Le procès d’Abdelkader Merah n’en finit pas d’agiter l’espace intellectuel et politique.

Tout a commencé avec l’entretien d’, le défenseur d’Abdelkader Merah, avec Nicolas Demorand sur France Inter et d’autres interviews, notamment au Journal du dimanche où il déclarait “avoir focalisé la haine”.

En réalité, ce qui a mis en branle le processus vindicatif et dénonciateur à son encontre tient d’abord à la pauvreté judiciaire et aux approximations de ceux qui ont eu à rendre compte des débats de la cour d’assises.

Il était tout de même piquant d’entendre cette surenchère d’opprobre à cause de cet acquittement quand la caste médiatique est prête, en général, à trouver une multitude d’excuses sociologiques à la délinquance et à la criminalité dites ordinaires.

Éric Dupond-Moretti a bénéficié du soutien d’un collectif d’avocats pénalistes, parmi lesquels trois ou quatre cracks indiscutables, arguant que “la fonction des avocats n’est pas de compatir ou de plaire mais de défendre” et que leur confrère visé à titre principal n’était “ni obscène ni méchant, juste avocat” (Le Monde).

Pourtant, l’incandescence médiatique et judiciaire a pris un tour dévastateur quand Bernard-Henri Lévy, dans son éditorial du Point, s’en est pris violemment à Éric Dupond-Moretti. Éric Dupond-Moretti lui a répliqué vertement et in fine vulgairement, ce qui a entraîné une nouvelle charge de BHL.

Ce dernier, avec talent pour le vitriol – quel formidable avocat il aurait fait ! -, reproche en substance à Éric Dupond-Moretti sa vanité, le fait de prétendre rivaliser avec de très grands avocats incontestés comme Henri Leclerc, Robert Badinter ou Jacques Vergès, son propos sur “l’honneur” qu’il avait eu à défendre Abdelkader Merah et sa provocation devant la cour d’assises quand il avait assimilé la mère de Mohammed Merah aux autres mères tragiquement privées de leurs enfants.

Éric Dupond-Moretti, je l’ai dit souvent, est un ami avec lequel je n’ai pratiquement que des désaccords judiciaires. Je me suis beaucoup intéressé à lui sur mon blog.

J’ai croisé BHL, qui n’a jamais été un ami, lui, et sur les pensées et postures duquel j’ai écrit deux ou trois billets critiques. J’avais noté, en particulier, sa particulière inaptitude à comprendre l’univers judiciaire à cause de sa volonté d’imposer au droit sa grille éthique et de croire que ses impressions étaient forcément des preuves.

Pour la prétendue “vanité” d’Éric Dupond-Moretti, il convient de ne pas se tromper. La médiatisation autour de l’affaire Merah, il ne l’a pas recherchée. Il y a des procès qui, au cœur du débat public, mettent forcément l’avocat au premier plan.

Quant au ridicule surnom “d’Acquittator”, il ne l’a pas inventé, même s’il aurait fallu une modestie hors du commun pour ne pas s’en repaître !

BHL s’égare quand il lui impute d’être jaloux de certaines gloires et frustré de ne jamais pouvoir les égaler. Cette aigreur est aux antipodes de sa nature.

Les deux derniers griefs me semblent plus sérieux, parce qu’ils relèvent d’une critique sur la conception qu’Éric Dupond-Moretti se fait de sa mission d’avocat.

Sur “l’honneur”, je perçois ce qui a pu choquer BHL dans ce trop noble substantif. En effet, Éric Dupond-Moretti aurait pu évoquer “son métier”, son “devoir”, mais pourquoi “l’honneur” ? Je ne l’aurais pas proféré mais je devine le mécanisme qui a conduit Éric Dupond-Moretti à le dire.

Au fond, le terme “honneur” est inversement proportionnel à l’opprobre, au mépris, à la détestation, à tous ces sentiments négatifs extrêmes liés à la personnalité d’Abdelkader Merah. Qu’il ait mérité cette négativité n’est pas le problème. Le réflexe de l’avocat a été de compenser ce torrent de boue par un mot de dignité, un éclair d’humanité. Choquants peut-être, mais rien qui doive faire honte à Éric Dupond-Moretti !

Celui-ci, quand il proteste que “la mère de Mohammed Merah a aussi perdu son fils”, n’ignore pas à quel point cette assimilation est discutable, injuste, pour tout dire légère. Mais il est avocat et sa seule obsession est de convaincre les magistrats que Merah n’a pas à être expulsé du cercle des humains. Il le réintroduit ainsi de force dans le monde de tous, même de ceux qui le haïssent.

BHL aurait pu faire un exceptionnel avocat mais, pour l’affaire Merah, son intelligence ne lui a servi à rien. Parce qu’il commet une grave erreur, partagée par beaucoup.

Je révèle cette information élémentaire mais qui change tout : Éric Dupond-Moretti n’est pas Abdelkader Merah.

Extrait de : Justice au Singulier

17 novembre 2017

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