Angélique Kidjo : « Sans nous, aucune musique ne serait possible sur cette planète »

Mettons cette saillie revendicatrice sur le compte de l’euphorie...
Capture d'écran Angélique Kidjo
Capture d'écran Angélique Kidjo

À 66 ans, la chanteuse béninoise Angélique Kidjo vient de recevoir la consécration suprême : ce mardi 18 août, elle est devenue la première chanteuse noire africaine à découvrir son étoile sur cette Allée de la renommée. La voilà donc qui figure, à Hollywood, parmi les 2.800 célébrités de l’industrie du spectacle. Une consécration dont rêvait aussi, nous a-t-on dit, une certaine Meghan Markle, belle-fille du roi Charles III, avant que son rêve américain ne se brise sur ses pots de confiture... mais c’est une autre histoire.

La scène est immortalisée pour la postérité. Turban bleu sur la tête, longs pendants d’oreille et boubou frangé couleur groseille, Angélique Kidjo a pris la pose : allongée sur le sol, elle contemple l’astre de sa notoriété planétaire. Son palmarès est en effet impressionnant : plus de quarante ans de carrière, cinq Grammy, Angélique Kpasseloko Hinto Hounsinou Kandjo Manta Zogbin Kidjo est une grande figure de la musique africaine contemporaine. Son œuvre, lit-on dans sa biographie, « mêle les traditions musicales africaines à la pop, au jazz, au funk, au rock et aux musiques du monde ».

Sans la France et l’Amérique, il n’y aurait pas eu d’Angélique Kidjo

Si elle a commencé sa carrière artistique en Afrique, dans la troupe de sa mère, c’est en France, où elle s’était installée en 1983, qu’Angélique Kidjo a pris des cours de chant et entrepris sa véritable formation musicale. Puis, en 1998, elle est partie s’installer aux États-Unis. Dix ans plus tard, elle y recevait son premier Grammy Awards.

Sa carrière est éblouissante, comme ses soutiens aux grandes causes, et la Béninoise est encensée par la presse internationale qui ne cesse de lui décerner des palmes d’or : « Première diva africaine» (Time Magazine) ; « l’une des cent femmes les plus influentes du monde » (The Guardian) ; « première femme dans la liste des quarante célébrités les plus importantes d'Afrique » (Forbes) ; « reine incontestée de la musique africaine » (Daily Telegraph) ; en tête des « dix femmes les plus influentes d'Afrique » (Paris Match), etc. Ambassadrice de l’UNICEF, soutien de Barack Obama, vedette des plus grands concerts « engagés » de par le monde, Angélique Kidjo n’a cessé de sillonner la planète. C’est ainsi qu’elle est récemment revenue en France, là où tout avait commencé, invitée à chanter lors de la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 7 décembre 2024.

Ça laisse sans voix…

Si l’on retrace rapidement cette éblouissante carrière, c’est parce qu’elle rend encore plus ahurissants les propos tenus par Angélique Kidjo lors de cette cérémonie hollywoodienne. L’AFP, qui était de la fête, a recueilli ses propos. La dépêche est reprise par tous avec un enthousiasme non dissimulé : « Nous, les Africains, nous ne savons pas ce que nous avons apporté au monde », a déclaré la chanteuse, avant de s’exclamer : « Sans nous, aucune musique ne serait possible sur cette planète. »

Ça laisse sans voix… Faut-il mettre cela sur l’ivresse du moment ? On le voudrait bien, mais cette chanson-là – le monde doit tout aux Africains – commence à devenir rengaine. Les « tout Blancs tout moches », comme dit Mélenchon, ne seraient ainsi que des suceurs de talent, des copieurs, des pilleurs. À en croire Angélique Kidjo qui, rappelons-le, a appris la musique à Paris, le monde aurait donc commencé à vibrer sous les tam-tams des griots. La musique serait remontée des fonds de la savane pour irriguer le Vieux Continent qui, jusque-là, demeurait dans l’ignorance du rythme et de la mélodie. Et quand Platon, comme le rappelle Patrocle, écrit que « l’éducation musicale est souveraine parce que le rythme et l’harmonie ont au plus haut point le pouvoir de pénétrer dans l’âme et de la toucher fortement... » (La République, Livre III), c’est parce que les Africains lui jouaient de la lyre, bien sûr. Et c’est l’Afrique, encore, qui a engendré le grégorien, inspiré Charpentier et Mondonville, nourri Monteverdi, Bach et Mozart, et rendu sourd Beethoven.

La vérité, c’est que, quel que soit son indéniable talent, Angélique Kidjo ne serait pas aujourd’hui cette vedette internationale sans le monde blanc. Ce monde qui l’a formée, enregistrée, promue, programmée, récompensée. Ce monde dont sa propre musique s’est nourrie tout au long de sa carrière..

Alors, oui, mettons cette saillie revendicatrice sur le compte de l’euphorie, car sinon, c’est au mieux de l'ignorance (à ce niveau ?), au pire de l’ingratitude.

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

61 commentaires

  1. Dans tous ces commentaires visant à promouvoir une « race » contre une autre, où sont les véritables « racistes » ? Comment une couleur de peau peut-elle se sentir ou croire supérieure, ou inférieure, à une autre ? Nous sommes identiques puisque nous pouvons NOUS REPRODUIRE entre « races » !

  2. Je trouve que c’est une artiste qui s’est trop dispersée . Ses attachés de presse en communication et producteurs lui ont certainement conseillé d’avoir de la visibilité , comme nombre d’artistes de ces années 80 , qui ont été transformés en représentants de toutes sortes de causes pour habiller un peu le personnage .Sa carrière a été boostée artificiellement par des organisme qui se sont autant servi d’elle qu’elle en a ressorti une notoriété plus importante encore au niveau artistique .
    Elle a obtenu tous les prix qui puissent exister dans le monde de la bien pensance et du charity business , et je ne suis pas sûr qu’elle puisse avoir le souvenir de la moitié des médailles qui lui ont été attribuées. Par exemple le Crystal Award du world economic forum de Davos en Suisse .
    Alors qu’elle décide que la musique ait été inventée en Afrique , c’est dans la juste logique des choses .Au lieu d’embrasser un nombre incalculable de causes , elle aurait du consacrer son temps libre a écouter quelques œuvres de Bach ou Mozart, cela lui aurait appris que tout e tourne pas autour d’elle.
    Je préfère me rappeler d’une artiste par ses chansons que par ses œuvres de bienfaisance organisées

  3. Jamais entendu parler de cette femme. Peut-être suis-je trop accaparé par Mozart, Beethoven, Brahms, Verdi, Puccini qui semble-t-il n’ont pas attendu qu’elle naisse pour composer. Encore une qui a le melon à cause d’une étoile sur un trottoir.

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois