Cyril Hemardinquer dénonce la « réinterprétation par l’ultra-gauche et une partie de la caste journalistique » de cette loi qui ne réprimait pas le fait de filmer des policiers mais de « diffuser à des fins de nuisance les opérations de police ». Il accuse l’État de reculer devant 500.000 personnes…

 

 

 

La police est au cœur du cyclone après l’interpellation du producteur Michel Zecler dans son studio, dans un contexte de loi de sécurité globale contestée par la rue. Comment avez-vous appréhendé cette séquence médiatique ?

 

J’ai appréhendé cette séquence médiatique avec le plus de recul possible, pour essayer d’en comprendre la légitimité et, au sens large, la portée. Je constate que nous avions un article de la loi de sécurité globale qui avait pour but de défendre un peu plus l’intégrité des forces de l’ordre qui constituait une petite avancée dans la protection des forces de l’ordre, d’un autre côté, et une réinterprétation, par l’ultra-gauche et par une partie de la caste journalistique, comme étant une loi liberticide qui interdirait de filmer des opérations de police. Or, cette loi réprimait non pas de filmer mais de diffuser,  à des fins de nuisance, les opérations de police.

Concrètement, aujourd’hui, des intervenants passent sur les médias. J’ai notamment vu une avocate, professionnelle du droit, qui déclarait : « Les premiers acteurs de la chaîne judiciaire sont les policiers et ils vont s’en servir pour nous interdire de filmer ou pour nous interpeller si on filme. » C’est une aberration, car pour interpeller quelqu’un, il faut qu’il y ait une infraction ou des éléments constitutifs, un acte légal qui prévoit et réprime. Il faut qu’il y ait un acte moral. L’acte moral dans cette situation n’y est pas. Et ensuite, il faut un côté matériel. Là, concrètement, c’est la diffusion, et elle n’y est pas.

Avec ce prétexte, cela a été volontairement mal interprété pour faire obstacle à l’exécutif à des fins purement politiques et manipuler les masses pour obtenir gain de cause. On a vu une mobilisation de 500.000 personnes, selon les organisateurs. Si je prends 500.000 personnes sur les 47,7 millions d’électeurs en France, cela correspond à à peine plus de 1 % de l’électorat français.

Lorsque l’exécutif recule parce que 1 % de l’électorat français n’est pas content, j’ai l’impression que l’on n’est plus en démocratie.

 

 

Juridiquement, vous avez raison. Néanmoins, dans les faits, beaucoup de journalistes ont été empêchés de filmer par des policiers en pleine action en invoquant cet article de loi, alors qu’il n’a pas encore été publié au Journal officiel. À titre personnel, et pour avoir souvent été en manifestation et en ayant souvent filmé les fonctionnaires de police, certains veulent vous empêcher de filmer ou vous donnent l’ordre d’arrêter de filmer. Même si on comprend que c’est pour protéger les forces de l’ordre, y a-t-il un risque de « verrouillage » de l’information ?

 

Je suis très étonné des réactions que vous me rapportez, même si je ne les remets absolument pas en cause. Je pense, plutôt, que cela vient d’un manque de formation de mes collègues que vous avez pu rencontrer sur la voie publique. En formation, on explique bien aux policiers que nous faisons partie de l’espace public et qu’à ce titre, les gens ont tout à fait le droit de venir nous filmer.

Dans toutes mes interventions de terrain, j’ai très souvent été filmé. Être filmé sur une intervention ne me pose aucun problème. Dès lors que l’on respecte le code de déontologie, on respecte les lois et les règlements et on n’a aucun problème à être filmé. En revanche, si être filmé pour être mis sur des sites et être identifié et qu’il puisse y avoir des actes de nuisance contre nous et nos familles, c’est un problème ! Justement, cet article de loi venait réprimer cela.

Les forces de l’ordre sont formées en école et on leur explique qu’ils ont le droit d’être filmés. Par conséquent, personne n’est censé vous dire cela.

 

Christophe Castaner, le patron des députés de La République en marche, a annoncé qu’il allait être réécrit. Pour vous et votre syndicat, cette décision est-elle un échec ?

 

Pour moi, c’est quelque chose d’incompréhensible. Nous sommes en démocratie. Les Français ont voté pour Emmanuel Macron et pour son gouvernement. À ce titre, ils lui ont permis de légiférer et de diriger le pays pendant son quinquennat. Le gouvernement fait une proposition de loi, la soutient et celle-ci suit la navette parlementaire et fait son chemin. Pour autant, 500.000 personnes sont mécontentes et un exécutif qui recule. Je ne comprends pas. On est en démocratie et, pour faire reculer l’exécutif, il faudrait un référendum et au moins 50 % des gens qui disent qu’ils ne sont pas d’accord. Reculer pour 1 % de l’électorat français, on n’est plus en démocratie !

30 novembre 2020

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