Audio - Editoriaux - Entretiens - Justice - 14 octobre 2017

“Daniel ne doit pas aller en prison !”

Samuel Lafont a pris la tête d’une campagne de soutien à Daniel, un paysagiste de l’Hérault qui, en se défendant, a tué son cambrioleur. C’était il y a une semaine. La pétition lancée dans la foulée a déjà mobilisé 115.000 signataires !

Il explique pourquoi, selon lui, Daniel ne doit absolument pas être condamné.

Samuel Lafont, vous êtes militant digital et fondateur du site Damoclès. Vous avez récemment pris la défense de Daniel, un paysagiste qui s’est défendu lors d’un cambriolage et qui a tué un des cambrioleurs. Pourquoi avoir pris la défense de cet homme et pourquoi avoir voulu alerter l’opinion à ce sujet-là ?

Avec Damoclès, nous avons voulu prendre la défense de Daniel dès vendredi matin.
Nous avons lu les articles vendredi dernier et avons créé la page Facebook « Soutien au cambriolé de Servian ». Servian se situe dans l’Hérault, pas très loin de Montpellier.
Nous avons, dans la foulée, lancé une pétition. Elle a eu un succès fou. Nous avons eu plus de 115.000 signatures en quelques jours.
Beaucoup de gens ont posté des vidéos sur YouTube, ont partagé très massivement par e-mail et par les réseaux sociaux et en ont parlé aussi à leur boulot.

Si on résume les faits, voilà ce qui s’est passé. Daniel et sa famille se sont fait cambrioler jeudi soir. C’était de nuit et ils étaient présents. Daniel et sa femme ont été roués de coups. En se défendant, il a tiré un coup de feu sur un des deux cambrioleurs. Le cambrioleur est mort.

Nous avons mis en avant qu’il fallait absolument que Daniel ne soit pas condamné lors de son procès puisqu’il était en légitime défense. Mieux encore : il doit bénéficier d’une présomption de légitime défense. En effet, en droit français, il y a une présomption de légitime défense qui inverse la charge de la preuve lorsque vous êtes attaqué de nuit chez vous.

Pour vous, est-ce un moyen de faire évoluer la légitime défense ?

Il est d’abord fondamental, pour nous, que Daniel n’aille pas en prison. C’est aussi simple que cela.
Dans les autres affaires identiques, il y a souvent eu de l’émotion quand la personne a été condamnée, mais il était trop tard. Nous avons voulu mobiliser l’opinion publique avant et le plus vite possible.
On comprend bien que Daniel et sa famille veuillent se reposer après un choc pareil. On le comprend parfaitement. On est nécessairement sous le choc lorsqu’on a provoqué la mort d’un homme sans le vouloir, on a forcément envie de se reposer.

Vous avez été mis en cause dans un article de Midi libre qui a voulu découvrir qui se cachait derrière cette page Facebook de soutien à Daniel. Ils sont tombés sur Damoclès et sur vous, Samuel Lafont. Cet article très partial a suscité votre colère et votre incompréhension. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Cet article est effectivement partial, totalement à charge, assez mal écrit et peu informé. Les informations sur l’agression que j’ai subie sont fausses. Je suis en train de voir avec Midi libre pour qu’ils rectifient ces mensonges.
Sur le soutien de Damoclès à Daniel, il n’y a aucun secret puisque la page de soutien est hébergée sur le site de Damoclès. Celui qui se dit grand reporter n’a donc en fait rien découvert du tout. Damoclès est évidemment fier d’avoir fait ces campagnes et d’avoir mobilisé la population.

À la suite de ce drame de Servian, nous estimons que la légitime défense doit avancer sur deux points. On peut s’inspirer pour cela du droit suisse.

Premier point, il ne faut pas raisonner en termes d’immédiatement, mais d’imminence. Pour faire court, en France, la riposte doit se faire dans l’immédiateté de l’attaque, c’est-à-dire que vous devez réagir alors que l’attaque a lieu. Alors qu’en Suisse, c’est l’imminence de l’action qui est prise en compte, c’est-à-dire avant d’être agressé. En France, tant que vous n’êtes pas agressé, vous ne pouvez rien faire.

L’autre point, c’est la prise en compte de l’état de stress. Cette notion doit être introduite dans le droit français. Chez les Suisses, on prend en compte l’excès qui provient d’un état excusable d’excitation ou de saisissement causé par l’attaque, c’est-à-dire la réalité d’une agression.
En droit suisse, quand le juge considère que vous étiez dans un état second, vous ne pouvez pas être condamné. En France, on ne tient absolument pas compte du choc d’adrénaline et de l’état second dans lequel on se trouve dans ce type d’événement.

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