Il suffit de comparer la taille du coin avec la section du tronc à fendre pour penser que ce n’est pas possible. Et pourtant, si, ce petit morceau de métal va disjoindre et séparer les fibres du bois, à force de progresser lentement, centimètre par centimètre. C’est pareil avec les idées. Prenez une idée-coin, tapez dessus longtemps, sans vous lasser, même si la matière résiste. L’avortement, crime dépénalisé en 1975, devient droit fondamental… et la gestation pour autrui, la frontière qui ne sera jamais franchie parce qu’attentatoire à la dignité des femmes qui seraient réduites en esclavage, finira bien par l’être si nous laissons le bûcheron taper sur le coin sans rien dire ni faire.

Aujourd’hui, le bûcheron est une femme de l’Illinois de 51 ans, Julie Loving : une mère aimante, comme son nom l’indique. C’est une femme solide : 19 marathons à son actif, de nombreux triathlons, en bonne santé. Sa fille Breanna a rencontré un problème de fertilité : FIV et fausses couches en série. En l’absence de solution médicale, Julie a porté l’enfant conçu des gamètes de sa fille et son beau-fils. Une césarienne a été nécessaire, mais tout le monde va bien et est heureux. Julie est devenue la grand-mère porteuse de sa fille et petite-fille Briar, enfant commanditée par sa première fille et son gendre.

Alors, bien sûr, dans l’échelle du sordide, une gestation pour autrui réalisée en Asie du Sud-Est ou en Afrique avec des mères porteuses low cost emprisonnées, c’est pire. Choisir un ovule ou du sperme sur catalogue avec les options oreille absolue, bac+5 et un titre de champion universitaire local en sport, c’est plus glauque. Ici, on peut supposer que la grand-mère porte sa petite-fille par pur altruisme et qu’il n’y aura pas de rétribution ni pour la prestation de grossesse et d’accouchement, ni à la livraison franco de port du bébé, ni pour les gamètes fournis par les commanditaires. Pas de contrat à l’américaine en, minimum, 200 pages, hors annexes, pour interdire à la mère toute action ou décision qui pourrait affecter le bébé. Mais l’enfant réifié, l’objet du désir irrésistible, devient le mobile de la transgression.

Il est possible, aussi, que, du point de vue médical, du fait de la proximité génétique entre mères génétique et porteuse, cette dernière ait été moins gavée de médicaments durant sa grossesse.

L’affaire de la grand-mère mère porteuse n’est pas tout à fait neuve : l’an dernier, Cecile Eledge avait donné naissance, à 61 ans, à sa petite-fille, Uma Louise pour son fils Matthew (le fournisseur du sperme) et son conjoint Elliot (le frère de la donneuse d’ovule).

Est-ce pour cela que cette est éthique ? Bien sûr que non, elle est juste moins ignoble que le tout-venant. Mais les médias vendeurs d’émotions sirupeuses présentent l’histoire comme un beau conte avec un heureux dénouement. Et le coin progresse dans le tronc. C’est le marché futur, alors on n’hésite pas : on illustre l’article avec les tweets publicitaires d’une clinique locale prestataire en GPA. Les hypocrites qui acceptent que la sans père se vote ici, mais affirment que la GPA ne se fera pas, nous mentent effrontément : ils ont déjà abdiqué face au « progrès » et au marché.

Deux questions en guise de conclusion :

Peut-être serait-il temps de se préoccuper des causes de la chute vertigineuse de la fertilité plutôt que de la pallier par des solutions amorales et coûteuses, et donc lucratives ?

Saint Augustin d’Hippone a écrit cet avertissement il y a déjà longtemps :
« À force de tout voir on finit par tout supporter…
À force de tout supporter on finit par tout tolérer…
À force de tout tolérer on finit par tout accepter…
À force de tout accepter on finit par tout approuver ! »

Et si on jetait du sable dans cet engrenage ?

14 novembre 2020

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