Côtes d’Armor : son soutien à une petite école catholique lui coûte la mairie !

Le maire démissionnaire de Moncontour cède face à la menace.
Havang(nl), CC0, via Wikimedia Commons
Havang(nl), CC0, via Wikimedia Commons

Dans le pays d’Armor (22), il ne fait pas bon soutenir l’enseignement privé catholique. Dans la petite commune bretonne de Moncontour (700 habitants), le maire vient d’annoncer sa démission. Pourtant élu dès le premier tour, Olivier Pellan jette l’éponge. À 51 ans, l’homme est un enfant du pays, fonctionnaire, pompier volontaire depuis 34 ans, président de la fête médiévale de la commune pendant sept ans. Rien ne laissait présager les intimidations qui le conduisent à renoncer à sa charge. Tags à son domicile, véhicule personnel rayé, l’élu est directement mis en cause par de violents actes de vandalisme. « On atteint des niveaux qui ne sont pas habituels dans nos secteurs, constate, auprès de BV, Stéphane de Sallier-Dupin, le nouveau maire Les Républicains de la commune voisine de Lamballe-Armor, il ne faut surtout pas laisser s’installer ça. »

Les graffitis incriminant l’édile portaient les inscriptions « 30.000 » et « maire OGEC ». Une référence directe à la subvention que verse la commune de Moncontour à l’école privée La Providence. Pourtant, la responsabilité d’Olivier Pellan n’est historiquement nullement engagée. Cet engagement financier remonte à 2004, alors qu'il ne fut élu communal que de 2014 à 2020. Mais sa progéniture étant passée par l’établissement scolaire, tout laisse à penser que c’est l'investissement d'un parent d’élèves d’une école catholique devenu maire de la commune qui dérange. La Providence est une petite école privée sous contrat simple avec l’État depuis 1979. Avec trois classes de primaire (maternelle, CP/CE1, CE2/CM1/CM2), cette petite structure scolarise une soixantaine d’enfants de Moncontour et des communes avoisinantes.

La menace et l'intimidation

Comment en sommes-nous arrivés là ? L’élu avait-il eu le temps de remuer certaines choses ? Ce sont les questions qui agitent la commune bretonne, depuis trois jours. Et, par rebondissement, la France entière. Les soutiens au maire démissionnaire pleuvent. « C'est une décision de protection, pour se protéger soi-même. Un engagement public ne devrait pas venir porter atteinte à la vie privée », explique, à ici, Xavier Hamon, secrétaire général de l’AMF 22 et maire du Quillio (Côtes d’Armor). « À la fin des campagnes électorales, il y a toujours des tensions, témoigne, auprès de BV, un élu local. J’ai connu des vestes qui étaient déposées sur la porte de candidats perdants [en rapport avec l’expression française, NDLR]. » Mais dans le cas présent, la violence est manifeste. « On ne peut pas travailler dans de telles conditions. Je dois protéger ma famille et mon couple. On ne sait pas de quoi les gens sont capables », explique Olivier Pellan, qui a envoyé sa démission au préfet vendredi 27 mars.

Subventions légales

En 2024, la chambre régionale de la cour des comptes épinglait la commune de Moncontour. Une ville qui « accorde à l’Organisme de gestion de l’école catholique (OGEC) une subvention annuelle de 30.000 €, ainsi que le bénéfice de la mise à disposition d’agents communaux (évaluée à 27.400 € au titre de l’année scolaire 2022-2023) ». « Ces subventions doivent être mises en perspective avec la capacité financière de la commune », notait la cour, dans son rapport qui invitait la commune à faire des économies. Cette subvention parfaitement légale s’inscrit certes dans une situation budgétaire très compliquée pour une petite commune qui doit financièrement assumer son patrimoine médiéval. Mais « les communes peuvent participer dans les conditions qui sont déterminées par décret aux dépenses des établissements privés qui bénéficient d'un contrat simple », indique le Code de l'Éducation. Nous sommes donc dans le cas de figure d’un élu local qui est sanctionné pour son soutien et sa participation à une école catholique privée, sous contrat avec l'État.

Ce lundi 30 mars, une manifestation de soutien était organisée devant la mairie du village. Un participant témoigne auprès de BV de l’émotion, sur place, de la famille d’Olivier Pellan. À Moncontour, les ennemis de l’Église et de l’enseignement privé ont gagné. « C’est une partie de la population très minoritaire qui ne respecte pas l’autorité ; pourtant, un maire, ça donne de son temps au-delà du raisonnable », déplore un élu breton, auprès de BV. « Cela ne doit pas se reproduire », avertit, quant à lui, Stéphane de Sallier-Dupin.

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

46 commentaires

  1. Mais certaines écoles privées et très chères continuent de fonctionner avec la clientèle des enfants des bobos et autres prétendues élites .

  2. Si la JUSTICE faisait son travail en sanctionnant sévèrement d’où qu’ils viennent, les actes de vandalisme, de violence, d’intimidation, les menaces etc etc, nous n’en serions pas là !

Commentaires fermés.

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