La semaine dernière, la gauche a fait semblant de s’étrangler et de hurler à la mort après l’élection des députés RN Sébastien Chenu et Hélène Laporte à la vice-présidence de l’ avec une confortable majorité (290 et 284 voix), bien au-delà du nombre de députés RN (89) et même du nombre de députés RN et LR… Instant de grâce et d’union nationale, diront les plus optimistes. Il doit y avoir un loup, se disent les plus sceptiques. Cette élection, à l’évidence, marque une étape symbolique inédite. D’ailleurs, ne trouve-t-on pas encore des débats entre savants politologues, comme dans La Croix, sur le thème « Faut-il isoler le Rassemblement national à l’Assemblée ? »

Mais l’instant de grâce, si tant est qu’il ait jamais existé, n’a été qu’un moment furtif. On l’a vu avec la pantomime de l’élection d’Éric Coquerel à la tête de la commission des finances. Une commission, rappelons-le, qui fut autrefois présidée par Valéry Giscard d’Estaing, Gaston Palewski ou encore… Dominique Strauss-Kahn. On le voit mieux encore si on analyse de près la composition des bureaux des huit commissions de l’Assemblée nationale : Affaires culturelles et éducation, Affaires économiques, Affaires étrangères, Affaires sociales, Défense nationale et forces armées, Développement durable et aménagement du territoire, Finances, Lois. Chaque bureau est composé d’un président, de quatre vice-présidents et de quatre secrétaires auxquels s’ajoute, pour les commissions des Finances et des Affaires sociales, un rapporteur général. Au total, 8 présidences de commissions, 32 vice-présidences et 32 secrétaires. Les des ces postes se font au sein de chaque commission. Et c’est là qu’on voit que le « front républicain » fonctionne à plein. En effet, si la majorité présidentielle a obtenu sept présidences de commission (5 Renaissance, 1 Horizons, 1 MoDem), ce qui est, somme toute, normal, les 32 vice-présidences se partagent de façon plus diversifiée entre les groupes de la majorité et de l’opposition : 18 pour la majorité présidentielle (10 Renaissance, 3 Horizons, 5 MoDem), 1 LFI, 2 PCF, 2 socialistes, 1 écolo, et… 8 LR. Le RN, lui, a obtenu… 0 vice-présidence.

Pour ce qui concerne les secrétariats, on retrouve cette même répartition plus ou moins « harmonieuse » : 16 pour la majorité présidentielle (7 Renaissance, 3 Horizons, 6 MoDem), 5 LFI, 1 socialiste, 1 écolo, 2 LIOT (Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires dans lequel on trouve le centriste Charles de Courson), 4 et - tout de même ! – 3 RN…

Rappelons, histoire de remettre en perspective ces chiffres, le nombre de députés des groupes cités plus haut, et ce, dans l’ordre d'importance donné par le site de l’Assemblée nationale. 172 Renaissance (avec les apparentés), 89 Rassemblement national, 75 LFI, 62 LR, 48 MoDem, 31 socialistes, 30 Horizons, 23 écolos, 22 gauche démocrate et républicaine (PCF), 16 LIOT, 9 députés non inscrits. Si l’on a pu dire que les Français, par leur vote du 19 juin, ont imposé une sorte de proportionnelle à ceux qui n’en veulent pas ou ceux qui font semblant d’en vouloir sans rien en faire, on voit qu’une majorité de circonstance s’est reconstituée au sein de chaque commission pour écarter le Rassemblement national des postes clés, alors même qu'il est le deuxième groupe de l'Assemblée nationale. Entre amis, quand on peut s’arranger…

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3 juillet 2022

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29 commentaires

  1. On s’en doutait un peu: mais donc maintenant le RN a les mains libres pour jouer son role dans l’oposition!

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