma famille qui sont concernés. Et en l'occurrence, nous n'avons obtenu aucune réponse. Ce que j'attends, aujourd'hui, c'est au moins une protection policière. Quand on reçoit ce type de messages, la moindre des choses serait que cette demande ne soit pas rejetée d'emblée.

 

BV. Ces intimidations peuvent-elles vous faire renoncer à votre engagement ou produisent-elles l'effet inverse en vous donnant encore plus envie de vous battre ?

Y. F. Non, je ne vais pas renoncer à mon engagement. Mais c’est vrai que je me suis réellement posé la question quand je suis allée voir le film sur Samuel Paty, qui fait quand même un petit déclic, quand on le regarde. Je me suis demandé si je ne devais pas faire une pause sur les sujets liés à l'islam. S'il ne s'agissait que de moi, je n'y aurais pas forcément pensé. Mais il y a aussi ma famille. Je me suis demandé si je ne devais pas arrêter, au moins temporairement, de m'exprimer sur ces questions. Pourtant, nous ne faisons qu'avancer des arguments. Nous dénonçons, notamment, le port du voile et la manière dont les femmes sont traitées dans l'islam. Et finalement, non. Je prends des pincettes par rapport à ce que je peux dire à propos des autres religions, mais je ne vais pas m’arrêter et me censurer. Je fais simplement davantage attention à la manière dont je formule certaines choses, mais je ne vais ni m'arrêter ni me censurer. Mais pour ma famille, je fais attention. Ce qui est fou, c'est d'en arriver là simplement à cause d’une idéologie et de son impact, notamment sur les femmes. Justement, nous dénonçons le fait que cette idéologie soit liberticide pour les femmes, et en retour, nous recevons des menaces.

Vos commentaires

29 commentaires

  1. Ce n’est pas d’une protection policière dont cette personne a besoin mais d’une vraie enquête et de l’incarcération des islamistes qui se livrent à cette intimidation.il est inadmissible que des citoyens français puissent être menacés par des mafias politico-religieuses.

  2. J’ai bien lu : »c’est un véritable calvaire de porter plainte au commissariat. Il faut attendre deux ou trois heures et, de toute façon, il ne se passe rien ». Tout est dit. Je préférais l’affirmation ; « il faut terroriser les terroristes »…

  3. Madame,
    Je vous félicite pour votre engagement et votre courage. Votre combat est nécessaire et les personnes qui ne le comprennent pas sont dans un déni grave. Je prie pour vous et pour toutes les personnnes courageuses qui affronte cette idéologie mortifère et misogine.

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