Editoriaux - Histoire - Livres - Politique - 1 août 2017

Le Crépuscule des idoles progressistes (3) : La révolte des individus et des peuples

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Durant le mois d’août, Boulevard Voltaire fait découvrir à ses lecteurs un livre récent que la rédaction a apprécié. Chaque jour, un nouvel extrait est publié. Cette semaine, Le Crépuscule des idoles progressistes, de Bérénice Levet.

L’idéologie progressiste est désormais, après plus de quarante-cinq années de règne sans partage, à bout de souffle. Le masque tombe. Ses promesses de liberté, de créativité, de fraternité universelle n’ont pas été tenues, et elles ne pouvaient l’être en raison des postulats sur lesquels elles reposaient qui étaient purement idéologiques et ne tenaient aucun compte de l’homme en son humanité, en sa fragile humanité.

Le monde qu’elle a bâti, façonné se révèle une impasse existentielle et civilisationnelle. Et c’est précisément de ce monde que les peuples aspirent aujourd’hui à sortir. Ses principes politiques, ses dogmes en matière d’éducation ont produit un homme mutilé. Son sans-frontiérisme, son multiculturalisme, son culte de l’autre, de l’ouverture ont décomposé les nations, transformées en champs de bataille d’individus-monades faisant valoir leur droit à un État prestataire de services.
Ce monde sans mémoire, sans histoire(s), sans frontières est inamical à nos concitoyens et ils ne craignent plus de le dire haut et fort (“La parole se libère”, s’inquiètent journalistes et intellectuels). Tout indique qu’un nombre croissant de Français, et plus largement d’Européens, ne veulent plus vivre dans ce monde désincarné, atomisé, bâti par l’idéologie progressiste. En les affranchissant de leur histoire, on les a voués à une errance individuelle et à une dépersonnalisation collective contre lesquelles ils se rebellent.

Ils n’admettent plus que l’on sacrifie ainsi sur l’autel d’un idéal abstrait ce que Simone Weil appelait les “besoins de l’âme”. À commencer par le plus fondamental : le besoin de racines, de racines géographiques assurément mais non moins de racines historiques, spirituelles, civilisationnelles. Nos contemporains ne se laissent plus intimider par les diktats de la bien-pensance, ils font de nouveau droit au besoin de frontières, de souveraineté nationale, d’incarnation.
“Un arbre sans racines est une chose bien chancelante, mon ami”, écrivait Stefan Zweig à Jules Romains, quelques jours avant de se donner la mort en exil au Brésil. Ou pour élucider la métaphore, un homme coupé de son histoire, de son passé, de sa mémoire, séparé de ces lieux signifiants que sont les lieux où l’on est né, où l’on a grandi et vécu, un tel homme marche d’un pas bien peu assuré en cette vie.

C’est ce socle anthropologique, cette vérité philosophique qui ont été ignorés, méprisés par l’idéologie progressiste. Celle-ci garde des adeptes assurément, mais les individus et les peuples n’y adhèrent plus, et ils n’y adhèrent plus non parce qu’ils manqueraient de générosité, seraient craintifs, crispés, frileux, mais parce que cette philosophie passe par pertes et profits des besoins fondamentaux de l’homme. Les peuples ne virent pas au crypto-fascisme, ils réclament leur dû.

Et c’est l’ambition de cet essai que de rendre leur légitimité à ces besoins fondamentaux de l’être humain, en en rappelant les fondements anthropologiques. Afin de soutenir nos compatriotes dans leur résistance.
Les racines sont des fidélités.

“La collectivité, écrit Simone Weil, a ses racines dans le passé. Elle constitue l’unique organe de conservation pour les trésors spirituels amassés par les morts, l’unique organe de transmission par l’intermédiaire duquel les morts puissent parler aux vivants.” C’est ainsi en léguant cet héritage au nouveau venu, c’est en l’initiant à cette histoire, qu’elle enracine l’individu. Les racines sont des fidélités.
Loin d’immobiliser l’individu, de le fixer, ainsi que peut le faire redouter la métaphore botanique, ces racines, en vertu de leur dimension narrative, signifiante, lui insufflent une inspiration. Ces racines sont la sève dont il se nourrit et grâce à laquelle il croît. […]

Si, une fois la Libération venue, on veut rendre la France à elle-même, il faudra, écrit l’auteur de L’Enracinement, refabriquer un peuple, et pour ce faire “donner aux Français quelque chose à aimer. Et leur donner d’abord à aimer la France”. Elle ajoutait qu’on ne peut aimer la France que si l’on sent qu’elle a un passé. Car alors elle s’impose comme une réalité concrète et non une abstraction. Elle peut alors être appréhendée non comme quelque chose de révolu mais comme une réserve de sens – Walter Benjamin parlait des “promesses du passé” –, une histoire à continuer, quelque chose dont chacun hérite, qui lui est confié, dont il aura à répondre.

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