Depuis quatorze ans, vivait confiné dans le studio d’« On n’est pas couché ». Tous les samedis soir, des personnalités atteintes par le virus de la bien-pensance venaient lui manifester leur soutien. La monstruosité populiste ne passerait pas. Ensemble, ils feraient barrage de leurs corps aux Le Pen de tous poils, aux Dupont-Aignan, aux Robert Ménard, bref, à la menace nazie qui planait au dehors. Tant de résistants réunis en un même lieu séduisait le téléspectateur avide de suspense. Et puis la dramaturgie s’en fut lasser quelque peu l’auditoire. « Alors, ce clone d’Hitler, quand est-ce qu’il arrive ? »

Bien que l’audience se soit érodée, Laurent Ruquier jure les grands dieux qu’il ne souhaite pas fermer son lupanar du « vivre ensemble » pour cette raison. « J’ai envie de voir autre chose, de reprendre ma liberté. J’ai trouvé que c’était le bon moment pour me réinventer. »

La direction de 2 est inquiète. Son Jean Moulin à lunettes aurait-il décidé de passer chez l’ennemi ? Se « réinventer »… Veut-il revenir en septembre avec une émission racoleuse de Français d’extrême droite ? Virer Patrick Sébastien n’aurait servi à rien… Aaaaargh !

Le bilan de l’animateur sur ses 14 ans de consensualité ronronnante sera de nature à rassurer le Politburo télévisuel. « Nos plus belles années, c’est avec Léa Salamé et Yann Moix. C’était le pic d’audience. » Le pic de l’épidémie était atteint. La France était prête à voter Macron. Le loup Zemmour avait été chassé de la bergerie, quand bien même ses prestations avaient largement contribué à susciter la curiosité autour de l’émission. Cachez ce vaurien dont je ne saurais me souvenir.

Pensée attendrie de cette époque bénie oui-oui : « Nous avons reçu les plus beaux invités, dont un Premier ministre en exercice, Manuel Valls. » Mazette ! Matignon à domicile. L’homme qui avait vu l’homme qui avait vu François Hollande était là. En chair et en os. Léa Salamé défaillait, Yann Moix se signait. L’émission avait atteint un sommet. Aujourd’hui, Manuel Valls postule à « Des chiffres et des lettres ». Ah, la roue tourne, vous savez… Il est temps de se « réinventer ». Un talk-show avec Édouard Philippe en premier invité aurait de la gueule, non ? « Je réfléchis à d’autres projets en accord avec la chaîne, y compris pour le samedi soir », déclare Ruquier. Le samedi soir. Bonne idée. « On n’est pas… On est sur… On est dans… » Le titre peine à venir. « On est en pleine réinvention avec les mêmes invités et la même ambiance » est un peu long. Pour l’instant, « On est en marche » tient la corde. France 2 exulte : « Quel titre ! Quel enthousiasme ! Quel humour ! Confinons gaiement notre Ruquier à nous pour quatorze ans dans le studio bleuté. Au fait, vous changez la couleur ?

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