212 démarches parmi les 250 les plus utilisées par les usagers sont désormais numérisées. Par ce point d’étape du 6 septembre, Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, annonçait cette évolution censée nous simplifier la vie mais qui, en réalité, la rend plus compliquée pour un certain nombre de personnes complètement dépassées. Qu’à cela ne tienne, elles devront s’adapter !

Avec la généralisation du télétravail, la numérisation des entreprises, les cours à distance ou les achats en ligne, c’est une lapalissade : l’usage d’Internet est devenu indispensable à notre vie quotidienne. « La fête du cloud commence tout juste », analyse Dan Ives, analyste chez Wedbush Securities, dans Le Figaro, et les GAFAM s’enrichissent : « Microsoft a réalisé le meilleur trimestre de son histoire, tant en termes de chiffre d’affaires que de bénéfice net », précise Le Figaro, quand Amazon « a triplé ses profits au premier trimestre 2021, dépassant toutes les attentes », titre sans surprise L’Express.

Bombe

Mais certains – et ils sont près de 13 millions – ne sont pas conviés à cette grande « fête du cloud ». Ils souffrent d’« illectronisme ». Ce néologisme emblématique de notre société 4.0 désigne la difficulté ou l’incapacité à utiliser les ordinateurs, tablettes ou smartphones, ce qui peut devenir un vrai handicap au quotidien pour régler ses factures, chercher un emploi ou acheter un billet de train. Autrement appelé fracture numérique, ce phénomène touche des profils divers : personnes âgées, personnes en difficultés sociales, non-diplômés mais également des jeunes. « Au sein des classes populaires, la démocratisation d’Internet est passée par le smartphone et les écrans tactiles, mais pas par le clavier d’ordinateur ni par l’usage du mail », explique Dominique Pasquier, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique, au Monde. Cette dernière qualifie même la dématérialisation des services de « bombe politique » alimentant « le sentiment de déshumanisation de l’administration et une forme de colère sociale ».

Alors, pour y remédier, les associations, mais aussi les collectivités et les organismes publics, sont de plus en plus nombreux à proposer à ces délaissés du Web des ateliers d’initiation au numérique. L’État, qui a mutualisé ou dématérialisé ses services publics dans les zones rurales, investit dans l’inclusion digitale. À grands frais : 250 millions d’euros du plan de relance, et il prévoit de déployer 4.000 conseillers numériques.

Le numérique est-il écologique ?

Et pour prévenir cet « illectronisme », nos enfants sont biberonnés aux écrans dès le plus jeune âge et sont confrontés à la mutation de l’enseignement que Philippe de Villiers dénonce, entrevoyant déjà les ravages de « la Déséducation nationale aux mains de nombreux hussards noirs de l’Open Data, toujours disponible pour le crétin digital ».

Ce tout numérique a un objectif, outre le gain de temps et l’aspect pratique : imposer une nouvelle norme écologique. En somme, rester chez soi pour économiser le bilan carbone. « À mesure que la distanciation sociale et physique persiste, le fait de s’appuyer davantage sur les plates-formes numériques pour communiquer, travailler, demander des conseils ou commander quelque chose va, peu à peu, prendre la place d’habitudes autrefois ancrées », écrit Klaus Schwab dans son livre Covid-19, la Grande Réinitialisation.

À travers cette évolution sociétale qui semble inéluctable sur fond de pandémie mondiale se dessinent donc les contours d’une transformation radicale de nos modes de vie et d’une déshumanisation des contacts. Celles-ci sont fortement encouragées à des fins prétendument climatiques, selon Klaus Schwab : « Si à l’ère post-pandémique, nous décidons de reprendre notre vie comme avant, en conduisant les mêmes voitures, en prenant l’avion vers les mêmes destinations, en mangeant les mêmes choses, en chauffant notre maison de la même manière, la de Covid-19 n’aura servi à rien. » Et pourtant, Florence Rodhain écrit : « D’ici 2025, le numérique polluera trois fois plus que l’aviation civile. »

Il n’en demeure pas moins difficile de jeter le bébé avec l’eau du bain et se priver d’Internet au quotidien. Comment, dès lors, résister ? En privilégiant le contact humain quand il est encore possible, le prochain au lointain, et en limitant l’usage de ces outils au rôle qui leur revient : bon serviteur mauvais maître.

 

8 septembre 2021

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