Culture - Editoriaux - Education - 20 juin 2019

Baccalauréat : trop dur, le français !

Il est rare qu’une session du baccalauréat se déroule sans qu’on conteste la difficulté de tel ou tel sujet. Voici déjà une pétition lancée pour dénoncer la difficulté des épreuves de français dans les séries S et ES, demandant d’« assouplir les critères de notations donnés par l’Éducation nationale ». Elle a réuni près de 35.000 signataires, ce jeudi, à 15 heures. Mais tout au plus rappellera-t-elle au ministère, s’il n’y pense pas de lui-même, qu’il convient de donner, comme d’habitude, des consignes de correction indulgentes.

L’épreuve de français portait sur un objet d’étude : « Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours, avec un corpus de quatre textes : L’Isolement de Lamartine (1820), La Vie profonde, d’Anna de Noailles (1901), Destination : arbre, d’Andrée Chedid (1991) et La Pluie d’été, d’Yves Bonnefoy (2001). Après une question commune de compréhension, notée sur quatre points : Quelle(s) relation(s) le poète entretient-il avec la nature dans les poèmes du corpus ? Les élèves étaient invités à choisir entre un commentaire, une dissertation et un exercice d’invention, sur seize points.

La pétition reproche à ce sujet d’être plus difficile que celui du bac littéraire. On peut y lire que « les élèves ayant choisis (sic) les filières S et ES ne sont pas pour la plupart à l’aise avec la matière du français. La difficulté de l’épreuve était extrêmement élevée par rapport à la capacité des élèves à raisonner et à connaitre (sic) des notions sur la poésie ». L’auteur de cette pétition semble non seulement fâché avec l’accord du participe passé et les accents circonflexes, mais il se fait une idée bien médiocre des élèves de ces deux séries.

On ne voit pas pourquoi un élève de S ou de ES serait imperméable à la poésie et au sentiment de la nature. Le poème d’Andrée Chedid, objet du commentaire, n’était certes pas un classique, mais restait à la portée des élèves. Les correcteurs n’en voudront pas à ceux qui l’ont prise pour un homme. Quelle importance, d’ailleurs, à une époque où l’on confond souvent les sexes dans les études de genre ? Le sujet de dissertation était assez vaste pour que n’importe quel élève, sachant construire une dissertation, puisse le traiter.

Quant au sujet d’invention, il répondait, pour une fois à sa définition, qui n’est pas d’écrire n’importe quoi, quand on ne sait faire ni un commentaire ni une dissertation. Il invitait le candidat à évoquer « l’épanouissement et la plénitude du poète au sein de la nature », éventuellement sous une forme versifiée ou en prose poétique. Pourquoi un élève de S ou de ES ne serait-il pas poète à ses heures ? Il y a des précédents !

Bref, pas de quoi s’affoler. D’autant plus que les jurys reçoivent des consignes d’indulgence – ce qui est, d’ailleurs, injuste pour les élèves qui se battent devant les sujets et ne voient pas toujours leur note récompenser leurs efforts. Il y a une forme d’inconséquence à vouloir que le baccalauréat représente encore quelque chose de sérieux et à s’alarmer dès qu’un sujet surprend. Le problème qu’il faudrait soulever n’est pas la difficulté, réelle ou supposée, des sujets, mais un système qui fait que, quel que soit le niveau des élèves, il faut obtenir un taux de succès toujours aussi élevé.

Que les pétitionnaires se rassurent ! Avec la réforme du baccalauréat, le français fera partie du tronc commun. Plus de séries ! Les mêmes sujets pour tous. S’il ne veut pas que les pétitions se multiplient, le ministère aura intérêt à appliquer la règle du plus petit dénominateur commun.

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