[CHRONIQUE] Présidentielle : l’élection qui rend fou !

Les Romains avait un adage fameux : « Jupiter rend fou ceux qu’il veut perdre ».
fou

Il a beaucoup été dit et écrit que le général de Gaulle avait taillé la Constitution à sa taille et que le costume s’avéra trop grand pour ses successeurs. Était-elle conçue « intuitu personae » ou pouvait-elle être endossée par quiconque ?

Après quatre-vingt-dix ans d’instabilité républicaine, marquée par une défaite inédite dans l’Histoire de France, de Gaulle chercha à bâtir une architecture constitutionnelle qui prévînt le « détestable jeu des partis » dont le seul horizon était la prochaine échéance électorale. Son ambition était de concilier la tradition royale d’un exécutif fort avec le maintien d’une vie parlementaire. Au demeurant, la lettre du texte est celle d’une république parlementaire avec un exécutif renforcé. Cela ressort de façon claire des débats du comité de rédaction de la Constitution que présida Michel Debré.

Ce caractère parlementaire de notre Constitution est manifeste, aujourd’hui, où l’absence de majorité à l’Assemblée nationale paralyse l’action gouvernementale, ou le fut en période de cohabitation où le président de la République est quasiment condamné au rôle de spectateur. En fait, notre Constitution serait parfaite pour une monarchie constitutionnelle.

Une institution enracinée dans le temps et l’Histoire

La réalité est que Charles de Gaulle attachait plus de prix à l’esprit de la Constitution qu’à sa lettre. Preuve en est qu’il démissionna alors que rien de l’y obligeait. Quelle conception avait-il des institutions ? En premier lieu, quand il se qualifie, notamment lors de ses voyages à l’étranger, il emploie toujours les termes de « président de la République française », c'est-à-dire une institution enracinée dans le temps et l’Histoire, non un concept idéologique. En second lieu, il parle toujours de la légitimité de son pouvoir, conception royale intangible, et non de la légalité de celui-ci, concept républicain évolutif. Dans cette logique, il conçoit l’élection au suffrage universel comme le moyen d’instaurer une légitimité démocratique directe en lieu et place de la légitimité historique et divine du sacre de Reims. En fait, une sorte de sacre républicain. Dès lors, il ne peut concevoir de se maintenir au pouvoir lorsque le pacte de confiance entre le peuple et le président de la République française est rompu. « Vox populi, vox dei. » Certes, il n’est pas douteux qu’il considérait que son action durant la guerre lui conférait une légitimité historique, mais il est tout aussi clair qu’après celle-ci, il n’envisagea jamais d’instaurer une dictature, quel que fût le chagrin que lui causaient l’effondrement des institutions républicaines et l’errance du système des partis.

Ils rêvent du « trône » présidentiel

Ce n’est donc pas tant que le costume est trop grand pour ses successeurs, c’est qu’ils ont perverti l’esprit de la Constitution pour s’attacher à la lettre de celle-ci. Ce pourquoi ils n’ont cessé de la réviser, vingt-cinq fois depuis 1958, soit une révision tous les deux ans et demi ! Souvent pour y introduire des dispositions qui n’ont rien à voir avec le fonctionnement constitutionnel, comme l’avortement ou la charte de l’environnement, ou pour saper notre souveraineté à l’occasion de traités de l’Union européenne, ce qui affecte le cœur même de nos institutions.

Dès lors, nos politiciens ne considèrent plus que l’apparence des choses. Ils rêvent du « trône » présidentiel, même s’il est devenu un fauteuil vide. Ainsi M. Attal, à qui nous devons largement le « bordel » parlementaire, se sent-il prêt. Tout comme Édouard Philippe, le Premier ministre des « gilets jaunes ». Mme Braun-Pivet semble se sentir pousser des ailes pour contrer les « machos ». L’ineffable Hollande, qui a trahi honteusement les intérêts supérieurs de la France en matière d’énergie pour le plat de lentille du soutien des Verts, pointe son nez. Mélenchon, qui instille la violence dans le débat politique et rêve de la révolution, se voit en « Líder Máximo » à la Chávez. Il ne manque plus qu’Olivier Faure ou Raphaël Glucksmann. Au sein de la droite conformiste, Bruno Retailleau, ancien ministre d’une improbable cohabitation avec la Macronie, se dispute avec David Lisnard tandis que Laurent Wauquiez est en embuscade. « N’en jetez plus, la cour est pleine ! » Électeurs, ne jugez jamais un politicien à ses paroles mais à ses actes !

La droite nationale, qui semble avoir compris qu’il n’y a de salut qu’en rompant radicalement avec le système et ses compromissions, doit avoir l’intelligence de nouer des alliances pour vaincre, car il est vital de l’emporter. La France ne peut supporter cinq ans de plus de déchéance. Le choix de son candidat majeur est suspendu à une décision judiciaire lancée depuis l’Union européenne. Signe qui ne trompe pas.

Les Romains avaient un adage fameux : « Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre. » La présidence de la République française, vidée de son sens, les rend tous fous. Sauf ceux qui savent encore ce qu’est la France et le poids que représente le fait de la servir. « Il faut que certains veillent pour que d’autres puissent dormir à l’abri de leurs veilles », disait Richelieu.

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Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

39 commentaires

  1. François Hollande n’a fait que prolonger l’oeuvre de destruction du nucléaire initialisée par Lionel Jospin sur les conseils avisés de Mme Voynet.

  2. « La différence entre l’homme politique et l’homme d’Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération. »
    James Freeman Clarke (1810-1888). Voilà pourquoi nos présidents sont tous mauvais et voilà pourquoi le rassemblement national est la seule solution!

    • Le seul parti qui pourrait nous sortir de ce marasme c’est Reconquête ou faire alliance avec le parti UDR

    • Parceque vous avez l’impression que le RN a une autre ambition que gagner les élections?.. moi aussi..je pense qu’il ne veut pas gagner et prendre cette grosse responsabilité que devoir mettre en œuvre des promesses intenables…l’opposition est bien plus confortable…

  3. Encore des mauvais sur la ligne de départ, des paroles comme en 2017 de la part de tous, MACRON fini de mettre en faillite la FRANCE en bradant tout, en 2025 ils ont même vendu des tonnes d’or en faisant une plus value de 12,8 milliards d’€ qui sont passés où? comme les 10 milliards disparus des comptes publics sans que personne ne puisse dire où ils sont, décidément les très fort se sont succédés autour de JUPITER
    La réserve d’or est dans quel état depuis MACRON

  4. Ce pauvre Retailleau qui se glorifie que le LR ait « conservé » des mairies en province n’a pas compris que, pour les municipales, on vote pour des hommes, pas pour des partis. Il s’imagine que ce socle lui permettra de l’emporter au présidentielles. Il a oublié que leur candidate n’a pas fait 5% aux dernières presidentielles…. Il est à 10 ou 12% quand MLP ou Bardella sont 36… Et il continue à refuser l’union des droites que demande toute sa base. Quand ces gens se décideront-ils à écouter ceux qui les élisent ? Ce n’est pas la droite qui est la plus bête du monde, ce sont ses chefs.

    • Surtout aux municipales ce sont des listes divers droites qui l’ont emportées devant des listes étiquettes LR .
      On se retrouve avec des mairies a la tête dvd .
      Et au conseil municipal d’autres listes , elles aussi dvd et LR .

    • Retailleau a déjà acté son échec en mettant à l’écart un parti aussi important que le RN . Il a apporté la preuve qu’il n’a toujours rien compris et ce n’est pas la peine de perdre son temps avec quelqu’un qui veut devenir chef d état alors qu’il est déjà incapable d’écouter sa base . C’est un ringard sans charisme qui a trahi et trahira encore et toujours.

  5. De De Gaulle à Macron, grandeur et décadence de la Ve République.
    De Gaulle a rétabli la France dans sa liberté, et plaçait son rang au dessus de tout. Il avait le sens de l’État, de la Nation, et execrait les partis.
    Aujourd’hui cette  » armée mexicaine » de prétendants qui se bousculent pour le trône, n’ont que le goût du pouvoir et des ors de la République monarchique.
    Les uns dits de droite, les autres dits de gauche mènent le  » bal des faux culs », s’entendent comme larrons en foire sur le dos du peuple….en oubliant la France.
    Peu importe l’étiquette, pourvu qu’on ait l’ivresse du poste… Ils ont vidé la Constitution gaullienne de son sens, et peu à peu la fracture avec la  » démocratie » se creuse …. quand les prétendues élites se nourrissent d’arrogance, d’imposture et non de représentativité.
    Les lendemains risquent de ne pas chanter….au vu de tous ces  » prétendants »…..

  6. Aucune inquiétude pour le RN. Les électeurs de ce parti se sont fait une raison : ils vont réussir à  » décaniller  » la chef de file mais qu’importe, le dauphin est là, et quelle classe. Le RN sait qu’il sera seul au combat contre toute la droite libérale, radicale, l’extrême centre, les gauchos et leurs frères LFI. Tout le SYSTÈME. La droite sociale sera droit dans ses bottes…dans l’esprit du Général De Gaulle.

  7. Excellent article. Bien que tous les politiques (sérieux) s’en réfèrent, depuis de Gaulle, l’envergure des présidents qui lui ont succédé ne cesse de se rétrécir et l’Etat de s’affaiblir, pour aboutir au déclin actuel. D’où cette exclamation obsessionnelle : « encore un an !
    Pour 2027, Molière aurait peut-être préféré écrire, au lieu de ce célèbre  » couvrez ce sein… »,  » Renversez-moi cette funeste table dont les mets corrompus nous promettent la mise en terre « .
    Gageons que les électeurs sauront cette fois bien choisir car l’enjeu sera la survie de notre France. Alors de grâce, sachons choisir un chef d’état selon, avant tout, sa détermination indéfectible d’abolir cette folle immigration, selon son programme, son attachement à la souveraineté, son respect du peuple souverain et de ses choix, et ses convictions inhérentes au bien commun.
    Préférons la bonne foi à la bonne mine et n’ayons pas la mémoire défaillante.

  8. Le problème est simple ; tous les contre-pouvoirs sont aux mains de la gauche jusqu’aux juges rouges lfistes !
    Notre pays est sclérosé et seul un grand nettoyage pourrait refaire vivre notre France !
    La 1ère année sera difficile pour ceux qui s’en prendrait violemment au Président souverainiste élu mais vu l’état actuel de délabrement incommensurable dans tous les domaines de notre pays, seul un redressement sensé pourrait redonner vie à ce dernier.

    • Hélas vous avez raison macron a placé des socialistes partout( et il va continué Macron réfléchirait à un point de chute prestigieux pour son ancien garde des Sceaux : le poste de Défenseur des droits. ça va être très dur de gouverner en sachant que toute initiative du nouveau président sera censurée par le conseil constitutionnel, le conseil d’état etc…. pieds et mains liés le ou la future président

  9. Macron donne l’exemple de celui qui s’en fiche et s’occupe à nous expliquer qu’il est bénéfique de lire à haute voix… A-t-il compris qu’il est Président de la République et pas prof. de français auxiliaire?

  10.  » pour saper notre souveraineté à l’occasion de traités de l’Union européenne, ce qui affecte le cœur même de nos institutions. »
    C’EST la genèse de ce qui se passe avec le « machin » ! …
    Il faut neutraliser toute cette dictature de l’UE … tout en arrêtant de subventionner tous les trucs auto proclamés « associations progressistes » …

  11. Pour revenir à des choses sérieuses, la question posée par cet excellent article de Stéphane Buffetaut est de savoir si la droite, la vraie celle des Républicains « égarés » en Macronie, doit accepter ou non la soumission du Rassemblement national et de ses alliés pour faire ce qu’ils n’ont pas été capables de faire depuis trente ans.

    « Vaste programme » aurait dit le Général !

  12. Le problème, ce ne sont pas les partis, car je pense qu’ils sont nécessaires, mais tous ces partis ne peuvent fonctionner correctement que si les hommes qui les composent sont d’une droiture, d’une honnêteté, et d’un sens du bien commun irréprochables ; évidemment, ce genre de personnalités ne courre pas les rues.

  13. En fait, le but n’est pas de prendre le pouvoir pour gérer correctement la France, le but est pour tous d’empêcher le RN d’accéder au pouvoir et pour certains de « faire président »…

    • Bof..je pense moi qu’on est passé depuis 1981 de la » charge suprême « ,a une gigantesque gamelle remplie a  » crédit renouvelable » autour de laquelle se presse un cercle toujours plus grand de gamelleurs dont c’est le seul but..! A part les rares qui ont un vrai boulot..Zemmour, Knafo asselineau..

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