Inspecteur de police à Busan, Hae-joon est réputé pour son sérieux parmi ses collègues. Dévoué à son travail, rompu aux filatures nocturnes, ses heures de sommeil se réduisent comme peau de chagrin tandis que sa vie de couple se (dé)fait par intermittence, sa compagne résidant à l’autre bout du pays.

C’est alors que lui est confiée une nouvelle affaire : un homme est retrouvé au pied d’une montagne. Est-ce un accident, un suicide, un meurtre ? L’enquête conduit naturellement Hae-joon à s’interroger sur la jeune veuve, Song Sore, une ressortissante chinoise au passé trouble. Bouleversé par sa délicatesse, sa douceur et sa fébrilité, le policier tombe sous son charme, cherche des prétextes pour l’approcher, se laisse séduire peu à peu et s’apprête, pour la première fois de sa carrière, à bâcler une enquête…

Cette histoire de flic obsédé par une femme fatale, à première vue, rappelle Basic Instinct, de Paul Verhoeven. Pourtant, le dernier film en date de Park Chan-wook, actuellement en salles, n’a pas grand-chose d’autre en commun avec son aîné. Decision to Leave (film de 2 heures 18, en salles depuis le 29 juin) trouve son ton propre, un ton résolument ironique et malicieux, et ne verse aucunement dans l’érotisme chic et choc.

Plus finaud, moins égrillard que Verhoeven, le cinéaste sud-coréen renonce (définitivement ?) à la graphique et complaisante de sa « trilogie de la vengeance » du début des années 2000 et nous propose, dans la lignée de son Mademoiselle, sorti en 2016, un récit plus adulte, explorant à loisir la zone grise des rapports de séduction, mâtinés de sous-texte et d’actes manqués, et les subtilités de la manipulation sentimentale entre un flic et sa suspecte.

Construit comme un diptyque, le film de Park Chan-wook repose sur deux temporalités : l’affaire du cadavre au pied de la montagne, et un second un an plus tard. Les deux ayant en commun la même femme, Song Sore, dont il paraît de plus en plus difficile pour le policier de douter de la malveillance.

Plus brouillonne que la première partie, la seconde multiplie les révélations alambiquées mais s’en tire de justesse par l’extrême cohérence de l’ensemble, soutenu par une mise en scène au cordeau débouchant sur une séquence finale mémorable, aussi mélodramatique que poignante.

Récit d’un passé qui, tôt ou tard, exigera réparation, Decision to Leave est surtout l’histoire d’une femme qui fait peser ses torts personnels sur la conscience morale de celui qu’elle aime, et ne peut l’accepter indéfiniment.

« Le sage trouve sa joie dans les cours d’eau, l’altruiste trouve sa joie dans les montagnes », dit Confucius dans ses Entretiens [VI-23] – un passage qui nous est cité par l’héroïne au cours du film. Song Sore, in fine, interprétera cette citation à sa manière et fera le choix qui s’impose entre la sagesse et l’altruisme.

Un film dur et poétique à la fois.

4,5 étoiles sur 5

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15 juillet 2022

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