Editoriaux - Politique - Réflexions - 10 juin 2019

Droites : quelle riposte face à Macron ?

Si rien ne se fait à droite, Macron a gagné. Le Pen est en tête, de peu. Loiseau a fait le job, non troppo, comme c’était prévu, et LR est très loin derrière. Le Président s’est constitué à peu de frais une réserve de voix idéale chez EELV pour le second tour de la présidentielle, parce que le déplacement de son aile plus jeune, plus bobo, plus gauchiste, fut compensé – divine surprise – par une allégeance d’un électorat des beaux quartiers.

Pour réussir sa reconquête gramscienne, la droite doit sidérer les esprits par un discours sans fard. Conservatrice, libérale et nationale, chaque dimension aura son importance parce que la « droite 3D », ce n’est pas trois droites mais une seule. Qu’il vienne à manquer une de ces dimensions et elle sera bancale.

Le restant du marais ainsi qu’une part d’un électorat « légitimiste », voire « catholique pratiquant » sourd au credo de Bellamy, lit-on dans les gazettes, se sont, le temps d’un vote, par peur du désordre, dit-on, additionnés à l’électorat socialiste et aux centristes.

Une prouesse pour Macron, ancien conseiller du socialiste Hollande, et son Premier ministre Philippe, ancien rocardien (la gauche américaine, dixit Chevènement). Faut-il être naïf pour faire confiance à ce gouvernement truffé de socialistes qui renonce à supprimer 120.000 postes de fonctionnaires, qui dépense, endette, taxe, réglemente à tout va, comme n’importe quel gouvernement de gauche ! En même temps, l’omniprésence de ce jeune Président en chemise, aux fausses allures de Kennedy, au milieu d’assemblées de débattant triés sur le volet, des heures durant, à nos frais, à la télévision, a forcément joué. D’autre part, quand tout se passe comme si les voix musulmanes – déjà 92 % à le soutenir au second tour de 2017 – remerciaient Macron d’avoir signé le pacte de Marrakech, on se dit qu’il est décidément la chauve-souris de la fable de La Fontaine. Voyez mes ailes, voyez mes pattes, vive le roi, vive la ligue !

Est-ce de la droite hors les murs ou d’une grande coalition entre LR et RN qu’arrivera la sidération des esprits ? Poisson avance un projet sur la base d’un large consentement.

Maréchal parle de « compromis civilisationnel » et regrette que « la Manif pour tous ne soit pas aux côtés des gilets jaunes ». Zemmour, qui rappelle l’intérêt d’expulser les délinquants et criminels étrangers (une fois la peine purgée), ainsi que les chômeurs étrangers, parle d’union des électeurs au-delà « des droites », sous-entendant de faire appel aux patriotes « de gauche ». Certes, Debray a écrit un Éloge des frontières. Mais un apport de gauche en tant que tel risque de renforcer ce courant socialisant qui a tant nui à la France.

La France a besoin d’un vent de liberté. Le libéralisme des origines n’a rien à voir avec le rationalisme progressiste actuel. Le capitalisme de connivence, pas plus que le capitalisme d’État, n’est libéral. Le néolibéralisme élitiste, progressiste et interventionniste de Macron ou son versant keynésien ne sont pas des politiques économiques de droite. Le marxisme a tellement frappé les esprits des baby-boomers que les keynésiens passent pour des libéraux. La France doit se redresser, et pour cela, elle a besoin d’une droite à l’idéologie forte. Une droite 3D, comme ses trois dimensions, conservatrice, libérale et nationale. La dimension libérale ne représente pas le marais des « orléanistes », européistes et mondialistes, monopolisant les pouvoirs, mais l’égalité des chances, la méritocratie, la suppression des barrières à l’entrée, la suppression des prélèvements obligatoires sur le travail. Une idéologie qui ne favorise ni les héritiers, ni les rentiers, ni les apparatchiks ? Le libéralisme de Smith redécouvert au XXe siècle par Hayek et son « ordre spontané » veut laisser une chance aux bonnes pratiques, aux bonnes lois, aux bonnes idées sédimentées par l’histoire des hommes contre ce rationalisme progressiste pavé de bonnes intentions mais qui nous ramène ou nous conduit toujours au socialisme.

À lire aussi

La cause du people

Non, Mesdames Binoche et Béart, les gilets jaunes ne vous demandent rien, et surtout pas v…