Dette : la France franchit une nouvelle ligne rouge

L'OAT à dix ans vient de franchir le seuil des 4 %, une spirale infernale dont l'issue sera très douloureuse.
@Dinkum-Wikimedia Commons
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Le taux de rendement exigé par les marchés sur les emprunts d’État à 10 ans (les OAT) vient de passer le seuil des 4 % et s’établit aujourd’hui à 4,10 %. Quant aux taux des obligations à 30 ans, ils montent parallèlement à 4,9 % : rien de nouveau, à ce titre, pour les lecteurs de Boulevard Voltaire, tant cet événement avait été anticipé. Reste à préciser les causes et surtout les conséquences de ce phénomène.

L’envolée des taux a des causes connues

Les épargnants veulent d’abord se couvrir contre l’inflation qu’ils anticipent. Or, la belligérance qui sévit au Proche-Orient est lourde de menaces sur le cours des produits pétroliers, puis, par contagion, sur les produits dérivés et les transports. De plus, les déficits budgétaires persistants accentuent la demande, puisque le secteur public consomme plus qu’il n’encaisse.

Mais c’est la possibilité d’une défaillance qui explique que la prime de risque supportée par le Trésor français soit plus élevée que pour des emprunts similaires émis par les autres pays de la zone euro. En effet, l’objectif affiché pour 2027 (déficit à 4,9 % du PIB) prouve que le gouvernement a abandonné l’objectif des 3 % pour la présente décennie. En clair, il n’est plus question, même avec des mesures drastiques, d’engager notre désendettement avant 2031…

Si nous parvenons jusqu’en 2031 en évitant une défaillance — laquelle semble de plus en plus probable, avec une mise sous la tutelle de la BCE et du FMI —, alors nous serons confrontés à un risque majeur. En effet, au vu de notre dette et de nos déficits persistants, la défiance des marchés va croissante. Or, en matière de crise financière, les anticipations sont souvent « autoréalisatrices » et précipitent une défaillance prévisible à terme.

Des conséquences préoccupantes

Tout d’abord, les intérêts de la dette publique vont continuer à s’envoler. En effet, nous empruntons à huit ans et nous devons aujourd’hui rembourser des emprunts à 0 % en réempruntant à plus de 4 % : la charge budgétaire des intérêts va donc dépasser 100 milliards par an. Et le déficit ne pourra être tenu qu’en restreignant les investissements d’avenir, ou en dégradant les services publics qui n’avaient pourtant pas besoin de ça.

Ensuite et surtout, le taux de l’OAT est un taux directeur : les obligations émises par le secteur privé sont rémunérées par un taux d’intérêt supérieur. En clair, les firmes privées vont devoir emprunter à un coût plus élevé, ce qui nuira à une croissance déjà très anémiée.

À ce stade d’ailleurs, les mêmes phénomènes peuvent être rangés à la fois dans les causes et dans les effets d’une crise de la dette. Parce que nous sommes désormais entrés dans une spirale infernale, dont l’issue sera très douloureuse.

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Pr Jean-Richard Sulzer
Agrégé des Facultés de l'Université Paris Dauphine. Président du Cercle national des économistes

Vos commentaires

55 commentaires

  1. Il faut taper sur ce système financier mis en place par des voyous, banquiers et dirigeants. Prendre des décisions fortes pour retrouver notre souveraineté. La sortie de l’ Euro est indispensable, sortie également de l’UE. Nous devrons également faire défaut. C’est choquant pour certains qui sont intoxiqués par les mêmes qui ont façonné la dette. N’ oubliez JAMAIS que la dette est conçue comme une ARME.

  2. bertienews
    Bonjour, certes la campagne présidentielle commence à peine. Mais, Je suis très étonné qu’aucun journaliste ne pose de questions sur la nécessaire baisse des dépenses publiques (50 à 100 milliards d’euros par an) à programmer annuellement durant le prochain quinquennat.

  3. Normalement, il me semble qu’on emprunte pour investir et qu’on rembourse l’emprunt avec les revenus produits par l’investissement financé par celui-ci. Notre problème est qu’une part significative des emprunts faits par l’état sert à financer son fonctionnement quotidien, fonctionnement qui devrait être payé par des recettes courantes (et donc pas par de l’emprunt). De plus, comme il est dit dans l’article, l’état fait « rouler » sa dette càd emprunte pour rembourser ses emprunts arrivant à échéance. Autrement dit fait de la cavalerie. Et comme les taux augmentent, l’état est dans une spirale infernale ! Ça ne pourra pas durer indéfiniment. Contrairement à ce qu’on put croire certains génies qui ont dû penser qu’on resterait éternellement en période de taux très bas (voire négatifs). De plus, comme nous sommes dans l’euro, nous ne pouvons pas faire tourner la planche à billets à volonté pour rembourser les créanciers avec une monnaie dépréciée ou provoquer une dévaluation. Tout ça ne peut que très mal finir. Et ne demandons pas des explications sur le pourquoi du comment de cette situation à notre Mozart de la finance, il nous répondra qu’il n’y est pour rien, que ça avait commencé avant lui (c’est vrai : aucun budget n’est à l’équilibre depuis 1974), qu’il y a eu des événements imprévisibles (Covid, Gilets jaunes, autant de situations pour lesquelles l’état a eu besoin de trouver des financements pour les mesures prises) et que, en toute hypothèse, c’est de notre faute à nous les Français qui nous tournons trop systématiquement vers l’état. Tout cela est vrai mais le rôle d’un homme d’état n’est il pas de faire de choix qui engagent l’avenir (des investissement) plutôt que de dire oui à toutes (ou presque) les demandes qui lui sont faites. On rappellera simplement pour finir que l’économie est mondialisée, que la France n’est pas une île complètement coupée du reste du monde et que d’autres pays en Europe s’en sortent bien mieux que nous. Le problème est que nous avons été depuis trop longtemps et sommes toujours gouvernés par des démagogues qui croient que dépenser, y compris un argent qu’on n’a pas, ou promettre de le faire, va leur apporter le pouvoir ou leur permettre de s’y maintenir (je dois dire que ça a parfaitement fonctionné depuis M. Mitterrand).

  4. La France a longtemps pensé que l’argent était gratuit mais se réveille aujourd’hui..
    Quand j’entends Mr Brun, nouveau candidat socialiste à l’élection présidentielle, nous présenter son programme, je ne peux que penser à son plus célèbre homonyme achetant la voile du Pitalugue toulonnais…

  5. Pas grave pense Macron sur son jetskis. Mes amis banquiers vont s’enrichir. Et encore plus vite avrc moi que avec l allemagne ( qui emprunte à 3%)

    Il faut bien renvoyer l encenser à ceux qui l ont mus au pouvoir ( Rothschild et compagnie)

    Au fait lorsque la france emprunté à 4 1% augmente t’elle aussi les taux d interet de l argent prête aux pays africains ? Exemple les 59nmimlions pretew à la Tunisie à 3% poyr renouveller matériel de pompiers quand de notée côté pzs de sous pour 1 canadzir)

  6. La dette, c’est un peu comme l’insécurité, on préfère parler de sentiment d’insécurité, ou le racisme anti-blanc, qui n’existe pas, tout simplement. Ça fait quelques décennies qu’on creuse le trou, même si M. Mélenchon nous explique que le puits est sans fond, le doute reste permis.
    Il est fort possible qu’aux présidentielles de 2027, le gagnant soit une gagnante … la dette ! Les Français devront bien suivre le programme imposée par la gagnante, non pas au nom de la démocratie ou de la République, mais au nom de la réalité qui s’imposera comme elle finit toujours par le faire.

  7. « L’OAT à dix ans vient de franchir le seuil des 4 %, une spirale infernale dont l’issue sera très douloureuse » …

    La spirale des « actions » des experts mondialistes doit elle « être stoppée » ! …

    Quand vous mettez un billet de 100 euros sur la table, vous ne dépensez pas 250 euros pendant longtemps SURTOUT quand c’est VOTRE argent ! …

    « ca » fait des décennies que ces coucous poly-tocards qu’ils crament la caisse car ce n’est pas « leur argent » et qu’ils ne sont jamais ni coupables ni responsables ! …
    il va falloir que « ça » change ! …

    • Pour que ça change, il faudra s’en souvenir quand on votera pour les présidentielles. En votant pour ceux qui veulent rester soumis à l’union européenne impérialiste qui nous maintient la tête sous l’eau, vous n’aurez en retour que ce que vous avez voulu : inutile de vous plaindre ce ce que vous avez vous-même provoqué…

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