Editoriaux - Politique - 20 juin 2019

Comment définir la droite aujourd’hui ?

Il y a peu encore, aucun politicien français ne se disait de droite. Même ceux qui s’en revendiquaient rejetaient aussitôt le mot « conservateur », pourtant essentiel pour définir la droite. Une mauvaise habitude française, le sinistrisme, a fait glisser à plusieurs reprises les partis de gauche vers la droite, comme si la disparition progressive des partis les plus à droite et la montée des partis de gauche correspondaient à un mouvement naturel, à la marche inéluctable du progrès.

Il y a trois manières de définir la droite. Soit elle ne correspond qu’à une situation conjoncturelle dans l’hémicycle des assemblées. Soit elle est définie sur une base sociologique désignant les milieux sociaux les plus favorisés, les communes et les régions les plus conservatrices, celles notamment en France où la pratique religieuse, catholique en l’occurrence, est la plus forte. Il y en a une troisième, moins fréquente, qui, loin de considérer cette distinction comme relative, et même en voie de disparition, en fait un principe métapolitique constant. Sur quel fondement reposerait-il ? Sur l’opposition pertinente entre la vie et la mort. Être de droite, c’est se battre pour que perdure ce qui peut dépasser la vie des individus et transcender leur disparition.

C’est ainsi qu’on peut opposer, par exemple, la politique culturelle d’André Malraux à celle de Jack Lang. Le ministre du général de Gaulle, tout en ayant eu un premier parcours politique à gauche, lorsqu’il soutint les républicains espagnols, a développé une conception de la politique culturelle qui est de droite, car elle met au premier rang la mission « de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France au plus grand nombre possible de Français ».

Avec Jack lang, ce sera l’inverse : la priorité sera donnée à l’événementiel, au divertissement sans frontière ni degré. La fête de la Musique et la célébration de la culture « hip-hop » résument le caractère démagogique et décadent du propos. Les 21 juin du Président Macron le situent clairement à gauche : l’année dernière, il accueillait un groupe de danseurs noirs et homosexuels, donc « engagés » (?), qui se sont agités au son d’un bruit qui se croyait sans doute de la musique et avec des paroles d’une vulgarité salace, évidemment indignes du lieu.

Ces soirées élyséennes sont celles d’un orchestre qui joue sur le Titanic en train de couler. Sur le pont supérieur, on ne perçoit pas encore la catastrophe. L’industrie française se disloque, le déficit du commerce extérieur s’accroît, mais les médias courtisans continuent à mettre en valeur des succès microscopiques quand, de manière continue, la France recule dans tous les classements, perd de sa souveraineté et subit un changement de population sans précédent.

Le progressisme aveugle des classes les plus aisées, des urbains que la mondialisation favorise ou n’effraie pas parce qu’ils sont à l’abri, s’oppose au conservatisme et à l’attachement à la nation protectrice des Français « périphériques » inquiets pour leur avenir et qui vivent mal leur présent.

Reste la question paradoxale du libéralisme. Si l’on excepte la confusion entre liberté et libération des mœurs propre à la gauche qui règne à l’Élysée, le peuple des gilets jaunes et plus généralement les opposants se rendent compte que le pouvoir actuel n’est pas libéral, qu’il réprime les manifestations au-delà du nécessaire et cherche à étouffer la liberté d’expression. Ces libertés doivent être revendiquées par la droite parce qu’elles sont vitales pour le dynamisme et la dignité d’un peuple. L’ordre doit être dans les esprits par le consensus à des valeurs communes et non dans la rue par la répression. Quant au libéralisme économique, il ne doit être inscrit dans la philosophie politique de la droite que dans la mesure où il n’est pas un mécanisme aveugle.

Le mondialisme social-démocrate de Macron, avec sa dépense publique excessive et ses frontières ouvertes, est en tous points opposé à cette trilogie droitière du patriotisme, du conservatisme et du libéralisme.

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