Il y a fort à parier que 2022 ne sera pas 2017. Il y a quatre ans, accéder au second tour de l’élection présidentielle contre Marine Le Pen valait ticket gagnant pour l’Élysée. Pour l’année qui vient, la question se pose en d’autres termes : qui a le plus de chances de battre Marine Le Pen ?

Pour tout arranger, en décembre dernier, se confiant au journal en ligne Brut, confesse : « Peut-être que je ne pourrai pas être candidat. » Voilà qui ouvre bien des appétits. Celui de Xavier Bertrand, par exemple, qui, en décidant de ne pas passer par la case des primaires, est en train de semer un assez beau désordre au sein des Républicains.

Mais ce n’est rien comparé à celui suscité par Édouard Philippe, à la fois ancien de l’ et de Matignon sous Macron ; non seulement dans les rangs de LR, mais encore dans ceux de LREM, mouvement auquel il n’a jamais adhéré. Cet Alain Juppé en plus jeune osera-t-il franchir le Rubicon ? Là est toute la question.

Le titre de l’essai qu’il vient de cosigner avec Gilles Boyer, autre disciple du même Juppé, est à ce titre plus qu’ambigu : Impressions et lignes claires. Interrogé par Le Point de ce 1er avril, grande est l’impression d’un discours pas tout à fait clair : « Je n’ai pas renoncé à la vie politique, sinon je ne me serais pas présenté au Havre. Je suis maire d’une ville que j’aime, je continue à rencontrer des gens, à lire, à réfléchir, apprendre, et je n’ai aucune intention de voir mes convictions ou mes idées partir à vau-l’eau sans me battre pour elles. » Il faudrait véritablement avoir l’esprit retors pour ne pas en déduire que tout cela ressemble fort à une préparation visant à briguer la magistrature suprême…

Surtout lorsqu’il ajoute : « On ne peut pas concevoir une candidature pour faire obstacle à 30, à 40 ou à 48 % de la population. Pour se présenter, il faut proposer un dessein pour la nation, un chemin collectif et ambitieux et crédible. » Le sien, par exemple ? Il est vrai qu’Emmanuel Macron, empêtré dans la gestion de la pandémie, n’a guère le loisir et le temps de se consacrer à un tel « dessein ».

Du coup, les signaux envoyés par l’ancien Premier ministre commencent à agiter le Landernau politique. À droite, tout d’abord, puisque contrariant les projets de Xavier Bertrand et confinant ceux de Gérard Larcher, président du s’obstinant à vouloir organiser, selon des modalités qu’il peine lui-même à définir, d’éventuelles primaires de la droite. Chez les macronistes, ensuite, l’un d’eux confiant à 1 : « L’assurance qu’il ne fera rien contre Macron, on ne l’a pas. »

Invité, ce dimanche 4 avril, sur France 2 par , Édouard Philippe aurait-il commencé à lever l’hypothèque d’une éventuelle participation à la prochaine échéance présidentielle ? C’est à croire. Surtout quand ce journaliste cite cette phrase qui lui serait attribuée : « De toutes manières, je ne serai pas candidat, sauf si peut-être Emmanuel Macron ne l’était pas. » Et nous y revoilà. Réponse gênée du maire du Havre : « Euh, je crois que je lis souvent ce genre de phrases. Je ne m’exprime pas sur le sujet. » Et Laurent Delahousse d’insister : « Donc, elle n’est pas de vous, cette phrase ? »

Et là, tel un autre Édouard – Balladur, celui-là, jurant ses grands dieux que jamais il ne se présenterait contre -, Philippe bredouille : « Je ne crois pas l’avoir dite. Je ne crois pas non, en tout cas, je ne crois pas l’avoir dite publiquement. » Quoi qu’il en soit, la voilà désormais rendue publique. Une telle audace aurait-elle été rendue envisageable par les bons de ce candidat potentiel ; 53 % d’opinions favorables, ce n’est pas rien ? Réponse de l’intéressé : « La popularité est aussi solide qu’une volute de fumée. »

Avec le recul, son mentor Alain Juppé, favori des sondages, mais humilié aux primaires de la droite, n’aurait pas dit mieux.

5 avril 2021

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