Editoriaux - 18 mars 2019

Emmanuel Macron va-t-il renier sa promesse et repousser l’âge de départ à la retraite ?

Emmanuel Macron l’a juré pendant la campagne électorale : l’âge du départ à la retraite resterait à 62 ans, même si un système à points sera introduit. En revanche, aucun engagement n’a été pris sur la durée de cotisation nécessaire pour avoir une retraite à taux plein. Actuellement, il faut 42 ans. Beaucoup de ceux qui ont commencé leur carrière, par exemple, en 1977 avaient 20 ans quand ils ont commencé à travailler. Mais ceux qui ont fait des études universitaires sont souvent obligés de prolonger jusqu’à 65 ans pour éviter de toucher des pensions ridicules. Or, l’âge d’entrée sur le marché du travail ne cesse d’augmenter. Il n’est pas rare, désormais, de trouver des jeunes qui ne décrochent qu’à 28 ans leur premier emploi. Rapidement, le nombre de personnes prenant leur retraite à 62 ans va fortement diminuer, et cela sans qu’on change les curseurs.

Néanmoins, ce dimanche, Mme Buzyn, ministre de la Santé, a proposé au micro de RTL de repousser formellement cette limite d’âge. Devant les réactions suscitées chez les auditeurs, elle a admis qu’elle s’exprimait à titre personnel avant de botter en touche et de prétendre que, lors du grand débat, certains participants ont suggéré spontanément cette mesure et donc qu’il est légitime d’en discuter ! La ficelle est vraiment trop grosse et frise l’hypocrisie : je doute fort qu’il y ait un seul Français qui ait proposé d’augmenter l’âge de la retraite, d’autant plus que celui qui trouve qu’à 62 ans on est trop jeune pour s’arrêter de travailler peut continuer sans problème jusqu’à 67 ans. Il n’a pas à décider pour les autres.

Le pouvoir a pris aussitôt ses distances avec Mme Buzyn et précisé que rien de tel n’a été décidé ni même envisagé. Cette continuelle cacophonie gouvernementale où les ministres s’expriment en leur nom personnel et tirent à hue et à dia est insupportable. M. Philippe devrait taper du poing sur la table et révoquer tout membre du gouvernement qui émettrait, dans le futur, une suggestion en contradiction avec la politique décidée au plus haut niveau de l’État. Les prédécesseurs de M. Macron tenaient bien mieux leur gouvernement !

Pour revenir au problème des retraites, il existe trois leviers pour ajuster les recettes aux dépenses : augmenter les cotisations pesant sur les actifs (fait par M. Hollande), diminuer les pensions (arme préférée de M. Macron) et augmenter la durée de cotisation permettant de toucher une pension complète en jouant sur les décotes et sur les surcotes (choisi par les partenaires sociaux pour les retraites complémentaires). Comme je l’ai déjà dit, l’âge où l’on peut toucher une pension est, en fait, symbolique. Avant la réforme de M. Mitterrand avançant l’âge de la retraite à 60 ans (réforme, à l’époque, finançable dans un premier temps, mais que tous les économistes jugeaient, en 1982, insoutenable sur le long terme), on pouvait déjà partir à 60 ans mais avec 20 % de son ancien salaire. Personne, bien entendu, ne prenait cette option ! C’est ce qui risque de se produire dans les années qui viennent : on pourra, en théorie, partir à 62 ans, mais 80 % des seniors continueront sans doute jusqu’à 64 ou 65 ans. Le système des retraites sera bientôt en équilibre. M. Rocard, qui prétendait que le problème des retraites ferait chuter tous les gouvernements qui lui succéderaient, avait tort…

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