Dans la presse de progrès, l’hécatombe continue. Après la démission forcée de Bari Weiss du New York Times américain, c’est au tour de Suzanne Moore d’être poussée à la porte du Guardian anglais. Les crimes de ces deux journaleuses ?

La première, très à gauche, faisait partie des journalistes chargés de la page « Opinions » du New York Times, référence planétaire du journalisme à l’anglo-saxonne, donné pour « objectif » et « intransigeant ». À l’origine du psychodrame, une tribune du sénateur républicain Tom Cotton, dans laquelle il défend l’usage des forces armées contre les manifestants de Black Lives Matter, suivant ainsi les préconisations du président d’alors, . Aussitôt, James Bennet, le supérieur hiérarchique de Bari Weiss, est obligé de rendre son tablier.

Répondant aux questions du Point, le 19 novembre, cette dernière remue ses mauvais souvenirs : « Quand votre chef se fait renvoyer en quarante-huit heures pour avoir publié la tribune d’un sénateur républicain qui exprime un point de vue partagé par la majorité des Américains, comment, ensuite, pouvoir prendre des risques en tant que journaliste ? » Il est vrai que, dans ce journal, « l’atmosphère est devenue trop hostile. […] Quiconque, au sein de notre service, estimait qu’une tribune était offensante pouvait demander qu’elle ne soit pas publiée. » Dans les pages « Opinions », voilà qui doit effectivement être coton à gérer, à moins de virer le « s » d’opinions.

Suzanne Moore, elle, a été clouée au pilori des réseaux sociaux, avant d’épouser la carrière de chômeuse, pour une chronique jugée « transphobe », publiée par The Guardian, équivalent britannique de notre Monde hexagonal. Sa faute, sa très grande faute ? Avoir simplement évoqué la violence « d’extrémistes trans à l’égard de féministes abusées ». Voilà qui ne doit pas faire exploser les statistiques de la délinquance d’outre-Manche, mais qu’importe, sachant qu’offense a été faite à la diversité. On notera que l’écrivain J.K. Rowling, la maman d’Harry Potter, a connu pareil sort pour avoir raillé ces militants parlant de « personnes qui menstruent », de peur d’avoir à écrire le joli mot de « femmes »…

Pour sa défense, Suzanne Moore avance : « Si le Guardian n’avait pas ce débat sur les problèmes de transgenres, la presse de droite le ferait. » Mon Dieu, quelle horreur, que ces gens de droite qui, non contents d’avoir une opinion, pourraient de plus la rendre publique. À ce propos, l’infortunée reconnaît aujourd’hui : « J’ai été davantage censurée par la gauche que par la droite. En trente ans de journalisme, j’ai souvent été en désaccord avec les gens et j’ai eu des disputes, mais personne n’a jamais fait quelque chose d’aussi sournois pour essayer de faire virer quelqu’un à cause d’une chronique. »

L’auteur de ces lignes, désormais fort de près de quarante années de journalisme, confirme, sachant par expérience qu’il est plus facile de faire publier un papier très à gauche dans un journal très à droite plutôt que le contraire. Et ce ne sont pas les fantômes de Jean Bourdier, Louis Pauwels et Roland Gaucher, pour ne citer que ces grands ancêtres, qui viendront, même post mortem, contredire l’auteur de ces lignes.

À ce propos, Michel Audiard écrivait déjà, au siècle dernier : « Je suis toujours attiré par la déconnante, et la droite déconne. Les hurluberlus, les mabouls, on ne les trouve qu’à droite. La droite est braque, il ne faut jamais l’oublier. À gauche, c’est du sérieux. Ils pensent ce qu’ils disent et, c’est le moins qu’on puisse dire, ils ne sont pas très indulgents avec les idées des autres. Je n’ai jamais entendu Marcel Aymé porter des jugements sur le reste de l’humanité, ni demander des sanctions ou des châtiments. »

Un dernier petit conseil, pour Suzanne Moore : qu’elle vienne donc exercer ses talents sur Boulevard Voltaire. Elle pourra y constater que si la camaraderie y est parfois franche et rude, l’air qu’on y respire est autrement plus léger.

26 novembre 2020

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