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Culture - Editoriaux - Histoire - Politique - 5 avril 2017

« Appel des solidarités » : l’écologie n’est toujours pas à marier !

Avec 80 associations hétéroclites, la fondation Nicolas-Hulot a lancé « l’appel des solidarités », dont l’objectif affiché est de peser sur l’élection présidentielle.

Connaissant l’initiateur de l’appel, on aurait pu s’attendre à voir les revendications portant sur l’environnement en bonne place.

Pourtant, c’est à peine si on les remarque parmi le méli-mélo des propositions d’ordre sociétal : mise en place de l’encadrement des loyers, octroi des mêmes droits sexuels et reproductifs aux lesbiennes, garantie des droits des migrants, etc.

L’ancrage idéologique est renforcé par la tonalité générale de l’appel qui veut que l’on s’entraide “là où on nous dit qu’il faudrait se replier” et qui incite à “construire des ponts plutôt que dresser des murs”. La France « moisie » se sent déjà visée. Sur les réseaux sociaux, les internautes appellent le collectif d’associations à soutenir Jean-Luc Mélenchon ou Benoît Hamon. Logique implacable.

À vrai dire, on savait que avait déserté depuis longtemps le seul champ de l’environnement.

La nouveauté est qu’il n’aille pas seul sur ses chemins de traverse. Il emmène derrière lui un cortège d’associations environnementales reconnues. Comme si l’écologie était toujours condamnée à s’émanciper des thèmes qui sont strictement les siens pour embrasser les causes sociétales chères à la gauche (songeons à l’histoire des Verts).

Est-elle la seule cause à devoir rester à l’abri du désormais célèbre “mouvement dextrogyre” qui veut que la pression des idées, contrairement à autrefois, se fasse non plus vers la gauche mais vers la droite (Voir Guillaume Bernard, La guerre à droite aura bien lieu)? Le doute est permis en voyant les ONG environnementales prendre le virage sinistrogyre de monsieur Hulot.

C’est d’autant plus étonnant que la pensée écologique se rapproche en théorie davantage de la pensée conservatrice puisqu’elle pose la question fondamentale des limites, celles que la pensée dite progressiste ne cesse jamais de vouloir dépasser ou éliminer, qu’elles s’incarnent dans des frontières ou qu’elles soient liées à la culture ou au genre.

En rejoignant l’appel des solidarités, « l’écologie associative » semble se positionner clairement par rapport au nouveau clivage politique qui met les partisans de l’émancipation d’un côté et ceux de l’enracinement de l’autre (Voir Chantal Delsol, Populisme : les demeurés de l’Histoire). Elle prend le risque de froisser une partie importante de ses sympathisants et il n’est pas sûr que le résultat soit, in fine, favorable à leur cause, si toutefois elles choisissent de ne pas en changer.

Il ne s’agit pas, ici, d’inciter les associations à s’allier par opportunisme à des idées conservatrices, quand bien même elles pourraient y trouver une cohérence ou un avantage, mais bien au contraire d’affirmer que l’écologie n’est pas à marier et qu’il faut se tenir à distance des clivages politiques partisans. L’amitié ne doit pas conduire à l’aveuglement et c’est en tout bien tout honneur qu’il faut savoir se désolidariser car, parfois, les murs valent mieux que les ponts.

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