De l’argent pour les policiers, mais où sont les réformes attendues ?

Par les temps qui courent, toute augmentation de salaire est bonne à prendre. Les policiers verront donc leur rémunération augmentée de 120 à 150 euros par mois, selon leur grade, au cours de l’année prochaine. Et tant mieux pour eux, car ils ne l’ont pas volé.

Sans doute les gendarmes, qui sans être syndiqués profitent le plus souvent des mêmes avancées que la police nationale, obtiendront-ils les mêmes mesures. Là encore, ils l’auront bien mérité. Quant aux personnels administratifs et techniques de la police, souvent les grands oubliés des réformes, ils bénéficieront, en priorité semble-t-il, de la fameuse prime de 300 euros précédemment annoncée par Castaner. Sera-t-elle réellement de ce montant ? Reste à voir.

Pour autant, les trois syndicats majoritaires de gardiens de la paix se sont montrés assez discrets sur le reste des mesures prévues dans le protocole d’accord qu’ils ont conclu avec le ministre de l’Intérieur, mercredi soir. Il semblerait ainsi que le règlement des heures supplémentaires (environ 23 millions aujourd’hui), dont on voit mal comment ce gouvernement impécunieux pourrait y répondre de manière satisfaisante, soit reporté à des discussions ultérieures prévues pour l’année prochaine.

Quant au vaste plan d’équipement souhaité par ces mêmes syndicats il y a encore peu de temps, rien de très précis le concernant n’a filtré des discussions qui ont eu lieu place Beauvau. Certes, tout bon syndicaliste sait qu’il vaut mieux tenir que courir, et que ce qui est pris est pris. Mais il ne faut pas oublier que c’est aussi, et peut-être surtout, sur leurs conditions de travail que les policiers tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années. Et qu’il ne faudrait pas que ces augmentations de salaire deviennent un solde de tous comptes, laissant l’essentiel de côté.

La police nationale a, en effet, besoin d’une restructuration profonde. Le mouvement des policiers en colère, qui s’est créé il y un peu plus de deux ans, maintenant, en marge des syndicats officiels, avait fait de cette demande sa priorité. Amélioration du fonctionnement de la chaîne hiérarchique jugée “trop verticale”, plan d’équipement et de rénovation des commissariats et des locaux de police, recrutement de personnels destiné à faire face aux nombreuses missions dévolues aux forces de l’ordre, et à un emploi de plus en plus lourd, allègement des procédures tant judiciaires qu’administratives, trop chronophages et impactant la présence policière sur le terrain : telles étaient, et restent encore, les grandes revendications d’une majorité de policiers. Ils étaient, d’ailleurs, largement soutenus dans ces demandes par une population dont le besoin de sécurité est légitime et de plus en plus important.

Ce sont donc ces grands dossiers qui sont prioritaires. Certes, les avancées salariales obtenues sont réelles. Mais les syndicats de policiers, s’ils ne veulent pas voir leur utilité et leur légitimité remises en cause, comme c’est le cas actuellement pour l’ensemble des organisations syndicales, doivent rester vigilants. La police nationale fait, face depuis plusieurs années, à de nouveaux défis. Ainsi, le terrorisme islamiste, la criminalité organisée et les grands réseaux criminels, qui ne cessent de se développer grâce à la disparition de nos frontières, les quartiers difficiles qui ne demandent qu’à s’embraser à la moindre occasion, une délinquance de voie publique galopante, des manifestations d’un genre nouveau, qui mettent parfois à mal des pratiques désormais dépassées. Tout cela nécessite de profondes remises en question. Et c’est à cela que les syndicats de policiers doivent maintenant prioritairement s’attaquer.

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