Viktor Orbán affrontera des élections législatives, le 3 avril, qui le consacreront (ou non) à la tête de la en tant que Premier ministre pour la cinquième fois. Pour l’instant, les sondages le donnent gagnant, malgré une opposition unie mais à la coalition très hétéroclite, regroupant six partis.

Quels sont les ressorts d’une telle longévité ?

La politique qu'il mène depuis sa seconde accession au pouvoir en 2010 – il avait été auparavant Premier ministre de 1998 à 2002 – montre de sa part un pari sur l’avenir de la nation hongroise, plus qu’un souci – certes réel, évidemment -, d’œuvrer à sa réélection. On dit que l’homme d’État pense sur le long terme quand un homme politique a la prochaine échéance électorale dans le viseur.

Viktor Orbán a su relever économiquement la Hongrie. La croissance prévue est de 7 % en 2022.

Une politique de patriotisme économique qui se conjugue, dans un projet global, cohérent et sur le long terme avec une volontariste. Là encore, il s’agit d’investir dans l’avenir de la nation hongroise, dont le taux de fécondité est très bas. En 2019, Viktor Orbán investit 4,8 % du PIB dans un plan de relance de la natalité et de soutien aux familles, qui ne fait que prolonger des mesures déjà prises face à une démographie atone et un exil alarmant des classes laborieuses : exemption à vie de l’impôt sur le revenu pour toute femme ayant élevé au moins quatre enfants, prêts de 30.000 euros aux couples mariés, qu’il n’est plus nécessaire de rembourser dès l’arrivée du troisième enfant (100.000 familles ont déjà bénéficié de ce système), aides à l’achat de voitures familiales, allocations familiales doublées, aides sociales pour les grands-parents qui gardent leurs petits-enfants… Selon Georges de Habsbourg-Lorraine, ambassadeur de en France, 115.000 enfants sont nés grâce à cette politique nataliste (Le Point, 22/7/2021).

Et le nombre de mariages a augmenté de 45 %, le taux de fécondité est passé de 1,2 à 1,5 enfant par femme (France Info, 23/9/2021).

« Familles, je vous paie ! » titre rageusement Le Parisien dès qu’il s’agit de parler de la politique de Viktor Orbán. On parlera plutôt de révolution conservatrice, tant est révolutionnaire ce projet politique qui pourrait s’intituler « d’abord ! »

Une révolution culturelle ? Certes, quand on sait que la réforme constitutionnelle de 2011 a fait inscrire dans la Loi fondamentale de la les références aux racines chrétiennes de la Hongrie, à son histoire millénaire, tandis qu’étaient inscrits dans le marbre le mariage comme union entre un homme et une femme et la défense et la protection de la vie dès son commencement.

Une révolution politique, aussi, quand on voit que sur la crise des migrants de 2015, le chef du gouvernement hongrois n’a pas hésité à affronter l’Union européenne quasiment tout entière, à l’exception des pays de Visegrád. Et surtout, crime suprême, il refuse les quotas de migrants imposés par l’Union européenne. Après la crise des migrants, la popularité d’Orbán monte à 48 %, contre 32 avant celle-ci.

Contre lui, dans la presse, au sein de l’Union européenne, tout est permis. Pourquoi ? Parce qu’il a su montrer qu’un homme politique n’est pas un technicien ou un gestionnaire mais un homme qui a surtout le courage de prendre des décisions, avec le pragmatisme comme mode d’action et la vision qu’il a pour son pays comme boussole.

On le traite d’illibéral ? Il s’en moque, le revendique presque. Il a certes multiplié les nominations stratégiques : médias, universités, cours de justice. On n’a jamais vu ça, dans aucune démocratie occidentale, la plus aboutie, la plus progressiste soit-elle, n’est-ce pas ?

Revenons aux élections qui se tiendront le 3 avril. Pour s’organiser, les partis d’opposition se sont regroupés et ont désigné leur chef par une primaire où 800.000 personnes ont pu démocratiquement exprimer leurs préférences. Le candidat à la tête de cette coalition d’opposition est Péter Márki-Zay, « candidat de droite, chrétien et conservateur », selon le journal Le Monde (1/4/2022). Drôle d’opposition à Viktor Orbán ! Une coalition qui regroupe toutes les tendances, de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par les Verts. Cette coalition est si hétéroclite que si elle parvenait au pouvoir, elle deviendrait rapidement, sans doute, ingouvernable. Il n’est que de voir l’exemple italien pour s’en convaincre.

La drôle de campagne électorale hongroise a subi comme en France les effets de l’invasion ukrainienne. L’opposition a accusé, bille en tête, Viktor Orbán de collusion avec la Russie pour sa supposée proximité avec Vladimir Poutine. Il convient de rappeler que la Russie pourvoit à 80 % de l’approvisionnement en de la Hongrie, dont les tarifs sont particulièrement avantageux pour les Hongrois. Et, rapporte France 24 citant un journal hongrois, « sans l'extension du complexe de Paks, les tarifs de l'électricité quadrupleraient », Paks étant l’unique centrale nucléaire de Hongrie, dont l’extension est financée à 80 % par la Russie. On comprend alors le refus de Viktor Orbán d'appliquer les sanctions envers la Russie visant le russe. Là encore, d’abord. Ce que Zelensky, dont on loue pourtant si fort le vibrant patriotisme, n’a pas manqué de lui reprocher. Malgré les 130.000 réfugiés ukrainiens accueillis en Hongrie.

Ce qui se joue donc lors de ces élections hongroises, c’est, peu ou prou, ce qui se joue chez nous. La coalition brinquebalante qui fait face à Orbán veut résolument intégrer tous les standards de l’Union européenne, modèle multiculturel et progressisme sociétal en tête. En face, Orbán, qui a lancé il y a dix ans une révolution conservatrice unique en Europe, veut maintenir son pays arrimé à ses racines et affronter avec pragmatisme la tempête économique des conséquences de la guerre en Ukraine.

Selon Emmanuel Macron, Orbán est la lèpre populiste. Pour Éric Zemmour et Marine Le Pen, il est un modèle de réussite.

1 avril 2022

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