Editoriaux - Politique - 30 novembre 2019

Delevoye… de garage

Nicolas Gauthier a décrit, récemment, dans ces colonnes, « L’incroyable talent d’Emmanuel Macron pour creuser sa propre tombe électorale ». Comme tous les grands génies, le génie macronien est protéiforme. Une de ses plus brillantes facettes en est l’art de choisir le plus nul parmi les plus nuls pour l’élever au rang de collaborateur proche. Et aucun ministre ne fait exception, avec souvent des talents de nullité vraiment exceptionnels.

Jean-Paul Delevoye est un de ceux-là.

Haut-commissaire aux retraites, il s’essaie brillamment à une science (l’économie politique) à laquelle ses études d’agriculture ne l’ont pas vraiment préparé. Notons qu’il sort du même lycée amiénois qu’Emmanuel Macron, avec évidemment quelques années d’avance. Sa biographie ne dit pas s’il fut élève de Mme Macron. Une vraie pépinière, ce lycée La Providence, Monsieur le haut-Commissaire nous le prouve en nous expliquant doctement :

« Je suis très frappé de la réaction des peuples européens, puisque la démographie européenne et son vieillissement fait (sic) que si on veut garder le même nombre d’actifs dans la machine économique […], il va falloir 50 millions de population, entre guillemets, étrangères pour équilibrer la population active en 2050, en Europe. »

De la parole du maître, je déduis que les gains de productivité continus de l’économie ne servent à rien puisqu’il faudra, dans une génération, autant d’actifs que maintenant. J’en déduis aussi que les millions d’étrangers venant en Europe sont attirés par le travail, pourtant plutôt rare, et non, comme je le croyais, par les allocations et subsides distribués. J’en déduis, enfin, qu’encourager la natalité chez les populations autochtones d’Europe n’a aucun intérêt.

Moi aussi, je suis très frappé… par la qualité et la nouveauté du raisonnement de Monsieur le haut-commissaire.

Mais, entraîné par son génie, Jean-Paul Delevoye nous livre une fulgurante vision de l’histoire contemporaine :

« …on est dans un moment très malsain de notre démocratie où on cherche à jeter en bouc émissaire : c’était hier le Juif, aujourd’hui c’est le musulman, après-demain ce sera encore un autre, il faut […] qu’on arrive à combattre ce climat malsain parce que l’économie dépend du nombre de personnes qui travaillent. »

Mettre de la sorte en parallèle le sort des Juifs sous l’occupation nazie et celui des musulmans dans la France actuelle est osé. « Douteux et inacceptable », a dit le député Éric Ciotti. On dirait du Mélenchon.

Après Sibeth Ndiaye défendant, hier, la réforme au nom des gilets jaunes, cette nouvelle sortie de M. Delevoye augure mal de la qualité de l’argumentaire du gouvernement et témoigne plutôt de la panique qui gagne ses rangs à l’approche du 5 décembre.

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