Editoriaux - Politique - 25 avril 2019

Années 80 : pas que Nathalie Loiseau à fréquenter « l’extrême droite »…

Les années 80 : les années Mitterrand. Mais pas que. Les années 80, c’était les années plein tubes que nos enfants écoutent parfois en boucle. Comme quoi, tout n’était pas mauvais. Les années 80, c’est, par exemple, 1984, l’année où la jeune Nathalie couchait son nom, à l’insu de son plein gré, sur une liste d’extrême droite à Science Po. Cookie Dingler chantait « Femme libérée » : « Le Monde, y a longtemps qu’elle fait plus semblant/Elle achète Match en cachette, c’est bien plus marrant… » Le Monde : le journal-bréviaire des élèves de la rue Saint-Guillaume – à l’époque, en tout cas. Que lisait Nathalie : Le Monde ou Match ? Allez savoir, avec cette satanée mémoire qui flanche ! La mémoire, c’est comme le concours d’entrée à l’ENA : sélectif.

Mais reconnaissons une chose : il n’y a pas que la mémoire de Nathalie qui flanche. Tiens, par exemple, chez Les Républicains. J’entends les cris d’orfraie de nombre d’entre eux à propos de cette révélation aussi renversante que si l’on apprenait que la duchesse de Cambridge était transsexuelle ou le prince Albert drag queen. Avoir eu des accointances, de près ou de loin, avec « l’extrême droite » serait l’abomination des abominations, l’horreur absolue. Comme chantait Brel sur les remparts de Varsovie, franchement,  « Je trouve Madame mauvaise copine ». Les années 80 ? C’est l’époque, aussi, où Jean-Marie Le Pen était l’incarnation du mal, bien avant, d’ailleurs, le « point de détail » du 13 septembre 1987.

Et, pour autant, durant ces belles années 80, le RPR et l’UDF, ancêtres de l’UMP et des LR, n’hésitaient pas à s’allier avec le parti de Jean-Marie Le Pen pour gouverner les exécutifs régionaux. Un petit rafraîchissement de mémoire n’est peut-être pas inutile, en ces temps qui ne retiennent des années 80 que les tubes du Top 50.

1986, élections régionales au scrutin proportionnel. Dans cinq régions, les élus Front national votent pour le candidat de droite et permettent son élection. Même Chaban-Delmas (1915-2000), le gaulliste des gaullistes, obtient les voix des trois conseillers régionaux FN. Et en 1988, Chaban ayant démissionné du conseil régional, un de ses proches, Jean Tavernier, lui succède à la présidence. Il donnera alors la vice-présidence de l’urbanisme, de la santé et du sport au conseiller FN Jacques Colombier. En Franche-Comté, Edgar Faure (1908-1988) – pas n’importe qui, Edgar Faure, ancien président du Conseil, ancien ministre de De Gaulle ! – refuse de « frapper d’un interdit incroyable des gens qui sont ici par la volonté du peuple » », comme le racontent Philippe Cohen et Pierre Péan dans leur livre Le Pen. Une histoire française. Edgar Faure les intégrera dans sa majorité. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, Jean-Claude Gaudin, après avoir signé un accord avec le Front national, accorde deux vice-présidences au parti de Jean-Marie Le Pen. En 1990, il déclarera au Provençal, ancêtre de La Provence : « Les élus FN m’aident à mettre en place des politiques fortes… » En Picardie, Charles Baur, ancien SFIO (socialiste), UDF à l’époque et, accessoirement, neveu d’André Baur (1904-1943), vice-président de l’Union des israélites de France, donne une vice-présidence au Front national. En Languedoc-Roussillon, le président UDF Jacques Blanc, ancien secrétaire d’État sous Giscard, accorde une vice-présidence au Front national. Voilà, voilà.

Il faut croire qu’en ces années 80, les pulsions suicidaires n’avaient pas encore gravement endommagé les esprits. Maintenant, il se peut aussi que, toute comme Nathalie, ces élus RPR et UDF aient ignoré, en ces années 80, qu’ils avaient affaire à « l’extrême droite » ! Peut-être, aussi, que tout cela n’était juste qu’une illusion

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