Editoriaux - Société - 21 novembre 2018

Droits de l’enfant : parlons-en !

Notamment celui de connaître ses origines

Le glissement constant, dans le discours, des mots PMA vers GPA gauchit la lutte contre la légalisation de la marchandisation du corps humain et entretient l’opacité de la filiation. C’est de ce glissement perpétuel des mots, devenus interchangeables, que le gouvernement est fort. Cette perméabilité des mots brouille les enjeux.

Nous célébrions, mardi, la Journée internationale des droits de l’enfant. Aucune raison ne tient face à la violation du droit fondamental de l’enfant à connaître ses origines. La loi est faite pour la meilleure vie en société possible. Sans elle, même l’inceste pourrait se commettre avec le consentement des parties.

Sur le site Le Plus de l’Obs en date du 20 décembre 2012, un médecin sexologue patenté expliquait qu’on pouvait avoir une “vie sexuelle épanouie sans pénétration vaginale” et “que la pénétration n’était nécessaire que pour la reproduction, ce qui représentait 1/100 de notre activité sexuelle”. Admirons la pénétration du propos avec ses tours restrictifs… Madame Taubira ne parlait pas autrement.

Le mariage ne s’imposerait plus entre un homme et une femme. Il suffirait de dire à l’enfant fabriqué – changement de registre émouvant – qu’il est né « de la petite graine donnée à maman ». C’est que le choix parental des lesbiennes d’avoir un enfant est mûrement réfléchi. Pas comme le coup de reins d’un soir.

Disons la vérité sur « la PMA sans père » qui ne concerne qu’une poignée de couples. L’IAD (insémination avec tiers donneur anonyme) est permise, selon les lois de bioéthique du 29 juillet 1994 et du 6 août 2004, aux couples hétérosexuels dont l’infertilité est reconnue (après un examen) ou quand il y a un risque élevé de maladie génétique. C’est là que le bât législatif blesse : libre à chacun de penser qu’il y a un « mensonge » du « père » envers l’enfant.

Pour faire droit à l’égalité pour tous, et sans aucun égard pour l’enfant, ce même médecin sexologue proposait de changer la définition du mot « stérilité » et de remplacer, pour les lesbiennes, « médicale » par « sociale. » Mais si l’infertilité de la femme hétérosexuelle (qui pourrait être féconde avec un autre homme) ne résulte pas d’une maladie, celle des lesbiennes n’est ni médicale ni sociale. C’est un choix de vie en société qui n’a rien de pathologique.

On dit que Giscard d’Estaing regretterait la loi concernant le regroupement familial. On pourrait aussi bien déplorer la loi sur l’IAD. En attendant, une évidence à rappeler : de quel droit s’arroge-t-on de priver un enfant de père avec l’aide de l’État ? On parle d’apesanteur juridique. La déraison en est une sacrée, d’apesanteur.

Le secret des familles était le fonds de commerce des romans du XIXe siècle. Avec la PMA pour toutes, on y reviendrait tout droit, sauf que l’anonymat est déjà impossible à garder. Audrey Kermalvezen, née de don anonyme, comme son frère et son mari, a fondé avec ce dernier l’association ORIGINES. Que le lecteur consulte la Toile pour connaître son livre : Mes origines : une affaire d’État.

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