[CINÉMA] L’Affaire Bojarski sur le plus grand faux-monnayeur du XXe siècle

Ce modeste ingénieur polonais utilisa ses dons de faussaire sous l'occupation allemande en France.
© Guy Ferrandis - Le Bureau Films - Les Compagnons du Cinema
© Guy Ferrandis - Le Bureau Films - Les Compagnons du Cinema

La Direction nationale de la police judiciaire est à l’honneur, en ce moment. Après les nombreuses évocations médiatiques de l’OFAST (l’Office anti-stupéfiants) et le cambriolage du Louvre sur lequel travaille activement l’OCBC (l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels), le cinéma s’intéresse aujourd’hui à l’une des plus grosses affaires de l’OCRFM (l’Office central pour la répression du faux-monnayage, créé en 1929).

Le plus grand faussaire du vingtième siècle

Comme son titre l’indique, L’Affaire Bojarski, du cinéaste Jean-Paul Salomé, revient de long en large sur le parcours de Ceslaw Jan Bojarski (Reda Kateb), modeste ingénieur polonais, ancien officier de l'armée polonaise durant la Seconde Guerre mondiale, qui fut fait prisonnier par les Hongrois avant son évasion et sa fuite en France. Fraîchement arrivé dans notre pays, alors sous occupation allemande, Bojarski utilisa très vite ses dons de faussaire pour produire de faux papiers d’identité. En l’absence d’état civil, qui lui eût permis de déposer les brevets de ses nombreuses inventions et de réussir socialement, Bojarski poursuivit son activité criminelle à la Libération. D’abord comme compagnon de route du célèbre gang des Tractions Avant, puis en solitaire lorsqu’il se reconvertit en faux-monnayeur.

Le film de Jean-Paul Salomé nous montre que cet homme de tempérament paisible et introverti exerça son activité durant une quinzaine d’années, écoulant méthodiquement près de trente mille billets, pour une valeur totale estimée à 300 millions d’anciens francs.

Un élégant face-à-face

Plutôt sage dans sa mise en scène, L’Affaire Bojarski repose sur deux schémas scénaristiques des plus classiques, au cinéma : la double vie d’un criminel qui finit par se révéler auprès de son épouse et saborde son couple malgré lui, puis l’opposition teintée de déférence et de sympathie entre ce même criminel et le policier chargé de le traquer au fil des ans. Le charme discret de ce petit film, tourné en à peine quarante-cinq jours, tient beaucoup à cette relation vacharde entre le faux-monnayeur passionné et perfectionniste, fier de mobiliser à lui tout seul un haut gradé de la police et la Banque de France, et le commissaire opiniâtre mais foncièrement admiratif de sa cible. Reda Kateb et Bastien Bouillon nous offrent pour l’occasion une élégante et brève séquence de confrontation autour d’un verre durant laquelle le faussaire jauge son adversaire sans que celui-ci ne se doute de son identité…

Un film plutôt fidèle

Solidement documenté auprès de Jacques Briod, un journaliste suisse passionné de Bojarski, le film prend la liberté de montrer la résolution de cette affaire, en 1966, mais pas la découverte accidentelle de ses lingots d’or, en 1978, par des pompiers venus réparer chez lui une fuite d’eau. Découverte qui conduisit à nouveau le faussaire devant les tribunaux, en 1980… Sans doute Jean-Paul Salomé, en éludant ce rebondissement tardif, souhaitait-il réhabiliter son antihéros, définitivement rangé des voitures dès la première arrestation de 1966, et ne pas amoindrir la victoire (bien méritée) de l’obsessionnel commissaire Mattei.

3,5 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

5 commentaires

  1. J’ai beaucoup aimé ce film.
    Loin de la moraline, de l’inclusivité et de la bienpensance obligée, on se réjouit et on s’inquiète pour ce génial faussaire bon mari et bon père

  2. ça me rappelle cette personne que j’avais rencontrée dans mon club et qui disait être dans la gravure et et les métaux précieux, j’ai su plus tard qu’il faisait de faux Louis d’or lorsqu’il s’est fait prendre.

  3. Je vous recommande vraiment ce film. Il est excellent !
    Et même si bien sûr on ne peut pas approuver la contrefaçon de billets de banque, on ne peut qu’être admiratif du talent du contrefacteur !

Commentaires fermés.

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