Cinéma - Culture - Editoriaux - 22 mars 2019

Cinéma : Rebelles, à la jonction de balancetonporc et des gilets jaunes

Sandra, ancienne Miss Nord-Pas-de-Calais, revient à Boulogne-sur-Mer après quinze ans d’absence. Embauchée sans grand enthousiasme à la conserverie du port, elle repousse violemment son patron qui tentait de la violer et lui coupe le pénis accidentellement. Témoins de la scène, ses collègues Nadine et Marilyn s’apprêtent à appeler les secours lorsqu’elles découvrent, par hasard, un sac rempli de billets dans le casier du patron. Les trois ouvrières, toutes en proie aux ennuis financiers, décident alors de se partager le magot, se débarrassent du corps et finissent par s’attirer les soupçons de la pègre locale…

Deux tendances, parmi bien d’autres, traversent actuellement le cinéma français : le film féministe, tel qu’on l’a vu naître dans les années 70 et dont le ton, au fil des ans, s’est fait de plus en plus revanchard (on pense, en particulier, à Baise-moi, de Virginie Despentes), et le film de prolos, un genre largement défriché par les frères Dardenne et autres Stéphane Brizé, ayant connu récemment un regain d’intérêt depuis qu’un certain Christophe Guilluy a tiré la sonnette d’alarme et rappelé aux élites mondialisées l’existence de populations délaissées à la périphérie des métropoles.

Réalisé par Allan Mauduit, Rebelles, avec Cécile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy dans les rôles principaux, a ainsi la particularité de réunir ces deux tendances du cinéma français. Soit, pour schématiser, la rencontre improbable de balancetonporc et des gilets jaunes. Improbable, dans la mesure où les deux sociologies à l’œuvre ne se fréquentent pas, ne s’apprécient pas, voire se méprisent copieusement : balancetonporc fait écho à un certain féminisme néo-puritain et à son éloge de la délation que valorise tant la bourgeoisie métropolitaine et « connectée », quand les gilets jaunes et autres prolos du périurbain incarnent les perdants économiques de la mondialisation.

C’est donc sur une convergence des luttes pour le moins bancale – à laquelle avait déjà pensé Ridley Scott, dès 1991, avec son film Thelma et Louise – qu’Allan Mauduit tente le pari d’une comédie noire et jubilatoire. L’auteur accouche a minima d’une œuvre baroque. Un film au scénario aigre-doux, loufoque et un poil décousu, qui s’essouffle à mi-parcours dans le traitement de son humour. Passé ce stade, en effet, la comédie n’a plus grand-chose d’autre à nous offrir qu’une série de mandales, de torgnoles, de phrases chocs et d’onomatopées. Le tout, évidemment, avec un discours anti-mecs des plus convenus, l’homme étant forcément un salopard fini, qu’il s’agisse du père absent et violent ou de l’amant qui redouble de lâcheté et, en définitive, n’agit que dans son propre intérêt… Faut-il rappeler, si besoin est, qu’Allan Mauduit est un homme ; de ceux, manifestement, qui affichent une ardeur hypocrite à vouloir se démarquer de leurs congénères afin de se satisfaire de leur propre image et, au passage, d’impressionner le sexe opposé. Une stratégie pathétique.

Reste l’interprétation sans faille des trois comédiennes qui prennent un plaisir évident à jouer ensemble et parviennent (presque) à nous faire oublier le fond idéologique de l’entreprise.

2 étoiles sur 5

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