Le Sénat vient de voter une série (mieux : une rafale) de mesures de sécurité pour que les Jeux olympiques de 2024 se déroulent de la façon la moins chaotique possible. Parmi ces mesures, on note l'installation de caméras dotées d'algorithmes ; ceux-ci, en analysant les mouvements de foule, seraient en mesure de prédire les situations anormales. Ces caméras pourront également détecter des objets abandonnés ou fournir des statistiques sur la fréquentation des sites. Le ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a redit qu'elle ne souhaitait pas mettre en œuvre la reconnaissance faciale. C'est probablement une manière de dire que nous ne sommes pas la Chine. Pas encore.

Les autres mesures prévues par cette nouvelle loi constituent ce que l'on pourrait gentiment appeler, dans la novlangue du jour, un changement de paradigme : « scanners corporels » pour pallier le manque d'agents de sécurité, notamment féminins, tests génétiques pour éviter le dopage... Pas de doute, on entre de plain-pied dans la modernité. Les sénateurs ont même adopté un amendement LR proposant de pérenniser les tests génétiques dans le sport « sans passer par la phase d'expérimentation ». On connaît bien ce genre de formules, désormais.

Évidemment, tout cela intervient alors que le fiasco du ministère de l'Intérieur au Stade de France est encore dans toutes les mémoires. Il n'y aura pas de deuxième déferlement de « supporters britanniques » - c'est en tout cas ce qu'espèrent les sénateurs et le gouvernement. Pour autant, on peut bien imaginer que ces caméras « augmentées » ne seront pas désactivées après la cérémonie de clôture. On sent confusément qu'un cap est en train d'être franchi. Les Jeux olympiques ne seraient-ils pas, en quelque sorte, qu'un prétexte à toujours plus de électronique ? Mais pas celle des « supporters anglais », évidemment. Eux semblent être en France pour toujours, dans la plus totale impunité - ou presque, puisqu'en France, tout finit, non pas par des chansons (comme dans Le de Figaro), mais par un bracelet électronique à la maison.

Avec cette opposition, ici caricaturale, entre flicage électronique et chaos sécuritaire, on se trouve manifestement confronté à ce que Jean-Yves Le Gallou appelle « l'anarcho-tyrannie ». Faible, démissionnaire, dépassé quand il s'agit de sujets importants, l'État laisse l'anarchie gagner des pans entiers de la société. De la chasse aux jeunes filles blanches à la sortie des boîtes à la tiers-mondisation des transports en commun (SNCF et RATP en tête) en passant par la prolifération des couteaux et de leur corollaire, les « plaies au cou » (ou « entailles à la gorge »), la France ressemble par certains côtés à Haïti, à l'Albanie soviétique ou à l'Afrique du Sud. « Et en même temps », cette anarchie se double d'une traque tyrannique des honnêtes gens (qui sont les seules personnes à respecter la loi, dans les faits) : auto-attestation pour sortir de chez soi lors du Covid, écrasement fiscal, traçage administratif... et de plus en plus étroite.

Vivement les Jeux olympiques, qui révéleront au monde entier le visage de la France de 2024, qui n'est pas vraiment celui de la série Emily in Paris : un pays exsangue, qui veut sortir de l'abîme mais que le pouvoir maintient dans la soumission, un pays en voie de déclassement accéléré, un pays où on n'applique pas les OQTF mais où on a des caméras.

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25 janvier 2023

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17 commentaires

  1. Caméra ou ,pas ces jeux n’attireront pas la foule , l’histoire du stade de france a découragé bon nombre de peronnes . Quand au flicage il est déjà présent partout nous ne sommes plus très loin de la méthode chinoise avec ces caméras .

  2. L’image de votre article me fait penser à celle du livre « 1948 « de G. Orwell. On nous surveille afin que nous ne quittions pas le bon chemin, sinon gare aux sanctions. Livre à lire ou relire ainsi que « La ferme des animaux » du même auteur. Bonne lecture!

  3. Nos zélites puisent leurs idées dans films de science fiction, y compris anciens !
    Quand on a pas d’idées on pique celles des autres et on applique sans discernement, le tout étant de faire quelque chose, brasser du vent se remarque toujours…
    Il va tout de même falloir que ces zélites pensent à un lieu de stockage pour isoler tous les mal veillants, peut-être sur des péniches…

  4. Dans un temps pas si lointain, ces bien-pensants reprochaient aux gouvernants de « fliquer la société ». De la petite bière à coté de ce qui se fait aujourd’hui. Non seulement il nous faut un agent des forces de l’ordre à chaque coin rue pour repérer le moindre éclat d’une arme blanche mais en plus, il nous faut l’appoint de l’armée. Sans citer la protection du ministère de la Justice, même eux, la protection des hôpitaux, des cabinets des médecins, des pompiers, et l’Elysée transformé en forteresse.

  5. Heureusement, on peut être certain que ces « caméras augmentées » sont de fabrication française et contrôlées par une intelligence artificielle toute aussi nationale.
    Personne ne serait assez stupide pour laisser entrer une technologie étrangère sur un secteur aussi délicat…
    Il va de soi que les dernières hostilités des USA à l’encontre de la France ont porté leurs leçons chez nos dirigeants.
    Pour la reconnaissance faciale, il est évident que si le fournisseur nous assure qu’elle est désactivée, c’est nécessairement la vérité.
    Toutefois, c’eut été une occasion de vérifier si l’intelligence artificielle aussi trouve « qu’ils se ressemble tous ».

  6. Si la vidéo-surveillance était si efficace pour lutter contre l’insécurité, il y a longtemps qu’elle serait supprimée. Il ne faut pas se leurrer, tous nos faits et gestes sont surveillés tant par les cartes bleus, le téléphone portable ou les voitures récentes (depuis 2020 elles sont géolocalisées). C’est à nous de rester vigilent et de comprendre que tout ce qui nous est vendu pour notre sécurité peut avoir un but caché. Lisez Vladimir Vokoff et vous aurez un début de réponse.

  7. Les JO ont bon dos ! … Il suffit de voir comment darmanin et lallemend ont « analysé » ET « interprété » les images du Stade de FRANCE pour comprendre que la sécurité sera bien assurée grâce à ces caméras « top de la technologie » …

  8. Un vent de folie déferle sur le monde et la France n’est pas épargnée. En prenant du recul on s’aperçoit que les dirigeants politiques français ne sont plus d’ex avocats à la parole facile mais des énarques à la tête bien remplie qui ne fonctionne qu’entre soi. Ils ne connaissent rien des réalités de la vie des citoyens, pensant tout savoir ils décident à tord et à travers. L’article qui précède n’est que le reflet de cette imbecilite nationale.

  9. Fliquer partout. Par l’image, par internet, par votre portable. Les murs ont des oreilles, disait-on pendant la guerre, maintenant même dans votre intimité. C’est bien pour la sécurité, mais pas pour l’inquisition. Or il y a transfert , cela s’appelle le totalitarisme. Être du côté du manche, serait la sécurité dans l’asservissement. Libre vous croyez être libre, non manipuler,oui. Si l’ÉTAT par ses agences dites Sociales, vous soupçonne, à votre insu vous serez fliqué,. Certains penseront qu’il y a exagération dans mes propos, non . Par contre certains échappent par la formule deux poids deux mesures.

  10. Aucune illusion concernant le maintien des caméras après les JO. Si elles permettaient d’éviter des actes délictueux ou au minimum d’appréhender les responsables, ce serait positif. Mais à coup sûr, cette chinoiserie nous emmène gentiment vers une surveillance « augmentée ». Quoique, d’ici là, de l’eau aura coulé sous les ponts d’Ukraine – ou ce qu’il en reste – et qui vivra verra.

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