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Editoriaux - Histoire - Politique - Société - 19 avril 2018

Quel avenir pour un Cuba post-castriste ?

Depuis soixante ans, il existe une exception cubaine. Un peu comme le village d’Astérix, celui de La Havane résiste au puissant voisin états-unien. Même aux pires heures de la guerre froide, Fidel Castro entretient les relations les plus amicales avec l’Espagne franquiste ; mais le Caudillo n’est-il pas son modèle en politique, avant que ne soit happé dans l’orbite soviétique ?

De son vivant, le Líder Máximo avait déjà passé la main à son « jeune » frère, Raúl. Lequel fait maintenant de même avec Miguel Díaz-Canel, cinquante-sept ans et ancien numéro deux du régime. Ce dernier n’était pas né lors du renversement de Fulgencio Batista, le dictateur d’alors, en 1959. Un homme neuf ? Pas tout à fait, le nouveau venu étant évidemment issu du sérail. Un changement dans la continuité, donc, rendu nécessaire en raison des défis à relever, lesquels ne sont pas anodins.

Car la Russie de Poutine n’est pas l’URSS de Brejnev, et l’époque où Moscou soutenait économiquement le régime castriste à bout de bras est désormais révolue. Quant au Venezuela, qui assurait naguère son ravitaillement en pétrole, il n’aura échappé à personne que Nicolás Maduro n’est pas Hugo Chávez et que Caracas n’a plus, pour le moment, les moyens d’exercer son influence sur la région. Pour tout arranger, si Barack Obama entendait normaliser ses relations avec Cuba, Donald Trump veut renouer avec la traditionnelle ligne de la Maison-Blanche consistant à maintenir, voire à renforcer, l’embargo économique sur l’île. Cuba se trouve donc, aujourd’hui, isolé et à la croisée des chemins.

C’est, ainsi, à un exercice d’équilibriste à haut risque que Miguel Díaz-Canel va devoir se livrer : mettre en œuvre les réformes politiques et économiques nécessaires sans dénaturer la spécificité cubaine, à base de socialisme et de nationalisme. Mieux s’ouvrir au reste du monde sans pour autant perdre son identité ? Cette problématique est également celle d’autres nations en voie de « normalisation » : l’Iran et, de manière plus récente, l’Arabie saoudite.

Davantage développer le tourisme ? Oui, mais à condition que Cuba ne redevienne pas ce qu’elle était jadis, sorte de bordel flottant pour Américains en goguette. À condition, encore et surtout, de ne pas laisser les “avancées” sociétales propres à l’Occident – mariage homosexuel, tyrannies des minorités et féminisme de combat – submerger une société encore empreinte d’archaïsme et attachée à un ordre public inconnu en cette région du monde, traditionnellement ravagée par l’insécurité et les guerres civiles.

Ensuite, quels produits exporter ? Des langoustes et des cigares, principales activités économiques de l’île ? C’est peu. Alors demeurent ces autres atouts que sont le savoir-faire et la matière grise. En effet, et c’est là une autre exception cubaine : un taux d’alphabétisation qui pourrait faire honte à la France et des médecins et des ingénieurs dont la réputation n’est plus à faire.

Un autre chantier en cours est encore susceptible d’améliorer le quotidien des Cubains, soit la libération de l’artisanat et du petit commerce ; ce qui n’est pas exactement un luxe inouï dans un pays où l’économie était, jusqu’il y a peu, à 80 % propriété de l’État. Paradoxalement, le moment n’est pas si mal choisi, pour le nouveau président, de persister en cette voie originale, sachant que la déferlante mondialiste et le libre-échangisme paraissent à bout de souffle et relever, chaque jour davantage, d’un monde ancien en attendant d’être révolu. Ce, d’autant plus qu’au même moment, les nations montantes – celles du BRIC, pour aller court – redécouvrent à la fois sens des frontières, des identités nationales et de l’histoire inscrite dans le temps long, au contraire du bougisme ambiant.

Alors que se dissipent enfin les fumées de la guerre froide, avec son « Empire du bien » et son « Axe du mal », l’expérience cubaine mérite d’être suivie de près, pouvant se révéler au moins aussi instructive que celle menée, pour ne citer que ce seul exemple, par Vladimir Poutine en Russie, homme ayant réussi à intégrer le traumatisme communiste tout en renouant avec son histoire et son patrimoine immatériel d’antan.

Ce ne serait pas la première fois qu’on ferait du neuf avec du vieux.

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