Après la démission fracassante de sa présidente, la Hongrie est-elle sortie de la tourmente ?

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« L'année 2024 n'aurait pas pu commencer plus mal. » C’est ainsi que Viktor Orbán a ouvert, samedi 17 février, son discours annuel sur l’état de la nation. Le Premier ministre hongrois faisait, bien sûr, allusion à la démission, une semaine plus tôt, de la présidente de la République, Katalin Novák. L’affaire a plongé la Hongrie dans la tourmente, il y a quinze jours, causant des dommages considérables à la majorité conservatrice.

Véritable figure de proue de la Hongrie « pro-famille »

La cause du scandale, c’est l’octroi d’une grâce présidentielle à un homme reconnu coupable d’avoir couvert des crimes sexuels à l’encontre d’enfants. Le drame se noue le 27 avril dernier. À l’occasion de la visite en Hongrie du pape François, la présidente de Hongrie use de son droit de grâce au bénéfice de 22 personnes. Parmi elles, Endre K., sous-directeur de l’orphelinat de Bicske, condamné en 2019 pour avoir fait pression sur un enfant afin qu’il retire son accusation à l’encontre du directeur condamné pour avoir abusé de lui.

L’octroi d’une grâce en pareil cas est d’autant plus sidérant venant de Katalin Novák, véritable figure de proue de la Hongrie « pro-famille ». Elle a été secrétaire d’État puis ministre en charge de la Famille entre 2014 et 2021, et avec un tel brio qu’elle accède à la présidence du pays en 2022. La cause de la famille transcende nombre de clivages et l’affabilité de la présidente équilibrait, à la tête de l’État, la pugnacité du Premier ministre.

Dans sa longue allocution, Viktor Orbán a rendu un hommage appuyé à la présidente démissionnaire : « Elle incarnait le meilleur côté du peuple hongrois, ses qualités. Une mère, une personne aimable et très compétente qui voulait prouver ses aptitudes sans entrer en compétition avec les hommes et sans se conformer à leurs normes. Cela m'a toujours beaucoup impressionné. À sa manière naturelle, elle nous a montré, à nous les hommes, que le domaine des sentiments et des pensées des femmes est essentiel et irremplaçable dans tous les domaines de la vie, y compris en politique. […] Si son départ est une bonne chose, c'est une grande perte pour la Hongrie. »

La contradiction même entre ce que représente Mme Novák et la grâce accordée rendait sa situation intenable. Le 10 février, elle annonçait sa démission lors d’une brève allocution.

La chute de la présidente entraînait celle de Judit Varga, alors ministre de la Justice, qui avait contresigné la grâce. C’est un autre coup dur pour le Fidesz, dont Judit Varga devait mener la liste aux élections européennes du 9 juin. Les suppositions vont bon train, à Budapest, pour comprendre le pourquoi de cette grâce. Le coupable n’aurait, semble-t-il, jamais reconnu sa culpabilité, et non content d’avoir été gracié, il souhaite être blanchi. De quel soutien a-t-il bénéficié ? Il semble que l’instigateur de cette grâce si lourde de conséquence soit Zoltán Balog, chef de l’Église réformée hongroise. Il a également démissionné au cours de la semaine dernière.

Présidence hongroise de l'Union européenne

Le discours de Viktor Orbán permettait d’établir le bilan de cette désastreuse séquence et d’offrir de nouvelles perspectives. L’affaire a heurté les plus farouches soutiens du camp conservateur, elle a donné du grain à moudre à une opposition faible et divisée. Vendredi dernier, une manifestation d’envergure avait lieu sur la place des Héros à l’appel des principales forces de gauche et de nombreux influenceurs. De manière générale, la situation délicate du Fidesz a suscité la vindicte opportune de l’opposition qui affirme en chœur que cette affaire n’est en rien un faux pas mais qu’elle dévoilerait la nature détestable du camp au pouvoir - réélu depuis bientôt 14 ans. Le Premier ministre a répliqué ainsi : « En ce qui concerne le débat autour de la démission [de Mmes Novák et Varga], tout ce que je peux – et tout ce que je dois – dire, c'est qu'il y a plus de dignité dans le petit doigt de chacune des deux démissionnaires que dans celui de tous les dirigeants de la gauche réunis. »

L’année s’annonce particulièrement chargée pour la droite hongroise, privée de l’allié polonais depuis les élections de l’automne dernier. Viktor Orbán défend seul à Bruxelles la voie de la paix pour résoudre la catastrophe ukrainienne. Le chantage financier et l’agenda fédéraliste soumettent Budapest à une énorme pression. Le 9 juin, les élections européennes seront couplées avec les élections locales. La Hongrie assume, dès le 1er juillet, la présidence tournante de l’Union européenne pour un semestre, dans la période charnière de nomination de la nouvelle Commission européenne. Ce sera aussi le moment de l’élection du président des États-Unis, et Viktor Orbán soutient fermement Donald Trump. Dans un contexte international chaotique, le Premier ministre hongrois appelle à un changement radical à Bruxelles : MEGA (Make Europe Great Again) répondant au slogan trumpien MAGA (Make America Great Again). Vaste programme...

Thibaud Gibelin
Thibaud Gibelin
Thibaud Gibelin Essayiste et professeur invité au Mathias Corvinus Collegium

Vos commentaires

15 commentaires

  1. Pour une bavure, c´est une bavure, ces 2 femmes tres dignes n´ont pas hésité a démissionner pour une situation mal comprise. Moi je connais un individu qui traine une batterie de casseroles plus conséquente que toute la production d’une usine fabricant le meme produit. L’individu en question est le plus détesté du pays et il s’accroche a la fonction comme une Moule ou une Bernique a son rocher.

  2. Le slogan « MEGA » explicité ci dessus est une bonne nouvelle : souhaitons bonne chance à V. Orban et à la coalition qu’il va entrainer afin de remanier le gouvernement de Bruxelles .
    A vos urnes le 9 juin, notre pays , par ses votes éclairés, peut contribuer à la restauration des droits des peuples européens à légiférer sur leur destin.

  3. Bon, ça va bien, la Hongrie !!! Occupons-nous d’abord de la France, y a du boulot…. le reste ne nous concerne pas… ne nous dispersons pas… perte de temps…

    • La Hongrie, manifestement seule contre tous en Europe, mérite, par sa lucidité vis-à-vis des méfaits de Bruxelles, tout notre respect! Seule à ne pas s’être couchée, nous lui dirons peut-être merci demain.

  4. Le hongrois est proche de l’anglais, à ce qui le semble…Pour autant, avec son MEGA, Orban me vole la primeur, j’y songe depuis quelques jours.. Pas eu le temps d’initialiser !

  5. Qu’elles sont c… En France, ça n’aurait pas franchi la demi-journée de polémique. Ne jamais rien reconnaître, dire que c’est une boulle puante de l’extrême-droite (enfin pas ici) et rester en poste.

    • Ce « pape », président du synode des évêques protestants, n’est pas de gauche. C’est un ancien ministre d’Orbán. Remarquons cependant que le gracié, qui aurait fait pression sur un enfant pour qu’il retire une accusation d’abus sexuel, n’a jamais reconnu sa culpabilité. Il fait d’ailleurs appel de sa condamnation à 3 ans et demi de prison.

  6. La Hongrie est le dernier rempart contre l’oligarchie mondiale, tout doit être fait pour l’anéantir et il semble bien que tous les coups sont permis par cette caste Bruxelloise qui veut garder la main. Notons qu’au moins la Présidente de la Hongrie a démissionné pour une faute qui allait en opposition de son combat quand les nôtres, après moult mensonges, n’ont cure de leurs échecs. Espérons qu’en juin prochain, l’ensemble des électeurs décident de renvoyer tous ceux qui depuis trop longtemps les dupent et permettent par leur vote qu’une autre Europe émerge.

    • Tout est possible, Le journal Le Soir, bien connu des « progressistes » estime que la Pologne est « rentrée dans le rang démocratique ». Or, il semble que la démocratie soit bien attaquée dans ce pays en ce moment !

  7. Une femme d’honneur qui pour une erreur a démissionné à quand chez nous la démission de ceux qui ont commis des erreurs . Je crains que jamais et en même temps il n’y aurait plus personne dans ce gouvernement .

    • chez nous , ils n’ont pas commis des  » erreurs » , mais des FAUTES caractérisées et réitérées..

  8. Si les conservateurs hongrois se mettent à suivre ce pape gauchiste alors ils ne sont pas au bout de leurs déboires. Quelle débilité.

    • Cher Joseph Ratzinguer, et d’autres (Karol, Cyril et Méthode, Stéphane, Wenceslas, .. ): Priez pour protéger la Hongrie

  9. Non la Hongrie n’est pas sortie d’affaire ! Pourquoi ? Parce que je pense que la Hongrie conservatrice de Victor Orban est victime d’une campagne de destabilisation, à la veille des élections Européenne, qui auront lieux, le Dimanche 9 Juin 2024 prochain ! Dans le but de faire perdre les conservateurs Hongrois de Victor Orban et favoriser une victoire des progressistes et Hongrois ! Amitiés à tous Hervé de Néoules !

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