Editoriaux - International - Polémiques - 25 janvier 2020

Australie : la pluie a fini par tomber !

La danse des uns et les prières des autres de par le monde auraient donc fini par porter leurs fruits… Une grande partie des feux est sous contrôle, d’autres persistent encore dans leur intensité mais, dans l’ensemble, la nouvelle est bonne, surtout pour le moral : « Les cieux sont avec nous, enfin ! »

Alors, on entend déjà les pleurnicheurs qui nous démontrent par A + B que trop d’eau peut créer des coulées de boue, etc. Ah oui, si seulement il pouvait tomber juste ce qu’il faut, où il faut. Dame Nature n’en fait vraiment qu’à sa tête, même en 2020 à l’époque du smartphone, Facebook et Amazon…

Il est important de rappeler que ce n’est pas d’un incendie mais d’une centaine qu’il s’agit, répartis principalement entre l’État de Nouvelle-Galles du Sud (capitale : Sydney), le Victoria (Melbourne) et, dans une moindre mesure, l’-Méridionale (Adélaïde). Chaque État fait à peu près la taille de la moitié de l’Europe… Voilà qui permet de donner une perspective. Une centaine de feux, presque au même moment, pose la question gênante de leurs origines. La sécheresse, d’accord, mais il faut bien allumer ces bouts de bois.

Là, les médias se font plus discrets : on a tous vu les images des gentils koalas et des kangourous apeurés qui ont vite remplacé les ours blancs sur leurs glaçons. L’émotion est sauve. Tout le monde est au courant du « demi-milliard » d’animaux perdus. Bravo à ceux qui ont fait le décompte. On croirait presque que les bestioles ont pour habitude d’attendre patiemment les flammes pour mourir.

Les pertes humaines semblent même glisser au second plan. Question de principe. Nous avons vu, dans un article précédent, que le « bush » (Le Monde parle de « forêt vierge » mais doit confondre les continents…) lui-même récupérera plus vite que son ombre. L’acteur Russell Crowe a même montré les photos verdoyantes, après la pluie, de sa propriété qui avait été atteinte par les flammes.

Par contre, les interpellations de près de 200 personnes (plus précisément 183), dont 40 jeunes, restent étrangement absentes des grands médias. Soyons honnêtes : il ne s’agit pas que de 200 pyromanes purs et durs, mais aussi d’individus qui ont pu contrevenir aux strictes lois en vigueur (feux de camp, d’artifice, de jardin, etc.). Tout de même, certains sont parvenus à dévaster des zones considérables et, en général, proches des agglomérations, causant le plus de dégâts humains et matériels. L’un deux a même failli se faire lyncher. Dans l’État de la Nouvelle-Galles du Sud (NSW), 24 personnes ont été accusées d’avoir allumé des feux, depuis novembre. Excusez du peu.

Il est difficile d’évaluer avec précision l’origine de la plupart des incendies pour des raisons évidentes : comment retrouver les preuves potentielles dans le brasier ? Une des causes principales officielles, faute de mieux, reste la foudre lors d’orages secs. Mais une centaine ? Il n’en reste pas moins qu’en pleine cambrousse, en période estivale, il est difficile de contrôler ces événements naturels. En fait, la grande majorité des feux sont d’origine « incertaine », officiellement. Pourtant, au niveau politique, le Premier ministre Scott Morrison en a pris pour son grade. Il fallait bien trouver un coupable à tous ces maux, surtout s’il est un peu climato-sceptique sur les bords et plutôt de droite.

Nous avons évoqué des solutions possibles dans un autre article. À l’heure des drones entre les mains de chaque enfant, serait-il trop demander d’avoir un système de quadrillage des forêts avec satellites à l’appui et une flotte conséquente de bombardiers d’eau ? Un DC-10 est en route depuis les États-Unis. Trop peu trop tard. Scott Morrison débloque deux milliards dans un fonds pour assister les victimes.

C’est dans la prévention qu’ils ont tous péché, lui et les autres. L’organisation entre États et pouvoir fédéral doit être revue aussi. Attention aux prochaines élections… Un entretien des forêts avec un retour aux feux contrôlés à la bonne saison semble également de mise.

Point trop de bon sens n’en faut…

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