Les emplois francs, vous vous rappelez ? Ces aides à l’embauche de jeunes résidant dans les quartiers défavorisés, qui consistaient en des exonérations partielles de charges sociales, devaient régler le chômage des jeunes des cités, suivant le ministre du travail Muriel Pénicaud. Lancés en 2018, à grand renfort de publicité, les emplois francs étaient le fer de lance de la politique sociale du gouvernement envers des populations qui l’avaient largement soutenu aux élections de 2017. En fait, depuis 2018, il y a eu à peine plus de 12.000 contrats de ce type signés dans toute la France : une goutte d’eau, au vu des centaines de milliers de jeunes en déshérence dans ces quartiers.

Un fiasco qui en dit long, sur trois aspects du problème.

– Les chefs d’entreprise sont de plus en plus indifférents aux aides à l’emploi particulières. Ils savent qu’il faut réunir beaucoup de critères pas toujours évidents à cumuler, ils n’ont pas le temps de se pencher sur des modalités souvent fastidieuses et chronophages. Ils préféreraient de loin une baisse simple, claire, « franco de port », des cotisations sociales, qui représentent aujourd’hui près de 70 % du salaire. Ce sont ces cotisations, et la complexité du Code du travail, qui rendent chaque embauche risquée et onéreuse pour des petites entreprises qui n’ont pas de confort de trésorerie et ne peuvent se permettre de se louper. Seule une baisse des cotisations et la simplification du Code du travail peuvent recréer la confiance, en faisant de l’embauche un risque acceptable.

– Tous les patrons vous le diront, ils cherchent avant tout des profils qui correspondent à leurs attentes, pas des moyens d’accès aux exonérations : à la base, un employé doit être rentable, c’est le critère déterminant. Il faut qu’il soit fiable sur le long terme, car l’embauche d’un jeune représente pour l’employeur un investissement en temps de formation. Avant de regarder les critères d’aide à l’embauche, c’est la fiabilité du candidat qui intéresse les employeurs. On ne recrute pas pour les aides.

– Surtout, l’échec de cette mesure démontre, une fois de plus, le fossé entre les banlieues et le reste du pays : l’image de la jeunesse des cités est telle que ce ne sont pas des expédients parcellaires qui sont de nature à convaincre les employeurs. Le communautarisme enferme une partie de la jeunesse des cités dans des comportements marginaux, éloignés des critères et modes de vie de la majorité, les seuls qui garantissent une bonne intégration. Pour aider les jeunes de cité, il serait bon, avant tout, de revoir la politique d’intégration dans son ensemble, et en particulier les discours véhiculés à l’école, par les services sociaux, qui, loin de favoriser l’intégration, nourrissent un sentiment de victimisation qui éloigne la jeunesse du reste de la société. Car les employeurs, déjà perclus de charges, obligations et contraintes en tout genre, ne peuvent se voir aussi imposer à leurs frais la mission d’éducation d’une jeunesse en perte de repères…

Les emplois francs sont donc le révélateur de tout ce qui ne fonctionne pas en France, et qu’il serait urgent de changer…

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