Avec la nouvelle présidence, on allait enfin voir ce que l’on allait voir en matière de gouvernance nouvelle. Finis les travers d’antan, oubliées les dérives de jadis : rien que du neuf et du nouveau. Sauf qu’en la circonstance, le gouvernement fait un peu du vieux avec du jeune ; enfin, du « jeune », façon de parler, sachant que François Bayrou, nouveau garde des Sceaux, ne ressemble que de loin à une fraîche pousse ; à croire que Robert Badinter ne souhaitait pas rempiler pour le poste.

Et c’est ainsi que Le Journal du dimanche nous apprend qu’à l’Élysée, quelques minutes après le discours inaugural d’Emmanuel Macron, le même François Bayrou n’était pas loin de se castagner en public avec Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires. Motif de ce pugilat évité de peu ? Le nombre de candidats du MoDem investis aux élections législatives : pas assez pour leur patron, François Bayrou, et bien trop pour Richard Ferrand, l’un des premiers soutiens de l’actuel Président, et manifestement fort vétilleux quant à la défense de ses territoires électoraux.

Pas vraiment de la haute politique, on en convient. Bayrou, très à cheval sur ses intérêts particuliers, agacé par l’intransigeance de celui qui se prenait alors pour un maréchal – Ferrand, il va sans dire ? Ce concours de lancer de nains aurait pu en rester là, mais non. Surtout depuis les récents ennuis judiciaires de Richard Ferrand et les propos tenus par François Bayrou dans ce même Journal du dimanche, à propos de ces derniers et du scrutin dominical prochain : “C’est une difficulté qui alourdit un peu la campagne…” Et qui la plombe d’ailleurs d’autant plus que l’actuel ministre de la Justice entend proposer, ce 14 juin, une loi concernant la « moralisation politique ».

Victime collatérale de l’embrouille, Marielle de Sarnez, fidèle d’entre les fidèles bayrouistes, et nouveau ministre des Affaires européennes – bravo, le renouveau ! Le fantôme de la défunte Alice Saunier-Seïté n’était pas libre ? –, aujourd’hui un brin engluée dans une louche affaire d’assistante au Parlement européen. Ce genre d’histoires, c’est un peu comme les travaux qu’on engage dans sa maison : on sait quand ça commence, on ne sait jamais quand et comment ça finit…

C’est, malgré tout, fort logiquement que cette dame, contrairement à son mentor du MoDem, se refuse à commenter les déboires de Richard Ferrand. Entre gens de bonne compagnie, à défaut de se serrer les coudes, on sait toujours là où il ne faut pas aller trop loin.

Bref, tout comme avant, avant l’ère du renouvellement annoncé… D’ailleurs, pour en revenir au motif de la querelle de chiffonniers plus haut évoquée, Richard Ferrand assurait “qu’il n’y aurait jamais d’accords d’appareils” ! Eh bien, si ! La preuve par François Bayrou. Car pour le MoDem, mieux que le jackpot, c’est le casse du siècle. Quatre-vingts candidats estampillés MoDem et soutenus par La République en marche pour le renouvellement de l’Assemblée nationale, ce n’est pas rien… Sans oublier, hormis Marielle de Sarnez, deux ministères d’État : garde des Sceaux pour François Bayrou, on l’a vu, mais également celui des Armées pour Sylvie Goulard. Sans oublier des finances qui devraient être tôt remises à flot, pour un MoDem dont l’audience ne devait, jusque-là, guère dépasser celles, mêmes cumulées, de Jacques Cheminade et Pierre Asselineau.

À ce titre, François Bayrou incarne assez bien la tirade finale d’Alain Delon et signée de Michel Audiard, dans Mort d’un pourri (1977), de Georges Lautner : “Certains élus du peuple vont connaître une petite traversée du désert… Au pas de course, rassure-toi. Quand ils reviendront, ils se seront fait le masque républicain, comme les vieilles putes se font retendre les fesses.”

Décidément, le jeune Bayrou sait comme on fait les meilleures soupes. Toujours dans les mêmes vieux pots.

5 juin 2017

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