L’Assemblée nationale a voté l’ouverture de la PMA à toutes les femmes (couples de femmes et célibataires), mesure phare du projet de loi Bioéthique examiné en deuxième lecture. L’article 1er du texte, très controversé, a été adopté par 66 voix contre 27, et 3 abstentions.

La députée Emmanuelle Ménard, ayant proposé une motion de rejet, réagit au micro de Boulevard Voltaire et dénonce vivement la « révolution anthropologique » et « les monstruosités » qui découlent de cette loi.

Le projet de loi Bioéthique a eu lieu en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Vous avez proposé une motion de rejet. Pourquoi ce choix radical ?

Je pense que ce texte est fondamentalement mauvais. Il bouleverse complètement tout un tas de choses dans notre civilisation, à commencer par la filiation, en accordant la PMA pour toutes les femmes et les femmes seules. Il prive, évidemment, nos enfants de père. Contrairement à ce qui est dit et répété par le gouvernement et la majorité à longueur de temps, ce n’est pas une loi d’amour mais une loi qui prive les enfants de leur père. Quand on se dit attaché aux droits de l’enfant, et c’est mon cas, on ne peut pas voter une loi comme celle-ci. Ce n’est pas possible. J’ai donc proposé cette motion de rejet pour expliquer pourquoi j’étais contre cette loi. Il me semblait que c’était la bonne attitude à avoir à l’égard de cette loi.

Vous êtes la seule députée dans l’opposition à avoir fait cette motion de rejet. Cela vous interpelle-t-il qu’aucun autre de vos collègues ne l’ait fait ?

Oui, évidemment. Je n’ai pas à faire de leçon de morale à quiconque. La plupart des députés de l’opposition expliquent à juste titre que cette loi sera un changement radical pour notre civilisation et que c’est une révolution anthropologique.
Je pense que l’on doit prendre ses responsabilités et, par conséquent, assumer de rejeter dans son intégralité ce projet de loi. Quelques petites mesures sont tout de même bien, dans ce projet de loi, notamment la connaissance de ses origines. Par rapport aux monstruosités qu’il y a à côté, il me semble que le négatif l’emporte très largement.

On est surpris par la gravité de ce que vous décrivez et aussi l’indifférence dans laquelle ce débat parlementaire a eu lieu.

On était tous d’accord pour reporter ce projet de loi. Au mois de juin, un sondage expliquait que plus de 70 % des Français estimaient que ce n’était pas le moment d’examiner ce projet de loi et que le gouvernement avait d’autres priorités, notamment en termes de pouvoir d’achat, d’emploi et d’économie à la suite de cette crise sanitaire.
Depuis plusieurs jours, on nous parle d’une potentielle poursuite de l’épidémie qui pourrait s’aggraver dans les jours à venir avec des clusters un peu partout en France. M. Macron et le Premier ministre ont décidé de prolonger d’une semaine la session extraordinaire de l’Assemblée pour pouvoir faire passer ce projet de loi en catimini. Je sais qu’ils détestent qu’on utilise cette expression, mais c’est tout à fait le cas. En ce moment, les Français qui le peuvent sont en vacances et ont d’autres préoccupations. Et ceux qui ne peuvent pas être en vacances et qui sont préoccupés par leur situation économique personnelle ont d’autres chats à fouetter que ce projet de loi Bioéthique.

Le protocole « ROPA » a été débattu. Est-ce une victoire ?

Nous avons eu quelques petites victoires. Le protocole « ROPA » (réception des ovocytes de la partenaire, NDLR) a été exclu du projet de loi comme la PMA pour les transgenres ou les transsexuels. Nous avons eu des heures de discussions surréalistes sur le sujet. Pour l’instant, la PMA post-mortem a été exclue du projet de loi. Cela me semble être une bonne chose. Je ne crois pas qu’il soit bon, pour l’entrée dans la vie d’un enfant, de savoir qu’il est né d’un père mort bien avant sa naissance.

Pensez-vous que le débat sur la GPA continuera ?

Ce débat est remis dans les débats régulièrement par certains députés de la majorité ou de gauche. J’ai déposé une proposition de loi pour que l’interdiction de la GPA soit réitérée. Ce qu’on nous dit est très hypocrite. On nous dit « On est contre la GPA et la GPA en France est interdite, mais si vous allez la pratiquer à l’étranger et que vous revenez en France, on fera tout pour que les conséquences de votre acte illégal que vous avez pratiqué à l’étranger soient régularisées dans les plus brefs délais pour l’intérêt de l’enfant ». J’entends l’intérêt de l’enfant, mais je ne comprends pas que quelque chose d’illégal soit pratiqué ostensiblement, que la loi française soit détournée ostensiblement et, lorsque les parents reviennent, on ne leur dit rien et tout va bien.

Quel combat doit-on mener ?

Beaucoup de combats devront être menés, cet après-midi et cette nuit, notamment sur les embryons et sur la recherche sur les embryons. On parle beaucoup des chimères. Pour l’instant, l’introduction de cellules humaines dans des embryons animaux n’est pas interdite.
J’espère que l’on aura gain de cause.

Quel est votre sentiment sur cette semaine de débat parlementaire ?

Je ne voudrais pas paraître trop négative, mais nos petites victoires ont seulement réussi à circonscrire quelques points, mais sur la majorité des points essentiels qui concernent l’intérêt de l’enfant et les droits de l’enfant, nous avons perdu. Le droit à l’enfant vient d’être consacré avec ce projet de loi. C’est navrant.

Est-ce une succession de défaites ?

Lors de l’adoption du projet de loi, on nous avait dit « Vous verrez, l’adoption du mariage pour tous n’aboutira jamais à la PMA ». On y est ! C’était la première marche vers la PMA. Et maintenant, on nous dit que la PMA n’aboutira jamais à la GPA. Au nom de l’égalité, comment pourrez-vous empêcher un couple d’hommes d’avoir un enfant, alors que vous l’autorisez aujourd’hui pour un couple de femmes. On ne sera même pas obligé de repasser par la loi puisque les juges l’autoriseront demain.

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