Le docteur Dominique Megglé, psychiatre, livre son analyse au sujet des effets du deuxième sur la population française. L’occasion d’évoquer avec lui la des vaccins…

On prédit une vague de dépressions inédites liées au Covid-19. Doit-on mettre en cause la peur de la maladie, le confinement et donc l’isolement ou d’autres facteurs ?

Le premier confinement était marqué par l’anxiété, mais vécu comme une épreuve transitoire, et on en prenait assez bien son parti. Là, changement complet d’ambiance. On a été obligé de s’installer durablement dans la privation des libertés de base pour des raisons pas claires, sur des messages gouvernementaux contradictoires et sans visibilité pour l’avenir, ce qui a provoqué soupçon, tristesse et colère. Je crains, certes, une flambée de , dont l’augmentation est déjà manifeste (alors que la dépression était déjà à un niveau très haut avant l’épidémie), mais surtout une explosion de violence civile, laquelle ne viendra plus seulement des endroits où elle était connue jusque-là. Quand les pulsions agressives sont ainsi activées massivement, l’individu ne peut en faire que deux choses : ou la tourner contre lui (la dépression) ou la tourner contre les autres (violence). Des deux, que vaut-il mieux ? Ni l’une ni l’autre, bien sûr, mais la réalité actuelle est celle-là. C’est au chef de refroidir cette mauvaise soupe qu’il fait bouillir. Où est-il ? Que fait-il, le cuisinier, sinon parler et monter le gaz sous la cocotte ?

Vous aviez dit, lors de notre précédente interview : « Pendant le confinement, de nombreuses familles ont été heureuses de se retrouver ensemble. » Finalement, est-ce que notre monde hyper connecté et individualiste ne touche pas les limites de ce système ?

Ce que j’ai dit lors du premier confinement n’est plus vrai aujourd’hui. Les parents en télétravail sont épuisés, énervés, plongés dans une vraie solitude parce que sans vrais contacts humains avec leurs collègues et avec une charge de travail parfois plus lourde qu’avant. Et les personnes seules sont encore plus seules. Effectivement, le télétravail a trouvé ses limites, et les a plus que trouvées. On a abusé du système, particulièrement certains employeurs. Et que dire de tous ces malheureux que leur métier interdit d’être au télétravail et qui ne savent plus comment ils vont se nourrir dans les trois mois qui viennent parce qu’ils ont été interdits d’activité et se retrouvent aussi hors des mesures d’aide du gouvernement ? Et que dire de tous ces jeunes (télétravail ou pas), licenciés à cause de la crise, qui n’arrivent plus à retrouver du travail à cause de la même crise ? Là aussi, tristesse et colère. Dans nos consultations, nous en voyons plein. Et chez le médecin aussi, cela suscite tristesse et colère.

Parlons vaccins. La loupe grossissante des semble démontrer l’existence de deux camps : les pro-vaccins et les complotistes. Qu’est-ce que ce débat révèle de l’état de la société française ?

Qu’elle est soumise à un groupe dominant inculte qui agit par slogans (ce qui est typique des dictatures), qui ne pense plus (s’il a déjà pensé), qui gueule, qui , qui nie les évidences, qui frappe non seulement toute opinion contraire mais toute petite nuance qu’on tente d’apporter au slogan, qui insulte ses opposants en les traitant de complotistes, qui dénonce comme charlatans les plus grands médecins qu’elle a chez elle alors qu’ils sont reconnus dans entier et ont largement prouvé avoir fait tant de bien à tellement de malades depuis des dizaines d’années.

Pour ou contre les vaccins ? Ce n’est pas un débat d’idées, pour lequel chacun pourrait avoir sa petite idée. C’est une question scientifique, soumise à la rigueur d’une culture et d’une discipline. Merveilleuse découverte médicale, les vaccins ont diminué, enrayé, voire éradiqué nombre de maladies infectieuses qui étaient des calamités pour l’humanité. Ils nécessitent du temps pour être conçus et pour vérifier leur efficacité et leur innocuité. Avec les vaccins anti-Covid, on nous propose des produits fabriqués à toute vitesse à des milliards d’exemplaires, certains d’une technologie si nouvelle qu’on peut à peine parler de « vaccins », et sans aucune vérification de leur efficacité et innocuité. La population, avec son bon sens, se méfie. Elle a raison. Ce n’est pas elle qui est complotiste. Elle a bien vu que le roi était nu et qu’il donnait des milliards à ceux qui lui poussaient la chansonnette du remède magique qui le ferait enfin aimer de sa population.

Question à cent euros : comment sera « le monde d’après » ?

« Un peu pire », comme disait Houellebecq quelque part. À moins que le peuple, nous, ne finisse par se dresser contre la « trahison de la démocratie par les élites » décrite par Christopher Lasch. Et agisse.

Entretien réalisé par Marc Eynaud

 

5 janvier 2021

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