Cinéma - Culture - Editoriaux - 27 janvier 2019

Cinéma : L’Incroyable Histoire du facteur Cheval, de Nils Tavernier

La Drôme, à la fin des années 1870. Joseph Ferdinand Cheval, incarné à l’écran par Jacques Gamblin, parcourt chaque jour une trentaine de kilomètres à pied pour livrer le courrier aux habitants du coin. Taiseux, inadapté socialement et contemplatif, sa route croise celle de Philomène (Laetitia Casta), qui tombe aussitôt sous son charme. Peu de temps après leur mariage naît une petite fille, Alice.

Hésitant, distant même à l’égard de ce bébé qu’il ne sait trop comment aborder, Cheval prend de l’assurance au fur et à mesure, se révèle un père attentionné et entreprend sur un coup de tête – au figuré comme au propre – de construire à la petite un « palais idéal » inspiré librement des monuments architecturaux qu’il a pu admirer çà et là sur des timbres ou des gravures (il est question, notamment, des temples orientaux et des « moaï » de l’île de Pâques).

Alors que son entourage porte sur lui un regard circonspect mais bienveillant, ce personnage un peu fantasque et au comportement autistique se consacre à un travail qui non seulement l’accompagnera jusqu’à la fin de sa vie mais aura pour mérite, in fine, de nous fournir le seul monument existant rattaché à l’art naïf. C’est André Malraux, nous rappelle un intertitre du générique de fin, qui apportera au Palais idéal une reconnaissance artistique en le classant, en 1969, aux Monuments historiques.

Le cinéaste Nils Tavernier, pour porter le récit hors norme de L’Incroyable Histoire du facteur Cheval, a fait appel à Jacques Gamblin, qu’il avait une première fois dirigé dans le film De toutes nos forces et à qui il offre, à présent, un rôle de composition proche de la pantomime. Un rôle qui, apparemment, nécessita 1 h 30 de maquillage par jour et un long travail de mise en condition. Au vu du résultat, on ne peut que saluer le travail de l’acteur qui parvient modestement à s’effacer derrière ce personnage rustaud et forcené et se met entièrement au service du film.

Le récit, en soi, se déroule sans anicroche ni, d’ailleurs, sans grande surprise. On est simplement étonné de l’importance que prend la relation sentimentale entre le sculpteur et son épouse dans la mesure où l’on sait très peu de choses de cette dernière. Sans doute son personnage a-t-il pour fonction d’expliciter les craintes soulevées par cette entreprise, son caractère saugrenu et hasardeux, et d’insister malgré tout le soutien sans faille dont a pu bénéficier Joseph Cheval, y compris dans les moments difficiles. On note, enfin, le contraste saisissant entre le destin tragique de la petite fille – et ses conséquences sur le projet architectural – et l’esprit bon enfant qu’affiche ce Palais idéal. Le facteur-sculpteur, en poursuivant son œuvre après la mort de celles qu’il a aimées, et alors même qu’il avait toutes les raisons du monde de l’abandonner, ne nous apparaît que plus touchant. C’est dire qu’un projet personnel demande parfois un tel investissement qu’il en vient, au bout du compte, à vous définir dans votre être. En cela, son accomplissement se révèle vital.

3 étoiles sur 5

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