Editoriaux - Histoire - Justice - Politique - Société - Table - 21 juin 2017

Cambadélis se confronte au réel

On fut estomaqué par la déclaration du premier secrétaire du PS quand il annonçait que « le PS [devait] revoir ses idées ». On a cru la base doctrinaire enterrée. Le garçon avait-il entendu quelque “Adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré” ? Un vrai hara-kiri, car que reste-t-il à un mouvement politique s’il renonce à ses idées ? Une baudruche que Camba perçait d’un coup sans presque férir ? Une urne vide de bulletins socialistes ? Une poubelle de l’Histoire ? On ne sait quelle image lui venait à l’esprit.

Mais “Camba” allait plus loin : “La gauche doit tout changer : la forme et le fond ; ses idées comme ses organisations. Oser plus de démocratie !” Nous avons cru qu’il réclamait là la proportionnelle. Mais non, rien de tel ne vint. Il s’en tînt à son “changer la forme et le fond, les idées et l’organisation”. Il lui restait à dire que forme et organisation avaient surtout besoin d’un renouvellement des hommes. On peut toujours rêver… Les électeurs qui votèrent avec leurs pieds le montrèrent bien. Quant à revoir ses idées, on pourrait lui dire : “Bah oui ! Avouez que rester dans une base idéologique issue d’un marxisme… Croire aux lendemains qui chanteront quand on aura vaincu les puissances de l’argent…”

Idéologues qui veulent faire le bonheur du peuple plutôt que de favoriser l’inventivité et leur génie. On est loin d’une sage administration de l’État et de services publics chèrement acquis. Loin d’une politique qui vise à satisfaire les besoins réels du peuple. Exemple topique : le mariage pour tous, encore largement inaccepté. Mais la gauche agit ainsi depuis longtemps : penser l’homme et imposer à la société de l’accepter tel qu’on le conçoit. Cambadélis allait-il abandonner ces pratiques ?

Il lui fallait “repenser les racines du progressisme”. Et d’annoncer que les “deux piliers” instables sur lesquels le PS basait son action étaient caducs : « L’État-providence et l’extension continue des libertés sont remis en cause.” Ben, mon cochon ! Quel aveu ! Et quelle ineptie ! La providence est une chose multidimensionnelle mais qui a pour ferment commun à toutes ses dimensions l’inconnu. L’avenir. Se vouloir incarner et organiser la providence… Longtemps qu’on n’avait entendu pareille prétention. Et s’il voulait simplement dire que l’État dispensant ses subsides aux miséreux et aux fainéants, c’était fini ? Que n’y a-t-il songé depuis quarante ans que le budget est en déficit ? Tardive perception, mon Camba ! Car dans l’intervalle la France avez ruinée ! L’expansion des libertés… Qui serait contre le simple maintien de celles acquises ? Quel parti politique serait contre ? Hormis En Marche ! évidemment. L’aurait-il perçu comme nous ?

Le bonhomme est pourtant retors, et sitôt qu’il déclarait la nécessité de “repenser l’action politique selon le principe d’efficacité et demande citoyenne”, on comprit que la réalité reste toujours étrangère à ces hommes-là. Il déclara bien la priorité de contrer le néolibéralisme et le nationalisme dans une nouvelle offre politique basée sur “[l’]esprit de justice sociale et la guerre contre les inégalités”. Enfin de bonnes idées qu’énonçait là le premier secrétaire. Sauf que ce sont des principes partagés par tous les partis, du moins les intentions.

On peut douter que tel programme suffise à faire renaître le PS. Il n’y que pour Louis qu’on dise : “Le roi est mort, vive le roi !”

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