Le journaliste a été brièvement arrêté en marge des violences à Villeneuve-la-Garenne. Connu pour avoir propagé de fausses informations au moment du blocage de Tolbiac et celui par qui l’affaire Benalla est arrivée, l’ancien militant LFI est, depuis, devenu journaliste pour le compte du média Là-bas si j’y suis. Ses positions communautaires et ses reportages agressifs et victimaires lancent un débat : est-il journaliste ou militant ? Plus largement, peut-on être journaliste et militant ? Le jeune Franco-Algérien est donc passé au crible du spécialiste des médias et fondateur de l’OJIM, Claude Chollet.

Est-ce que Taha Bouhafs est journaliste ?

La question peut être vue sous deux angles, un angle administratif, un angle éthique. Sous l’angle administratif, la définition exacte du statut de journaliste est « toute personne obtenant plus de 75 % de ses revenus d’une activité journalistique ». Comme l’intéressé ne me donne pas ses fiches de paie ni ses papiers d’identité, j’ignore s’il bénéficie de ce statut. Par ailleurs, la question est purement oiseuse. Il y a 37.000 cartes de presse en France et plusieurs milliers de vrais journalistes qui ont un autre statut et ne la demandent pas.

Sur un plan éthique, c’est différent. L’intéressé est-il d’abord un militant sous couverture administrative de journaliste ? J’aurais tendance à répondre oui à la question. Le dénommé Bouhafs est, avant tout, un militant gauchiste, mondialiste, diversitaire qui combat pour une cause – ce qui est son droit – et qui s’abrite commodément sous un cache-sexe professionnel en jouant régulièrement un rôle victimaire. Quand il milite pour défendre des clandestins, comme en juin 2019 à Alfortville, il prend prétexte d’un oripeau pseudo-professionnel pour se faire arrêter, porter plainte, etc. Comme dans le cas désormais classique du pompier pyromane, il suscite un incident pour ensuite monter de toutes pièces une sorte de saynète destinée à susciter l’émoi des chers confrères et les larmes de Margot. On pourrait appeler cela un système automatique qui se reproduit tout seul et, sans doute, lui permet de vivre.

On peut ne pas avoir de carte de presse et être journaliste, alors pourquoi Bouhafs ne le serait pas ?

En effet, pourquoi pas ? Mais ses lecteurs, auditeurs, clients ne doivent pas être dupes. C’est un peu la politique du pâté d’alouette : un cheval pour une alouette. Un cheval de mise en scène spectaculaire pour une alouette d’information. Mais personne n’est obligé d’avaler cette marchandise frelatée.

L’information objective est donc morte et enterrée ?

Elle n’a jamais vécu. Vous êtes, je suis subjectif. Vos lecteurs aussi. Nous nous exprimons dans une langue, nous avons une culture, une éducation, un passé, une histoire qui constituent autant de prismes et de filtres par rapport au réel. Sinon, nous serions des robots, des caméras ou des enregistreurs. Toute information est un produit transformé par des médiants qui sont les journalistes, professionnels ou amateurs. Cette transformation obéit à des codes : sélection (de quoi vais-je parler ?), hiérarchisation (en première page avec quatre colonnes à la une ou en page 14 en cinq lignes), mise en perspective (sous quel angle vais-je traiter cette information ?). Demander aux journalistes – ou à quiconque – une impossible objectivité est un exercice vain. Par contre, on est en droit de demander (exiger ?) de l’honnêteté, mais c’est une tout autre affaire sur laquelle il y aurait beaucoup à redire.

Taha Bouhafs a-t-il le droit de livrer ses reportages et ses mises en scène d’arrestation ? Sort-il du rôle qu’il se targue d’avoir ?

Chacun est libre de ses mouvements. Il a donc le droit de se livrer à des provocations parfois puériles et ensuite de se faire arrêter/relâcher/arrêter/relâcher etc.
C’est un fonds de commerce comme un autre. Vous parlez de « mises en scène », c’est le terme exact. Comme un adolescent qui va fumer devant le proviseur pour se faire expulser. Un grand adolescent, dans ce cas précis, qui vise à déclencher des réflexes pavloviens de solidarité de certains confrères complaisants. Qui peut encore croire – sinon les mêmes militants mondialistes – à ce rôle d’éternelle victime qui, d’un côté, sert des causes politiques précises et, de l’autre, prête à sourire ? Je dirais « Circulez, y a rien à voir ».

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