Défense : France-Allemagne ou plutôt Allemagne-France ?

Je faisais état, dans un article précédent, d’un nouvel axe franco-allemand qui se concrétise dans le domaine de la défense. Ou, plus précisément, dans celui des systèmes d’armes et matériels militaires.

En effet, les deux ministres en charge de la défense, Florence Parly et Ursula von der Leyen, ont signé, le 6 février, à Gennevilliers – siège du motoriste français Safran –, un contrat initial pour l’étude « du concept et d’architecture » du grand projet commun SCAF. Un projet ambitieux comportant un avion piloté, mais également « un essaim » de drones dans un système complexe et interconnecté !

Exceptionnellement, et pour une fois, cet acronyme sonne en français, signifiant Système de combat aérien du futur. Tout un symbole !

En effet, dans le détail, ce précontrat associe à égalité Dassault et Airbus, deux entreprises aux structures, statuts et traditions très différents, pour ne pas dire divergents. On sait la sensibilité de l’avionneur tricolore pour avoir la maîtrise d’œuvre. L’histoire du Rafale en est une illustration, qui fut développé à la seule initiative de la France, au temps lointain des années 80 où un projet européen était déjà sur la table. Chasseur qui ne trouvera aucun marché en Europe…

En revanche, pour le développement du démonstrateur avion, Dassault serait le « leader » et Airbus sous-traitant. Ce second contrat, beaucoup plus conséquent, devrait être signé à l’occasion du prochain Salon de l’aéronautique du Bourget en juin prochain.

Espérons pour notre éminent avionneur national – et pour le projet – que, d’ici là, les pouvoirs politiques et industriels, ou certaines susceptibilités réciproques, n’auront pas altéré l’accord initial des deux pays.

Pour les curieux, mais pas trop impatients, l’aboutissement final de cette nouvelle collaboration trans-Rhin à long terme est programmé pour 2040, date d’entrée en service opérationnel !

Cependant, il est un autre aspect qui fragilise cette belle détermination franco-germanique. Il s’agit de l’exportation de ces systèmes d’armes sophistiqués.
Pour la France, le coût élevé du développement d’armements est compensé, dans une certaine mesure, par les ventes export. Ainsi, si le Rafale ne décolle pas des terrains européens, il s’est tout de même posé – après moult efforts récents, en particulier du ministre Le Drian – dans trois pays étrangers, et de nouvelles perspectives potentielles existent, selon la direction de Dassault.

En revanche, l’Allemagne oppose une politique très différente et plus contraignante qui pourrait limiter les débouchés extérieurs de manière drastique. Chez notre voisine, le débat pour les ventes d’armes est particulièrement intense, avec d’ores et déjà des conséquences indirectes sur certains matériels français. En effet, il suffit que des composants ou des sous-ensembles allemands y soient intégrés pour que l’exportation chez certains de nos clients en soit impossible.

Ce n’est, d’ailleurs, pas une originalité teutonne, car le grand oncle d’Amérique utilise le même veto quand cela nuit à ses propres intérêts économiques, ou politiques !

Pour garantir et pérenniser cette collaboration qui devrait accueillir d’autres partenaires européens, faudra-t-il développer parallèlement des sous-équipements « german-free » ? Des discussions auraient déjà lieu pour résoudre l’écueil, en particulier en instaurant une notion de seuil, si la part allemande est inférieure à un certain pourcentage.

En conclusion optimiste, je cite notre ministre qui se félicitait du projet : « Le SCAF est un projet concret, emblématique de la convergence militaire entre nos deux pays. C’est un accord exceptionnel pour nos opérations aériennes, à l’aube d’une révolution de nos modes de combat, de nos équipements. Nous entamons aujourd’hui une étape décisive pour l’Europe de la défense et pour notre belle coopération franco-allemande. »

Reste à savoir lequel, désormais, est le vrai « Master » de cette grand ambition ?

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