Editoriaux - Education - 17 août 2019

Augmentation des frais d’inscription universitaires pour les étudiants étrangers : une révolution ?

À l’automne de l’année passée, Édouard Philippe présentait son programme sous le titre ingénu de « Bienvenue en France » : 500.000 étudiants en France à l’horizon 2027, contre environ 320.000 actuellement (dont environ 46 % venant d’Afrique). Pour l’heure, on nous annonce une baisse de 30 à 50 % de demandes d’inscription (et non d’inscriptions, comme l’avancent les médias avec leur pathos habituel, les capacités d’accueil des universités étant, comme chaque année, limitées).

Les droits d’inscription pour les extra-Européens se sont, en effet, envolés : 2.770 euros, contre 170 euros auparavant pour une inscription en licence, 3.770 euros, contre 243 euros par le passé en master. Toutefois, les doctorants sont exemptés, ainsi que ceux qui ont commencé le cursus, sans compter que les universités ont une marge d’exonération de 10 %. Les syndicats étudiants et enseignants, les universités, dont 51 sur 67 ont refusé d’appliquer cette hausse, ont protesté au nom des sacro-saintes valeurs d’égalité, etc.

Il est nécessaire de rappeler certaines réalités.

Le nombre d’inscriptions d’étudiants étrangers, inscrits pour plus d’un tiers en enseignement des sciences sociales (31,6 %), ce qui est singulier, ne cesse d’augmenter : pour l’année universitaire 2017/2018, cette augmentation était de 5,9 % par rapport à la précédente année universitaire. Bien évidemment, ces chiffres cachent des disparités, et sans doute des motivations différentes. La question d’une immigration cachée se pose, mais surtout celle de la fuite des cerveaux. Une part très importante d’étudiants pourvus d’un diplôme français ne souhaitent pas retourner dans leur pays. On ne peut s’empêcher de souligner combien c’est dommage pour des pays pauvres, qui ont besoin de cadres et de « matière grise ». Ne vaudrait-il pas mieux que les gouvernements de ces nations en voie de développement aident substantiellement leurs étudiants méritants avec, comme contrainte, de payer leur dette par une présence réelle dans leur patrie ?

Toujours est-il que la crise de l’université française, de plus en plus criante, provient de son inadaptation, par inertie bureaucratique et idéologique, aux conditions nouvelles produites par une confrontation, qu’on le veuille ou non, aux données du vaste « marché » mondial de l’Éducation supérieure. Les universités américaines demandent de 10.000 à 50.000 dollars d’inscription, mais elles ont les meilleurs conditions matérielles de travail, des professeurs compétents et des étudiants motivés, car payant. Philosophie identique dans certains pays asiatiques. C’est une autre culture, une autre mentalité, mais la « démocratisation » (hypocrite, car les grandes écoles accueillent les meilleurs étudiants) de l’offre éducative ainsi que le manque de moyens récurrent des universités françaises exigent des réponses qui sortent du sempiternel financement, irréaliste, de l’État.

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