, jusqu’alors, pour qui a encore un peu de mémoire, évoquait d’abord les noms de deux maires de notre histoire contemporaine. Robert Poujade, mort en avril dernier, qui fut, de 1971 à 2001, maire de la capitale bourguignonne. Pour qui s’intéresse à la cause de l’environnement, il fut le premier ministre en charge de ce dossier sous l’appellation de ministre de la Protection de la nature et de l’environnement. Ce n’était pas sous un gouvernement de gauche mais de droite… En 1971, sous Pompidou. Comme quoi !

Autre maire, dont le nom est bien plus connu : le chanoine Kir, qui présida aux destinées de Dijon de 1945 à 1968. En soutane, s’il vous plaît. Autant vous dire qu’on parle là d’une époque qui vaut son pesant d’antiquité. Dijon, capitale de la plantureuse Bourgogne, la province des grands vins. Entre Dijon, chef lieu de la Côte-d’, et « la ville de Beaune, là où les bons vins sont », comme nous le raconte joliment le vieux chant des bandes picardes, c’est un chapelet de noms qui parlent d’eux-mêmes : Gevrey-Chambertin, Vosne-Romanée, Nuits-Saint-Georges, Aloxe-Corton… Arrêtons-nous, justement, à Beaune, à l’hospice où Bourvil et Louis de Funès firent étape chez les bonnes sœurs durant leur Grande Vadrouille.

Dijon, la capitale de l’opulent duché. Ses quatre ducs de la maison de Valois : Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe III le Bon et, enfin, Charles le Téméraire. Avec ce dernier prenait fin tragiquement, un soir de janvier 1477, près de Nancy, le rêve d’une grande Bourgogne. « Je suis ce/Téméraire au soir de la bataille/Qui respire peut-être encore sur le pré/Mais l’air et les oiseaux voient déjà ses entrailles/Pour m’ouïr, il n’est plus que soldats éventrés/Déjà mes yeux sont pleins de vermine et de mouches. La nuit emplit déjà mon corps défiguré » (Aragon). La Toison d’or, certes fondée à Bruges en 1430 par Philippe le Bon, mais dont le siège fut, dès 1432, transporté à Dijon. Quand, aujourd’hui, les princes de la maison de Habsbourg et le roi d’ portent cet antique ordre pendu à un ruban rouge, c’est un peu de Bourgogne qui colore leurs habits en souvenir de Marie, fille du Téméraire qui épousa Maximilien de Habsbourg et transmit ainsi ce mythique bijou chevaleresque.

Mais tout cela, c’est de la vieille histoire qui n’intéresse plus grand monde. Dijon, finalement, évoquera tout au plus, pour beaucoup, le pot de moutarde qui traîne au fond du frigo entre une bouteille de Coca et un lot de merguez. Et lorsqu’on entend que cette ville est en proie, actuellement, à de véritables expéditions punitives nous ramenant aux temps lointains des grandes compagnies, que le gouvernement, martial, après plusieurs jours d’affrontements, enfin, promet « une réponse extrêmement ferme », on se dit, tout d’un coup, que notre vieille France provinciale, préservée des maux de notre temps, n’est bien qu’une image d’Épinal. Et soudain, la moutarde nous monte au nez.

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