Editoriaux - International - 23 septembre 2019

Emmanuel Macron à l’ONU : quand la grenouille se veut plus grosse que le têtard…

Certes, l’ONU est une instance internationale à l’utilité toute relative, mais il n’est pas forcément déconseillé de s’y faire entendre : la preuve par Dominique de Villepin et son fameux discours contre la seconde guerre du Golfe, en 2003. Cela ne changea en rien le cours des choses ; mais, au moins, la France put y faire entendre sa petite musique.

Emmanuel Macron a bien retenu la leçon, entendant se poser, ce lundi en cette même enceinte, à la fois comme médiateur et modérateur dans le bras de fer opposant Iran et USA. L’intention est évidemment louable. En son temps, Charles Maurras estimait que notre pays, devenu nation moyenne depuis Waterloo, avait pour vocation de fédérer les petites patries contre les grandes puissances à venir.

Charles de Gaulle, ayant tôt biberonné à l’œuvre du vieux maître de Martigues, dont il affirmait « qu’il était devenu fou à force d’avoir raison », tenta, malheureusement et en vain, de prendre la tête des pays non alignés, potentielle troisième force en devenir entre blocs d’Est et d’Ouest.

Aujourd’hui, la situation est autrement différente. À tel point que, dans Le Figaro Magazine de ce week-end, Éric Zemmour note : « Emmanuel Macron s’est voulu l’émule du général de Gaulle : il risque de finir comme Aristide Briand. Floué par plus retors que lui et ridiculisé pour naïveté. »

Mieux : l’éditorialiste solde les comptes d’un certain tropisme pro-israélien et antimusulman, quand dénonçant le front tricolore des va-t-en-guerre « les atlantistes, les droits-de-l’hommistes, les partisans de la guerre à Assad, les soutiens à tous crins d’Israël, les obligés de l’Arabie saoudite, rassemblés dans une même coalition hétéroclite, à l’instar de leurs divers parrains étrangers ».

Il est vrai qu’un de Gaulle ou un Chirac avaient malgré tout plus de poids quand s’invitant au concert des nations : embargo français sur les ventes d’armes à l’État hébreu en 1967 pour l’un, position équidistante dans le conflit israélo-palestinien pour l’autre, tant il est vrai que la politique orientale de la France finissait par « se résumer à Barbès-Rochechouart », pour reprendre les mots de Michel Jobert ; en attendant de se trouver indexée sur les ventes d’armes aux Saoudiens et à leurs alliés émiratis.

Giscard d’Estaing, ce Macron en devenir, préféra ainsi, à la chute du Chah, caler notre politique, plus sur l’axe américano-saoudien que sur une cordiale entente avec l’ayatollah Khomeini. Nous n’en finissons plus de payer ce manque de discernement stratégique.

Il est vrai qu’entre-temps, tout a changé avec Donald Trump. L’homme, ne raisonnant qu’en rapports de force, ne respecte finalement que la force. C’est dire s’il a plus de respect pour l’Iran, nation multimillénaire, que pour les régimes arabes avoisinants, montés de guingois par les accords Sykes-Picot de 1916. Les Perses ne raisonnent pas autrement, et c’est d’ailleurs à cette aune qu’il faut juger la récente attaque des installations pétrolières de Riyad.

Présence militaire américaine oblige, ces dernières étaient censées être sanctuarisées. Il aura suffi de quelques drones, plus ou moins téléguidés par Téhéran, pour mettre à bas le dogme voulant que la technologie puisse supplanter l’humain. Ou de l’art iranien de faire monter la pression, tels les Américains. Et c’est là où l’on comprend mieux qu’un Emmanuel Macron, héraut d’un « nouveau monde » hypothétique, ne comprend pas grand-chose à « l’ancien monde », lorsque qu’il stigmatise des « Iraniens sur le chemin d’une montée en tension qui est une erreur stratégique ». Au contraire, ceux-là ne font que de la politique ; tout comme Donald Trump.

Les Israéliens, autrement plus malins, semblent avoir compris que le puissant sponsor américain était en train de distendre les liens les unissant à Tel Aviv. Peu leur chaut, puisque ayant les moyens de se défendre seuls ; ce qui est loin d’être le cas de l’Arabie saoudite.

Comme Richard Nixon en son temps, Donald Trump, en bon homme d’affaires qu’il est, renoue avec les bras de fer d’autrefois, époque durant laquelle une Marie-France Garaud savait théoriser la géopolitique française autrement mieux qu’une Marlène Schiappa.

Ces choses dites, Emmanuel Macron sera sûrement écouté très poliment à l’ONU.

NDLR : cet article est le 2000e que notre ami Nicolas Gauthier écrit pour Boulevard Voltaire. La rédaction lui adresse ses chaleureuses félicitations.

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