Le parti Les Républicains lance une consultation durant l’été auprès de ses militants pour les interroger et s’interroger lui-même sur son avenir. À cette occasion, le politologue Guillaume Bernard tire les leçons de ces premiers mois des Républicains “post-François Hollande”. En écoutant les réactions de certains leaders LR – entre une Valérie Pécresse qui se croit encore en 2012 et un Laurent Wauquiez en 2007 -, on a l’impression que les leçons n’ont pas été tirées de ce qui s’est passé.

Guillaume Bernard, vous êtes politologue. Vous avez publié l’année dernière un ouvrage qui a fait date : La guerre à aura bien lieu, le mouvement dextrogyre.
L’actualité est aujourd’hui assez à droite puisque Les Républicains ont lancé une consultation à l’égard de leurs militants pour les interroger sur l’avenir de leur parti politique.
Quelles leçons tirez-vous de ce premier mois post François Hollande chez Les Républicains ?

J’ai l’impression que les ténors de LR découvrent la lune.
Il semble découvrir aujourd’hui les distorsions internes qui traversent leur parti.
Elles existaient naturellement avant les élections de 2017 et elles perdurent aujourd’hui.
Il y a en fait trois fractures principales qui se complètent et se recoupent.
Il y a d’abord une fracture sociologique: la droite d’en haut et celle d’en bas.
Pour simplifier, les ténors et les caciques constituent celle d’en haut. Ceux-là ont immédiatement appelé à voter pour dès le second tour de l’élection présidentielle.
La droite d’en bas, ce sont les électeurs, le peuple de la droite réelle.
Celle-là n’a voté qu’à 50 % pour Emmanuel Macron. Les autres 50% des électeurs de du premier tour soit ont été à la pêche soit ont voté pour .
Ensuite, il y a une distorsion idéologique.
On sait très bien qu’il y a au sein de ce courant, ceux qui sont à droite de manière situationnelle, et ceux qui sont de droite.
Sur un certain nombre de sujets comme l’, l’opposition entre les souverainistes et les fédéralistes, l’, l’opposition entre les tenants de l’ nationale et les multiculturalistes, les mœurs et la bioéthique, l’opposition entre les progressistes et les conservateurs.
Sur tous ces sujets, il y a évidemment une fracture idéologique au sein de la droite entre ceux qui ne sont qu’à droite et ceux qui sont véritablement de droite.
Enfin, il y a une troisième fracture. C’est la fracture stratégique.
Il s’agit de la proximité électorale.
Il ne s’agit pas de s’adonner à des convergences qui iraient au-delà d’une simple entente politique.
Il s’agit simplement de constater que certaines personnes sont indubitablement plus proches idéologiquement d’Emmanuel Macron . D’ailleurs une partie des LR a déjà montré un soutien explicite à Emmanuel Macron. Il y en a d’autres qui sont plus proches du Front National, sans pour autant partager toutes ses idées et ses propositions.
Je disais donc trois fractures qui existaient avant 2017. Elles avaient évidemment été étouffées, car il y avait l’espérance de la victoire des et des Législatives. Elles se rouvrent aujourd’hui.

On comprend de votre analyse que la droite est condamnée soit à trouver d’un leader qui pourrait fédérer comme Sarkozy en 2007, soit à éclater tant les dissensions sont devenues trop profondes pour que ces gens puissent continuer à travailler ensemble.

Oui, je crois que vous avez parfaitement raison.
En tout cas, il est certain que lorsque l’on voit les réactions les prises de positions de certains ténors comme Valéry Pécresse ou Laurent Wauquier, on a l’impression qu’ils n’ont pas tiré de leçons de la dernière séquence politique.
On a l’impression qu’ils sont encore en 2012 pour l’une et en 2007 pour l’autre.
Je m’explique.
Valéry Pécresse semble être encore en 2012. Elle fait partie d’un certain nombre de personnes à LR qui pensent avoir perdu à cause de la ligne Buisson. Ils ne comprennent pas que ce n’est pas la ligne Buisson qui les a fait perdre, mais parce que les promesses de la ligne Buisson de 2007 n’ont pas été respectées pendant le quinquennat de Sarkozy.
C’est la raison pour laquelle il a été battu en 2012.
Pour Laurent Wauquier, il pense qu’il suffit de tenir un discours un peu ferme et fermement à droite, mais que les circonstances n’ont pas changé.
Il pense pouvoir siphonner à nouveau l’électorat du Front National.
Or, les circonstances ne sont plus du tout les mêmes.
La ligne Buisson ne se suffit plus à elle-même. C’est bien Marine Le Pen qui a été au second tour et non pas François Fillon.
Il y a donc d’autres considérations à prendre en compte. Nicolas Dupont Aignan a brisé le cordon sanitaire qui isolait le Front National. Les résultats sont encore peu importants, mais Nicolas Dupont Aignan a réussi à être réélu député. Les circonstances de 2017 ne sont par conséquent plus les mêmes que celles de 2007.

27 juillet 2017

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